À Nairobi, la ONE Campaign vient de lever le voile sur ONE Academy, une plateforme d’apprentissage et d’action panafricaine dont l’ambition est explicite : doter la jeunesse africaine des compétences pratiques, des réseaux et des opportunités nécessaires pour peser sur les décisions publiques. Ce lancement intervient dans un contexte où le fossé entre l’élan civique des jeunes Africains et leur capacité à se traduire en influence concrète reste préoccupant.
Un diagnostic préoccupant, une réponse structurée
Le point de départ de l’initiative est empirique. Selon une enquête menée par la ONE Campaign en 2026 dans six pays africains, près de 90 % des jeunes interrogés déclarent se sentir à l’aise pour s’exprimer sur des sujets qui les préoccupent. Pourtant, à peine 53 % d’entre eux ont déjà participé à une activité de plaidoyer. Ce paradoxe révèle moins un manque de volonté qu’une absence de cadres, d’outils et d’espaces permettant de transformer l’énergie militante en action structurée.
C’est précisément ce vide que ONE Academy entend combler. La plateforme ne se contente pas de dispenser des savoirs théoriques sur le plaidoyer. Elle est conçue pour faire progresser ses membres le long d’un continuum : de l’apprentissage vers la pratique, de la pratique vers l’action, et de l’action vers l’influence. Une gradation qui distingue cette initiative des programmes de sensibilisation classiques souvent limités à la formation sans suites opérationnelles.
De l’apprentissage à l’action : l’architecture de la plateforme
ONE Academy s’adresse aux jeunes Africains âgés de 18 à 35 ans. Elle proposera des formations axées sur des compétences pratiques de plaidoyer — comprendre un problème de politique publique, identifier les centres de décision, construire une argumentation convaincante, mobiliser des pairs — et non sur la seule sensibilisation générale. La plateforme est également pensée comme un espace communautaire, où les membres peuvent apprendre les uns des autres, tisser des réseaux et collaborer sur des causes communes.
Le lancement se concentre dans un premier temps sur le Kenya et le Sénégal, deux pays aux écosystèmes civils actifs et aux traditions de mobilisation citoyenne bien établies. La première formation proposée, baptisée « Foundational Learning Advocacy », porte sur les enjeux d’éducation : elle entend préparer de jeunes défenseurs à plaider en faveur des politiques, des investissements et des mécanismes de mise en œuvre nécessaires pour relever ce défi continental. À mesure que la plateforme se développera, grâce notamment à des partenariats, de nouveaux cours et opportunités de plaidoyer devraient voir le jour, étendant la portée de l’initiative à l’ensemble du continent.
L’infrastructure manquante du militantisme africain
Le discours de Serah Makka, Directrice exécutive pour l’Afrique à la ONE Campaign, résume bien la philosophie du projet : « Les jeunes Africains ne manquent pas d’idées, d’ambition ni de désir de façonner l’avenir. Ce qui fait souvent défaut, c’est l’infrastructure qui permet de transformer énergie, passion et idées en plaidoyer soutenu et en influence réelle. » Cette formulation est révélatrice : elle déplace le problème du déficit de compétences individuelles vers celui d’un manque de structures collectives d’accompagnement.
Ambassador Mark Green, Président de la ONE Campaign, abonde dans le même sens en soulignant la durabilité comme critère central : « Des systèmes plus solides comptent, de meilleures politiques comptent et des investissements accrus comptent, mais les progrès ne durent que lorsqu’il y a des personnes dotées de connaissances, de confiance et de persévérance pour les porter en avant. » La plateforme se veut ainsi un investissement de long terme dans le capital humain du plaidoyer africain, et non une réponse ponctuelle à un moment d’effervescence politique.
La ONE Campaign : un acteur rodé au plaidoyer continental
Ce lancement s’inscrit dans la trajectoire d’une organisation dont la légitimité sur le continent est solidement établie. Fondée en 2004, la ONE Campaign est une organisation mondiale non partisane qui milite pour les investissements nécessaires à la création de débouchés économiques et à l’amélioration des conditions de vie en Afrique. Selon ses propres données, elle a contribué à mobiliser plus de mille milliards de dollars de nouveaux investissements depuis sa création.
Fort de ce positionnement, ONE est bien placé pour jouer un rôle d’intermédiaire entre une jeunesse africaine désireuse d’agir et les sphères de décision — gouvernements, institutions multilatérales, bailleurs de fonds — qui restent souvent imperméables aux voix non institutionnelles. ONE Academy représente, en ce sens, une tentative de démocratiser l’accès au plaidoyer efficace, discipline longtemps réservée à des cercles restreints d’experts ou de professionnels aguerris.
Un pari sur la jeunesse comme force de transformation
Le défi reste considérable. Traduire une plateforme numérique en communauté active d’acteurs du changement exige du temps, des ressources et une capacité à maintenir l’engagement au-delà des premières cohortes. La focalisation initiale sur deux pays — le Kenya et le Sénégal — est une stratégie prudente qui permettra d’affiner le modèle avant de l’élargir. L’enjeu sera ensuite d’adapter les contenus aux diversités linguistiques, institutionnelles et politiques d’un continent qui ne se laisse pas résumer à quelques contextes pilotes.
Reste que la dynamique est là. Dans un contexte où les mouvements citoyens africains — de la lutte contre la corruption à la défense des droits climatiques — gagnent en visibilité, ONE Academy arrive avec une proposition claire : offrir à des milliers de jeunes les outils pour transformer leur indignation ou leur aspiration en capacité d’influence durable. C’est peut-être l’un des investissements les plus stratégiques que l’on puisse faire pour l’avenir du continent.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que ONE Academy et à qui s’adresse-t-elle ?
ONE Academy est une plateforme panafricaine d’apprentissage et d’action lancée par la ONE Campaign. Elle s’adresse aux jeunes Africains âgés de 18 à 35 ans et vise à leur fournir des compétences pratiques de plaidoyer, des réseaux professionnels et des opportunités concrètes pour influencer les politiques publiques à l’échelle locale, nationale et continentale.
Pourquoi la ONE Campaign a-t-elle créé cette plateforme maintenant ?
Une enquête menée par la ONE Campaign en 2026 dans six pays africains a mis en lumière un paradoxe significatif : si près de 90 % des jeunes interrogés se disent prêts à s’exprimer sur des enjeux qui les concernent, seulement 53 % ont déjà participé à une activité de plaidoyer. Ce constat a mis en évidence un besoin d’infrastructure structurée pour transformer l’élan civique en influence réelle.
Dans quels pays ONE Academy est-elle disponible au lancement ?
La plateforme est lancée en priorité au Kenya et au Sénégal, avec un premier cours centré sur les défis de l’éducation de base (Foundational Learning Advocacy). L’ambition est d’étendre progressivement la plateforme à d’autres pays africains grâce à des partenariats et à de nouveaux cours.
Quelle est la différence entre ONE Academy et d’autres programmes de formation civique existants ?
Contrairement à de nombreux programmes de sensibilisation qui s’arrêtent à la formation théorique, ONE Academy est conçue pour accompagner ses membres tout au long d’un parcours : de l’apprentissage à la pratique, de la pratique à l’action, et de l’action à l’influence. Elle met l’accent sur des compétences opérationnelles — identifier les décideurs, construire un argumentaire, mobiliser des pairs — et sur la construction d’une communauté de praticiens du plaidoyer.

















