L'Europe veut reprendre le contrôle de ses frontières. Elle accélère les procédures d'asile, multiplie les dispositifs de retour, renforce les pouvoirs de Frontex et sollicite davantage les pays africains pour contrôler les routes migratoires. Derrière cette stratégie se dessine une transformation profonde de la politique migratoire européenne : il ne s'agit plus seulement de contrôler les entrées sur le territoire de l'Union, mais également de déplacer une partie de la gestion des migrations, de l'accueil et des responsabilités vers des États situés en dehors de ses frontières.
Cette évolution pose une question fondamentale : jusqu'où l'Europe peut- elle externaliser sa politique migratoire sans externaliser, dans le même mouvement, ses obligations juridiques et ses responsabilités humaines ?
La question mérite d'être posée avec d'autant plus d'attention que les nouvelles orientations européennes interviennent dans un contexte de durcissement du droit d'asile, de multiplication des mécanismes de retour et d'élargissement des compétences de l'agence européenne Frontex.

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Le Pacte européen sur la migration et l'asile, dont les principales dispositions sont entrées en application le 12 juin 2026, constitue une étape majeure de cette transformation. Il renforce l'harmonisation des procédures, développe les mécanismes de filtrage et accélère le traitement de certaines demandes de protection internationale.
Mais derrière cette harmonisation juridique se dessine aussi un choix politique : rendre les procédures plus rapides, faciliter les éloignements et limiter les possibilités d'installation des personnes qui ne remplissent pas les conditions du séjour.
Le droit d'asile face à la logique des « pays sûrs »
Le recours à la notion de « pays sûr » ne constitue pas une nouveauté dans la politique migratoire européenne. Il fait depuis longtemps partie des instruments utilisés par les États pour organiser et accélérer le traitement des demandes d'asile.
Dès 1992, avant même l'existence d'une politique européenne commune de l'asile, les États européens avaient commencé à développer les notions de « pays tiers d'accueil », de « pays d'origine sûrs » et de demandes de protection manifestement infondées.
Ces mécanismes ont progressivement été intégrés dans les législations nationales, puis dans le droit européen, notamment avec la directive « Procédure » de 2013.
Le règlement (UE) 2024/1348 du 14 mai 2024, qui remplace cette directive, a réorganisé le cadre européen des procédures d'asile. Il distingue plusieurs catégories de pays et de situations susceptibles d'avoir des conséquences sur le traitement d'une demande de protection internationale.
Il s'agit notamment :
- des pays d'origine sûrs (POS) ;
- des pays tiers sûrs (PTS) ;
- des pays de premier asile ;
- des pays pour lesquels le taux moyen annuel d'octroi d'une protection internationale dans l'Union européenne est inférieur ou égal à 20 %.
Ces catégories ne sont pas interchangeables. Elles répondent à des mécanismes juridiques différents, mais participent toutes à une évolution vers un traitement plus sélectif et, dans certaines situations, accéléré des demandes d'asile.

La liste européenne des pays d'origine sûrs : le Maroc et la Tunisie directement concernés
Un changement important est intervenu le 24 février 2026 avec l'adoption du règlement (UE) 2026/464, qui établit une première liste commune de pays d'origine sûrs à l'échelle de l'Union européenne.
Cette liste comprend sept pays :
- Bangladesh ;
- Colombie ;
- Égypte ;
- Inde ;
- Kosovo ;
- Maroc ;
- Tunisie.
À cette liste s'ajoutent, selon le mécanisme prévu par ce même règlement, les neuf pays candidats à l'adhésion à l'Union européenne :
- Albanie ;
- Bosnie-Herzégovine ;
- Géorgie ;
- Moldavie ;
- Monténégro ;
- Macédoine du Nord ;
- Serbie ;
- Turquie ;
- Ukraine.
Il convient toutefois de préciser que cette qualification des pays candidats n'est pas absolue. Le règlement prévoit des exceptions, notamment en présence d'un conflit armé, de menaces graves pour les populations civiles, de certaines mesures restrictives européennes ou lorsque le taux de décisions accordant une protection internationale dépasse le seuil de 20 %.
Le classement d'un pays comme pays d'origine sûr permet notamment de recourir à une procédure accélérée d'examen des demandes présentées par ses ressortissants. Il ne signifie cependant pas que toutes ces demandes doivent être automatiquement rejetées.
Cette distinction est essentielle.
