Utilisé sur des milliards de billets de banque à travers le monde, le système Bioguard pourrait s’imposer auprès des banques centrales africaines en s’appuyant sur ses propriétés antivirales et antibactériennes. Ce système de traitement des billets vise à limiter la survie de micro-organismes sur les coupures en circulation.
Elles sont quelques-unes à revendiquer l’utilisation du système Bioguard pour protéger leurs billets de banque des virus, champignons et autres bactéries : la Banque centrale du Botswana, celle du Lesotho ou encore celle de la République démocratique du Congo ont publiquement annoncé avoir demandé au fabricant de monnaie Oberthur Fiduciaire – la maison-mère de Bioguard – d’intégrer ce dispositif aux billets mis en circulation sur leur territoire respectif. Leur nombre semble encore restreint sur le continent, mais dans ce secteur où le secret professionnel est important, il reste difficile d’obtenir une confirmation auprès des banques centrales.
Les maladies transmissibles, un enjeu de santé publique
Ce procédé de traitement des billets et des surfaces a été développé pour répondre aux normes réglementaires internationales en vigueur. C’est à la suite de la pandémie mondiale de grippe H1N1 en 2009, partie du Mexique, que les équipes de recherche et développement d’Oberthur Fiduciaire ont mis au point Bioguard afin de lutter contre la transmission des maladies via les billets de banque. Quelques années plus tard, cette technologie – anti-virus, antibactérienne et antifongique – a de nouveau été mise en avant pour réduire les risques de transmission chez les utilisateurs de billets de banque, lors de la pandémie de Covid-19 de 2020-2021. « Avec la fonction autodésinfectante de Bioguard, nous accélérons la mort du virus et réduisons le risque de contamination, assure Henri Rosset, inventeur de la technologie et directeur du centre de recherche de Bioguard. Et après cinq ans, le procédé est encore actif sur des billets mis en circulation dans des conditions tropicales. » Une solution répondant aux enjeux sanitaires de plusieurs États africains.
Sur le continent africain, la question s’est posée avec plus d’acuité au moment de la crise du coronavirus il y a 6 ans. Dès mars 2020, de nombreuses autorités sanitaires ont en effet tiré la sonnette d’alarme, affirmant que les pays africains étaient moins bien préparés que d’autres pour faire face aux vecteurs de contamination. Ainsi le Dr Michel Yao, responsable des opérations d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique – et lui-même d’origine ivoirienne –, s’inquiétait du rôle des billets de banque en circulation : selon lui, dans la plupart des cas en Afrique, le risque de contamination était réel. À l’époque, cette idée circule rapidement, alimentée par de nombreuses recherches scientifiques menées par des universités africaines – telles que l’University of Ghana (Ghana) et la Makerere University (Ouganda) – qui identifient plusieurs bactéries et virus sur les billets de banque : bactérie Escherichia coli (E. coli), staphylocoque doré, bacillus, champignons microscopiques… Une situation qui a renforcé l’attention des autorités sanitaires africaines sur ce risque, sachant que – selon l’OMS – les maladies transmissibles représentent encore « 59% de la perte de santé des populations africaines ».
Les billets protégés, mais pas que
S’il a été démontré que l’usage de la monnaie papier n’est pas un vecteur particulièrement important de contamination, l’adoption du système Bioguard permet de réduire drastiquement les risques. « La crise du COVID-19 a démontré l’importance d’allouer des ressources à des innovations dont la concrétisation peut prendre des années, affirme Étienne Couëlle, directeur général d’Oberthur Fiduciaire. La solution Bioguard en est un exemple. Cette garantie de sécurité sanitaire a été appliquée à des milliards de billets de banque à travers le monde et s’est révélée très efficace contre le virus de la Covid-19, comme l’ont confirmé des laboratoires indépendants. » La technologie existe et a fait ses preuves dans plusieurs pays, et pourrait être adoptée par d’autres banques centrales africaines.
Ce dispositif de protection dispose par ailleurs d’un avantage non négligeable : s’il est possible de l’intégrer aux billets de banque, il est également utilisé pour recouvrir toutes les surfaces que les usagers peuvent toucher dans l’espace public : écrans tactiles, poignées de porte, barres verticales dans les transports en commun, et bien d’autres. « La concentration virale est réduite d’au moins 100 fois par rapport aux surfaces non traitées, assure Nicolas Koutros, directeur général de Bioguard & Co. Concrètement, cela signifie qu’une contamination par contact avec toute surface protégée par Bioguard comme un billet, mais également un écran, une table ou encore un emballage est quasiment impossible.» L’entreprise a par exemple adapté son procédé aux emballages industriels – agrémentés d’un label bien visible Bioguard – afin de rassurer les employés de manutention par exemple.
Et la manutention est devenue une préoccupation majeure dans certains pays actuellement, notamment dans ceux où la variole du singe (mpox) continue de sévir ou dans la région des Grands Lacs où le virus Ebola est en pleine recrudescence depuis le début de l’année. Si l’OMS se veut rassurante sur ses connaissances des différentes voies de contamination, elle continue de mettre en garde les populations. « Si vous parlez à quelqu’un de près, si vous respirez sur lui, si vous êtes physiquement proche de lui, il est possible que les gouttelettes de mpox, si vous avez des lésions, se propagent à quelqu’un d’autre », affirme Margaret Harris, la porte-parole de l’organisation onusienne, qui insiste par ailleurs sur les risque d’infection en cas de contact avec des objets ou des surfaces contaminées. Rappeler les gestes essentiels – désinfecter les surfaces et se laver les mains – est un minimum. Mais recourir à des technologies innovantes intégrées directement dans lesdits objets et surfaces apparaît comme une solution complémentaire bien utile.

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.














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