La scène culturelle ivoirienne a perdu l’une de ses figures les plus atypiques. Claudius Hawmmond, connu du grand public sous les pseudonymes de « Boss Wilson » ou « Papa Wilson », est décédé dans la soirée du jeudi 24 septembre 2026 des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC). L’information a été rendue publique par l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), tandis que la chaîne A+ Ivoire exprimait dès le lendemain sa consternation sur ses propres canaux de communication.
Un homme de plusieurs vies
Ce qui frappe d’emblée dans le parcours de Claudius Hawmmond, c’est sa capacité à avoir traversé des univers radicalement différents. Ancien militaire, il avait d’abord fait un détour par la musique avant de se tourner vers l’audiovisuel et le cinéma — une trajectoire qui, en Afrique de l’Ouest comme ailleurs, reste encore peu commune dans le secteur culturel. Ce type de reconversion illustre la fluidité croissante des industries créatives africaines, où les frontières entre les disciplines s’effacent progressivement.
En 2013, avec son épouse, il fondait H Studios, une maison de production dont il assumait la direction. Cette initiative entrepreneuriale dans un secteur où le tissu productif indépendant reste fragile mérite d’être soulignée : monter une structure de production audiovisuelle en Côte d’Ivoire implique de naviguer entre des contraintes de financement, de distribution et d’accès aux équipements techniques qui freinent encore nombre de créateurs du continent.
« La Dernière Voix » et l’empreinte télévisuelle
C’est à travers la série « La Dernière Voix » que Claudius Hawmmond a touché le public le plus large. Son personnage de « Wilson » — ou « Boss » — avait, selon A+ Ivoire qui lui a rendu hommage, « marqué les téléspectateurs » et contribué à « faire vivre des personnages qui resteront dans les mémoires ». Il faut cependant distinguer le fait établi — le succès populaire de la série — du cadrage émotionnel que la chaîne, partenaire de diffusion, donne naturellement à cet hommage. A+ Ivoire reste un acteur commercial dont la communication de deuil est aussi une façon de valoriser son propre catalogue.
Il n’en reste pas moins que la longévité d’une série télévisée et la mémorabilité d’un personnage constituent des indicateurs concrets d’impact culturel. Dans un paysage audiovisuel où les productions locales doivent rivaliser avec des contenus étrangers, une série ivoirienne capable de fidéliser un public constitue un apport réel à la diversité des représentations sur le petit écran.
Un cinéma en construction
Au-delà de la télévision, Claudius Hawmmond avait également tourné dans le film « Ôbatanga » et venait, selon l’AIP, de participer au tournage de « Zanka », réalisé par la cinéaste ivoirienne Khady Touré. Ce dernier projet, inachevé du point de vue de la sortie publique au moment de sa disparition, soulève une question que le communiqué n’aborde pas : quel sera le devenir de ce film et du travail accompli par l’acteur ? La question de la postérité des œuvres en cours au moment du décès d’un artiste est rarement traitée avec la rigueur qu’elle mérite, ni par les médias ni par les institutions culturelles.
Plus largement, la disparition de Claudius Hawmmond intervient dans un contexte où le cinéma ivoirien cherche à reconquérir une place sur l’échiquier continental et international après plusieurs décennies difficiles. La Côte d’Ivoire avait été, dans les années 1970 et 1980, l’un des foyers du cinéma africain ; reconstituer ce dynamisme suppose précisément des profils comme le sien — producteurs-acteurs capables de porter des projets de bout en bout, de mobiliser des financements et d’accompagner des réalisateurs.
Ce que la perte révèle
La disparition prématurée d’un entrepreneur culturel pose des questions structurelles que le deuil collectif tend à éclipser. H Studios, la maison de production qu’il avait cofondée avec son épouse, quelle est sa situation aujourd’hui ? Les projets en cours seront-ils menés à terme ? Les talents qu’il accompagnait bénéficieront-ils d’un relais institutionnel ou d’un soutien de la communauté artistique ? Le communiqué de l’AIP ne l’indique pas.
Ces questions ne visent pas à minorer l’émotion légitime que suscite ce décès, mais à rappeler qu’une industrie culturelle ne se construit pas seulement sur des talents individuels : elle suppose des structures, des mécanismes de transmission et des politiques publiques capables d’amortir la disparition d’acteurs clés. En Côte d’Ivoire comme dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, la fragilité des entreprises culturelles indépendantes reste un défi persistant.
Mise en perspective
Claudius Hawmmond laisse derrière lui un parcours qui résume à la fois les possibilités et les limites des industries culturelles ivoiriennes contemporaines : un homme capable de se réinventer plusieurs fois, de créer une structure indépendante et de s’imposer à l’écran, dans un secteur où la reconnaissance institutionnelle et les filets de sécurité économiques restent insuffisants. Ce qu’il faut suivre dans les prochaines semaines : le sort du film « Zanka » et l’avenir de H Studios, mais aussi la façon dont la communauté artistique et les pouvoirs publics répondront — ou non — à la disparition d’un de ses entrepreneurs culturels.
Questions fréquentes
Qui était Claudius Hawmmond ?
Claudius Hawmmond, également connu sous les noms de « Boss Wilson » ou « Papa Wilson », était un acteur, producteur et entrepreneur culturel ivoirien. Ancien militaire reconverti dans la musique puis dans l’audiovisuel, il avait cofondé en 2013 la maison de production H Studios et s’était imposé comme une figure du cinéma et de la télévision en Côte d’Ivoire.
De quoi est-il décédé ?
Selon l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), Claudius Hawmmond est décédé dans la soirée du 24 septembre 2026 des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC).
Quels sont les projets auxquels il avait participé ?
Il était notamment connu pour son rôle de « Wilson » dans la série télévisée « La Dernière Voix », dont il était également le producteur. Il avait également joué dans le film « Ôbatanga » et venait de participer au tournage du film « Zanka », réalisé par la cinéaste ivoirienne Khady Touré, au moment de sa disparition.
Qu’est-ce que H Studios ?
H Studios est la maison de production audiovisuelle que Claudius Hawmmond avait fondée en 2013 avec son épouse. Il en assurait la direction et y participait à la production de contenus audiovisuels ainsi qu’à l’accompagnement de talents du milieu artistique ivoirien.

