Un pays peut être considéré comme globalement sûr sans que chacun de ses ressortissants bénéficie personnellement d'une protection effective. Un opposant politique, un journaliste menacé, un militant des droits humains ou une personne appartenant à une minorité exposée à des persécutions peut être en danger dans un pays pourtant inscrit sur une liste européenne de pays sûrs.
Le cas du Maroc et de la Tunisie mérite, à cet égard, une attention particulière.
Ces deux pays sont à la fois des partenaires importants de l'Union européenne dans la gestion des migrations et des États dont les ressortissants peuvent solliciter une protection internationale en Europe.
Cette situation appelle une interrogation sur la cohérence de la politique européenne : comment concilier le partenariat migratoire avec l'exigence d'un examen impartial et individualisé des demandes d'asile ?
La qualification de pays sûr ne doit pas devenir un instrument permettant de minimiser les situations individuelles de persécution ou de vulnérabilité.

Pays tiers sûrs : une autre manière de déplacer la responsabilité
Une autre évolution importante concerne la notion de « pays tiers sûr », encadrée par le règlement (UE) 2026/463 du 24 février 2026.
Contrairement au concept de pays d'origine sûr, qui concerne la situation générale dans le pays dont le demandeur possède la nationalité, celui de pays tiers sûr vise un autre territoire vers lequel une personne pourrait être transférée.
Dans certaines conditions, une demande d'asile peut être déclarée irrecevable lorsqu'il est estimé que la personne peut bénéficier d'une protection effective dans un pays tiers.
Le nouveau dispositif assouplit notamment les conditions relatives au lien entre le demandeur et ce pays. Le transit peut ainsi constituer un élément permettant l'application du mécanisme, en plus des autres conditions prévues par le règlement.
Cette évolution soulève des interrogations considérables pour les pays africains.
Un État de transit peut-il être conduit à accueillir des personnes qui n'y ont jamais résidé durablement, simplement parce qu'elles ont emprunté son territoire pour rejoindre l'Europe ?
Qui sera responsable de leur protection ? Qui financera leur hébergement, leur accompagnement juridique et leur accès aux services essentiels ? Quelles garanties empêcheront leur renvoi ultérieur vers un pays où elles risquent des persécutions ?
Le risque est de transformer progressivement certains pays de transit en espaces de traitement externalisé des demandes d'asile, alors même que les décisions politiques et les règles de cette organisation sont principalement définies en Europe. Une personne ne perd pas son droit à la protection internationale parce qu'elle a traversé un pays tiers.
Frontex : une agence européenne aux pouvoirs grandissants
La réforme proposée par la Commission européenne le 27 octobre 2026 constitue une nouvelle étape dans le renforcement de la politique migratoire de l'Union.
Bruxelles souhaite porter les capacités de Frontex à 30 000 agents, créer une force de réaction rapide et renforcer considérablement le rôle de l'agence dans l'organisation des retours.
La proposition prévoit notamment la création d'un centre de coordination des retours et le développement de capacités opérationnelles permettant à Frontex d'aider des pays tiers à organiser des opérations de retour entre deux États non membres de l'Union européenne, sous réserve d'accords avec les pays concernés et du respect des droits fondamentaux.
Concrètement, l'agence pourrait ainsi apporter un soutien technique et opérationnel à des opérations de retour organisées depuis un pays africain vers un autre pays d'origine.
Cette évolution élargit considérablement la géographie de l'intervention européenne. La gestion migratoire ne se limiterait plus aux frontières de l'Union : elle pourrait désormais intervenir dans les relations entre États tiers.
La Commission présente cette réforme comme un moyen d'améliorer l'efficacité des retours, de mieux répondre aux situations de crise et de renforcer la coopération avec les États partenaires.
Mais l'élargissement des compétences opérationnelles pose une question essentielle : quels mécanismes permettront de contrôler les opérations conduites hors du territoire européen ?
Qui sera responsable lorsqu'une opération organisée avec le soutien de Frontex entraînera une violation des droits fondamentaux ? Quels recours seront accessibles aux personnes concernées ? Comment garantir la transparence des interventions et l'identification des responsabilités ?
Ces questions sont d'autant plus importantes qu'Amnesty International a déjà exprimé ses préoccupations concernant certaines activités de Frontex en Méditerranée, notamment le risque de participation indirecte à des interceptions pouvant exposer des personnes migrantes et réfugiées à des violations de leurs droits.
L'élargissement des compétences de l'agence doit donc s'accompagner de mécanismes indépendants de surveillance, d'enquête et de responsabilité.
