L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, vendredi 25 septembre, l’extension de son programme de préqualification à une nouvelle gamme de dispositifs médicaux jugés essentiels. Contraceptifs masculins et féminins, dispositifs intra-utérins (DIU), outils de dépistage de la tuberculose fondés sur l’intelligence artificielle, et instruments de circoncision masculine médicale volontaire : autant de catégories désormais soumises au cadre d’évaluation de l’agence onusienne. Si l’annonce peut sembler technique, elle touche à des enjeux de santé publique considérables, particulièrement pour les pays africains dont les systèmes réglementaires restent fragiles.
Un programme de préqualification, pour quoi faire ?
La préqualification OMS est, dans les faits, un mécanisme d’assurance qualité indépendant. Elle soumet les produits médicaux à une évaluation rigoureuse avant de les inscrire sur une liste officielle. Cette liste sert ensuite de référence aux agences onusiennes, aux fonds d’approvisionnement internationaux, aux donateurs et aux gouvernements nationaux lorsqu’ils procèdent à leurs achats. En d’autres termes, figurer — ou non — sur cette liste conditionne l’accès des fabricants aux marchés publics de santé à l’échelle mondiale.
Pour les pays dont les autorités réglementaires manquent de moyens humains et techniques, ce label représente souvent le seul filtre disponible pour distinguer un produit fiable d’un produit défaillant ou contrefait. L’OMS le reconnaît elle-même dans son communiqué : selon l’organisation, « près de 70 % des pays font état de systèmes de réglementation insuffisants pour les médicaments et les vaccins, tandis que les difficultés sont encore plus importantes concernant les dispositifs médicaux ». Ce constat s’applique à une large majorité d’États africains, où les agences nationales du médicament existent mais disposent de ressources limitées pour examiner des dossiers techniques complexes.
Contraceptifs et DIU : un transfert de compétences depuis l’UNFPA
L’un des changements institutionnels notables de cette extension concerne les préservatifs masculins et féminins ainsi que les dispositifs intra-utérins. Leur préqualification, jusqu’alors assurée par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), est transférée à l’OMS. Ce glissement de responsabilité au sein du système onusien mérite attention : il centralise davantage l’évaluation de qualité sous l’égide d’une seule agence, ce qui peut simplifier les procédures pour les acheteurs, mais soulève la question de la capacité de l’OMS à absorber cette charge supplémentaire sans allongement des délais d’évaluation.
L’organisation insiste sur l’importance sanitaire de ce volet : des contraceptifs de qualité certifiée contribuent, selon elle, à prévenir les grossesses non désirées, à soutenir la planification familiale et à réduire la transmission du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. En Afrique subsaharienne, où les taux de fécondité non désirée et la prévalence du VIH demeurent préoccupants dans certaines régions, l’accessibilité à des produits fiables reste un défi structurel autant qu’une priorité de santé publique.
Circoncision médicale et tuberculose : deux fronts contre des épidémies persistantes
L’intégration des dispositifs de circoncision masculine médicale volontaire dans le programme de préqualification répond à une logique épidémiologique documentée. L’OMS rappelle dans son communiqué que « la circoncision médicale volontaire peut réduire d’environ 60 % le risque d’infection par le VIH lors de rapports hétérosexuels chez les hommes ». Dans plusieurs pays d’Afrique australe et orientale où des programmes nationaux de circoncision ont été déployés à grande échelle, la qualité des dispositifs utilisés conditionne directement la sécurité des interventions. La préqualification de ces outils vise à en standardiser la fiabilité.
Le volet numérique de l’extension est peut-être le plus novateur. L’OMS intègre désormais dans son cadre les logiciels de détection assistée par ordinateur de la tuberculose (CAD-TB). Ces outils reposent sur l’analyse de radiographies thoraciques numériques par des algorithmes d’intelligence artificielle pour identifier les cas suspects et orienter rapidement les patients vers un diagnostic confirmé. Dans les pays à forte prévalence de tuberculose — dont plusieurs en Afrique de l’Ouest et de l’Est — ces solutions peuvent théoriquement accélérer le dépistage là où les radiologues qualifiés sont rares. Toutefois, leur efficacité réelle dépend de conditions d’infrastructure (équipements d’imagerie, connectivité) que le communiqué de l’OMS n’aborde pas.