Sans ces garanties, l'Europe risque de développer une capacité d'intervention extérieure sans renforcer suffisamment les moyens de prévenir les abus et d'en réparer les conséquences. Il faut toutefois souligner une distinction juridique essentielle : la réforme du 27 octobre 2026 est encore une proposition législative de la Commission européenne. Elle doit suivre la procédure législative européenne et obtenir l'approbation du Parlement européen et du Conseil. Les nouvelles compétences envisagées ne peuvent donc pas être présentées comme des pouvoirs déjà définitivement accordés à Frontex.

Les centres de retour : l'Afrique comme nouvelle profondeur stratégique de l'Europe
Le 1er octobre 2026, le Conseil de l'Union européenne a adopté de nouvelles règles communes relatives au retour des ressortissants de pays tiers dépourvus de droit de séjour dans l'Union.
Ce dispositif ouvre notamment la possibilité de créer des centres de retour dans des pays situés en dehors de l'Union européenne, sur la base d'accords avec les États concernés.
Ces centres, souvent désignés sous le terme de « hubs de retour », doivent permettre d'organiser l'éloignement de personnes ayant fait l'objet d'une décision de retour.
Cette évolution marque une nouvelle étape dans l'externalisation de la politique migratoire européenne.
L'objectif est de rendre les décisions de retour plus facilement exécutables, y compris lorsque les personnes concernées se trouvent dans des pays tiers. Il est toutefois important de souligner que cette possibilité juridique ne constitue pas une obligation imposée aux pays africains. Aucun État ne peut être considéré comme automatiquement tenu d'accueillir un centre de retour du seul fait de sa position géographique ou de ses relations avec l'Union européenne.
La mise en place de ces dispositifs suppose des accords spécifiques, le consentement des États partenaires et des garanties concernant les droits fondamentaux, les conditions d'accueil et la répartition des responsabilités.
Pour les pays africains, l'enjeu est donc de négocier ces éventuels accords dans le respect de leur souveraineté, de leurs capacités nationales et de leurs priorités de développement.
Un pays africain qui accepte d'accueillir un centre de retour ne prend pas simplement un engagement administratif. Il assume potentiellement des responsabilités humaines, sociales, financières et sécuritaires considérables.
Il faut notamment déterminer les conditions d'hébergement, les garanties de liberté individuelle, l'accès aux soins, l'assistance juridique, les possibilités de recours et les modalités de réadmission vers les pays d'origine.
Le respect du principe de non-refoulement doit demeurer une exigence absolue. Aucun transfert ne peut être légitime lorsqu'il expose une personne à des persécutions ou à des traitements interdits par le droit international.
L'Europe ne peut donc pas considérer les centres de retour comme de simples infrastructures techniques destinées à résoudre à distance les difficultés de ses propres procédures d'éloignement.
L'Afrique, partenaire ou zone tampon ?
C'est probablement sur le continent africain que cette nouvelle orientation produira les débats les plus importants.
Le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie et l'Égypte occupent une place stratégique dans les relations migratoires entre l'Europe et l'Afrique. Ces États sont sollicités pour contrôler les routes migratoires, lutter contre les réseaux de passeurs, faciliter les réadmissions et participer aux dispositifs de retour.
Cette coopération mobilise des financements européens importants. Elle peut contribuer au renforcement des capacités administratives, à l'amélioration des dispositifs de protection et au développement de programmes de réintégration.
Mais elle peut également créer une relation déséquilibrée : l'Europe définit les priorités sécuritaires, tandis que les pays africains assument une part croissante des conséquences humaines, sociales et politiques de la mobilité internationale.
Il existe pourtant une différence fondamentale entre coopérer à la gestion des migrations et devenir une extension opérationnelle du système frontalier européen.
Les États africains ont leurs propres intérêts, leurs propres contraintes et leurs propres politiques migratoires. Ils doivent pouvoir déterminer les conditions dans lesquelles ils acceptent une coopération, sans que les financements, les accords commerciaux ou les politiques de visas deviennent des instruments de pression disproportionnée.
Pour le Maroc, cette question revêt une importance particulière.
Sa position géographique, ses relations avec l'Union européenne et son ancrage africain lui confèrent un rôle stratégique dans les dynamiques migratoires régionales.
Mais sa coopération avec l'Europe doit s'inscrire dans une vision nationale de long terme. Elle ne peut être réduite à la surveillance des frontières européennes à distance.
Le Maroc doit également tenir compte de ses propres engagements en matière de protection des personnes migrantes et de demandeurs d'asile, ainsi que des exigences liées à sa politique africaine.
Un pays de transit ne peut être réduit au rôle de gardien des frontières d'un autre continent.
L'Afrique ne doit pas devenir la zone tampon d'une Europe qui souhaite éloigner de son territoire les conséquences humaines de ses propres choix migratoires.

Le retour n'est pas une politique de développement
Une autre confusion mérite d'être levée : celle qui consiste à assimiler le retour administratif à la réintégration économique et sociale.
Expulser une personne ne signifie pas résoudre les difficultés qui l'ont conduite à partir.
Le retour peut constituer une possibilité lorsqu'il est volontaire, digne et accompagné de perspectives réelles. Mais lorsqu'il intervient sans emploi, sans accompagnement et sans ressources, il risque de reproduire les conditions qui avaient initialement poussé au départ.
L'efficacité d'une politique migratoire ne peut donc pas être mesurée uniquement au nombre d'expulsions réalisées.
Elle doit également être évaluée à partir de la situation des personnes après leur retour : accès à l'emploi, formation, logement, accompagnement social et possibilité de reconstruire un parcours professionnel.
Cela suppose des programmes de réintégration durables, construits avec les collectivités locales, les entreprises, les associations et les institutions publiques.
Il faut également éviter que les financements consacrés à la migration soient principalement orientés vers les équipements de surveillance, les dispositifs de contrôle et les opérations d'éloignement.
Les investissements dans l'éducation, la formation professionnelle, la santé, l'emploi et le développement territorial doivent occuper une place centrale.
Sans cette dimension, les politiques de retour risquent de devenir des mécanismes de déplacement géographique de la précarité plutôt que des instruments de stabilisation.
La Pologne et la question des limites du droit d'asile
Le durcissement de la politique migratoire européenne ne concerne pas uniquement les relations avec les pays africains. Il traduit également des tensions internes à l'Union européenne sur la portée du droit d'asile et les prérogatives des États membres.
La position défendue par le gouvernement polonais de Donald Tusk, qui avait annoncé en octobre 2024 son intention de suspendre temporairement et territorialement certaines possibilités de solliciter l'asile face à ce qu'il présentait comme une instrumentalisation des migrations par la Russie et la Biélorussie, illustre ces tensions.
Varsovie invoque des considérations de sécurité nationale et la nécessité de répondre aux pressions exercées à sa frontière orientale.
Cette situation pose néanmoins une question de principe : jusqu'où un État peut-il invoquer la sécurité nationale pour restreindre l'accès à une protection garantie par les conventions internationales et le droit européen ?
La sécurité des frontières est une responsabilité légitime des États. Mais elle ne saurait justifier une suppression générale des garanties fondamentales attachées au droit d'asile.
La lutte contre l'instrumentalisation des migrations doit rester compatible avec le respect des droits des personnes qui cherchent effectivement une protection.
Il importe donc de distinguer les stratégies géopolitiques d'États tiers des situations individuelles des personnes qui se présentent aux frontières européennes.
Confondre les deux reviendrait à faire supporter aux demandeurs d'asile les conséquences de conflits politiques dont ils ne sont pas nécessairement les acteurs.
Une contradiction européenne à dépasser
L'Europe se trouve également confrontée à une contradiction économique et démographique.
D'un côté, plusieurs secteurs de son économie ont besoin de travailleurs, de compétences et de mobilité internationale. De l'autre, les possibilités de migration légale restent difficiles d'accès pour une partie importante des candidats, notamment africains.
Cette contradiction nourrit les tensions et entretient des parcours migratoires dangereux.
Il ne s'agit pas de prétendre que l'ouverture des voies légales ferait disparaître les migrations irrégulières. Il s'agit de reconnaître qu'une politique migratoire exclusivement organisée autour de la surveillance, de la dissuasion et du retour ne peut répondre à l'ensemble des besoins économiques et humains des deux continents.
Les dispositifs de mobilité professionnelle, les formations, les échanges universitaires, les programmes de mobilité des chercheurs et les possibilités de recrutement doivent faire partie intégrante de la coopération euro-africaine.
La maîtrise des frontières et l'organisation de voies légales de mobilité ne sont pas nécessairement contradictoires. Elles constituent deux dimensions d'une politique migratoire globale.
L'Europe ne peut pas, d'un côté, reconnaître les besoins de son marché du travail et, de l'autre, négliger les aspirations d'une jeunesse africaine en quête de perspectives professionnelles et de mobilité.