Ce que l’annonce ne dit pas
Si l’élargissement du programme de préqualification représente une avancée réelle sur le plan normatif, plusieurs questions restent sans réponse dans les éléments communiqués par l’OMS. D’abord, celle du calendrier opérationnel : quand les premières préqualifications effectives dans ces nouvelles catégories seront-elles délivrées ? Quels fabricants — notamment africains — sont en position de les solliciter, et à quel coût ? La préqualification OMS implique des procédures longues et onéreuses, ce qui peut de facto exclure des producteurs locaux émergents au profit d’industriels établis.
Ensuite, la question de la traduction sur le terrain : une préqualification accordée à Genève ne garantit pas automatiquement l’accessibilité du produit dans un dispensaire rural du Sahel ou dans une clinique périurbaine d’Afrique centrale. Les chaînes d’approvisionnement, le financement de la santé, les politiques nationales d’achat et les capacités logistiques restent des maillons indépendants de ce dispositif.
Enfin, l’intégration des outils d’intelligence artificielle dans un cadre réglementaire onusien soulève des questions de gouvernance algorithmique encore largement débattues dans la communauté scientifique : quelle validation clinique dans des contextes africains spécifiques, quelle mise à jour des algorithmes, quelle responsabilité en cas d’erreur de détection ?
Mise en perspective
L’extension du programme de préqualification de l’OMS s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement des standards internationaux pour les dispositifs médicaux, un secteur historiquement moins encadré que celui des médicaments. Pour l’Afrique, dont une part substantielle des systèmes de santé dépend encore des financements et des décisions d’achat d’acteurs internationaux, cette évolution normative peut avoir des effets concrets — à condition que les États s’emparent de ces listes de référence dans leurs politiques nationales d’approvisionnement et que les fabricants locaux soient accompagnés pour accéder au processus. Ce sont ces dynamiques d’appropriation, au-delà de l’annonce institutionnelle, qu’il faudra suivre dans les prochains mois.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le programme de préqualification de l’OMS ?
Il s’agit d’un mécanisme d’évaluation indépendant mis en place par l’Organisation mondiale de la santé pour certifier que des médicaments, vaccins ou dispositifs médicaux répondent aux normes internationales de qualité, de sécurité et de performance. Les produits préqualifiés sont inscrits sur une liste officielle utilisée par les agences onusiennes, les donateurs et les gouvernements comme référence pour leurs achats.
Pourquoi cette extension est-elle particulièrement importante pour les pays africains ?
L’OMS estime que près de 70 % des pays disposent de capacités réglementaires insuffisantes pour évaluer médicaments et dispositifs médicaux. Cette situation touche de nombreux États africains, pour lesquels la préqualification OMS constitue souvent le principal filtre de qualité disponible lors des achats publics de santé.
Quels sont les nouveaux dispositifs couverts par ce programme élargi ?
Selon le communiqué de l’OMS, l’extension inclut les préservatifs masculins et féminins, les dispositifs intra-utérins (dont la préqualification est transférée depuis l’UNFPA), les instruments de circoncision masculine médicale volontaire, et les logiciels de détection assistée par ordinateur de la tuberculose (CAD-TB) utilisant l’intelligence artificielle.
Les fabricants africains peuvent-ils accéder à la préqualification OMS ?
Techniquement, le programme est ouvert à tout fabricant, quelle que soit son origine. Toutefois, les procédures de préqualification sont réputées longues et nécessitent des ressources techniques et financières importantes, ce qui peut constituer un obstacle pour les industriels locaux encore en développement. Cette question d’accessibilité au processus reste un enjeu non traité dans l’annonce de l’organisation.
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