Pour un véritable pacte migratoire euro-africain
Il est temps de sortir d'une coopération dominée par l'urgence sécuritaire et les négociations sur les retours.
L'Europe et l'Afrique ont besoin d'un partenariat migratoire réellement équilibré, reposant sur des engagements réciproques et une répartition équitable des responsabilités.
Cinq priorités devraient guider cette nouvelle approche.
Premièrement, garantir le respect du droit d'asile. Aucune politique de retour ou de transfert ne doit contourner l'examen individuel des demandes de protection, le principe de non-refoulement et le droit à un recours effectif.
Deuxièmement, préserver la souveraineté des États africains. Tout accord relatif à l'accueil, au transfert ou à la réadmission doit reposer sur le consentement des États concernés, des responsabilités précisément définies et des moyens financiers proportionnés aux charges assumées.
Troisièmement, renforcer le contrôle démocratique de Frontex. L'extension de ses compétences doit s'accompagner de mécanismes indépendants de surveillance, de transparence et de responsabilité, notamment pour les opérations conduites hors de l'Union européenne.
Quatrièmement, réorienter les financements vers le développement humain. Les ressources consacrées à la migration doivent soutenir l'emploi, la formation, les services publics, l'accompagnement social et la réintégration, et ne pas se limiter aux équipements de surveillance et au contrôle des frontières.
Cinquièmement, développer les voies légales de mobilité. L'Europe et l'Afrique doivent construire des dispositifs durables de mobilité professionnelle, universitaire, scientifique et entrepreneuriale, adaptés aux besoins des deux continents.
L'Union africaine et les organisations régionales doivent également participer pleinement à la définition, à la négociation et à l'évaluation de ces politiques.
Un partenariat équilibré ne peut pas se limiter à des négociations bilatérales entre Bruxelles et les capitales africaines. Il doit reconnaître la place des institutions africaines dans la gouvernance continentale des migrations.
La dignité humaine ne s'arrête pas aux frontières
La question migratoire ne peut être réduite à un débat sur le nombre d'entrées, d'expulsions ou de kilomètres de frontières surveillées.
Derrière chaque décision administrative, il existe une personne, une histoire et parfois une situation de persécution, de vulnérabilité ou de détresse économique.
Le véritable enjeu pour l'Europe n'est pas seulement de rendre ses frontières plus difficiles à franchir. Il est de construire un système qui distingue clairement les situations, respecte les droits fondamentaux et assume les conséquences de ses décisions.
Pour l'Afrique, l'enjeu est tout aussi important : participer à la coopération internationale sans renoncer à sa souveraineté, à ses priorités de développement et à sa responsabilité envers les personnes présentes sur son territoire.
L'avenir des relations euro-africaines ne peut se construire sur une simple délégation des contraintes migratoires. Il exige un dialogue politique équilibré, des engagements réciproques et une véritable solidarité entre les deux continents. Une frontière peut être déplacée, une expulsion peut être organisée et un centre de retour peut être construit loin de l'Europe. Mais aucune de ces mesures ne fait disparaître les causes de la migration, ni les obligations de protection des personnes.
L'Europe ne peut pas demander à l'Afrique de porter seule le poids humain, politique et social d'une politique dont elle définit les règles.
La maîtrise des frontières ne doit pas devenir un prétexte à l'externalisation des responsabilités. La coopération migratoire doit être une responsabilité partagée, et non une souveraineté européenne exercée par procuration sur le territoire africain.
La véritable réussite d'une politique migratoire ne se mesurera pas au nombre de personnes éloignées des frontières européennes, mais à la capacité des deux continents à protéger les personnes, organiser une mobilité légale et construire des perspectives de vie dignes.
Références documentaires
- Gisti, Les pays dits « sûrs » pour les personnes en demande d'asile, Point sur n° 8, octobre 2026.
- Règlement (UE) 2024/1348 du 14 mai 2024, relatif à la procédure commune en matière de protection internationale.
- Règlement (UE) 2026/464 du 24 février 2026, relatif à la liste européenne des pays d'origine sûrs.
- Règlement (UE) 2026/463 du 24 février 2026, relatif au concept de pays tiers sûr.
- Conseil de l'Union européenne, 1er octobre 2026, nouvelles règles relatives au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier.
- Commission européenne, 27 octobre 2026, proposition de réforme du règlement Frontex.
- Amnesty International, réaction du 27 octobre 2026 à la proposition de réforme de Frontex et aux risques pour les droits fondamentaux.















