Pourquoi la Tunisie attire les investisseurs
L’économie tunisienne a renoué avec la croissance en 2025 : le PIB réel a progressé de 2,5 %, contre 1,6 % en 2024, selon la Banque centrale de Tunisie (BCT). Située à moins de deux heures de vol des principales capitales européennes, la Tunisie dispose d’un capital humain qualifié — environ 12 000 ingénieurs diplômés chaque année — et d’une diaspora nombreuse en France, en Italie et en Allemagne. Le pays se positionne comme une plateforme de production et de services à coûts compétitifs pour le marché européen.
Cette attractivité se lit dans les chiffres des investissements étrangers : 3 572 millions de dinars d’investissements directs étrangers (IDE) captés en 2025, en hausse de 30,3 % sur un an selon l’agence de promotion des investissements extérieurs (FIPA). La Bourse de Tunis a, elle, signé un record historique en 2025, le Tunindex gagnant 35,1 % sur l’année.
La France reste le premier investisseur étranger en Tunisie, avec 351 projets et 899,85 millions de dinars d’investissements en 2025, selon la FIPA. Le pays mise en outre sur la Startup Act, une loi inédite en Afrique, et sur le plan national « Tunisie Digitale 2025 » pour devenir un hub technologique régional.
Chiffres clés 2026
| Indicateur | Valeur | Période / source |
|---|---|---|
| PIB nominal | ≈ 57,5 milliards de dollars | 2025 — Banque mondiale |
| Croissance du PIB réel | +2,5 % | 2025 — BCT |
| Flux d’IDE | ≈ 1,1 milliard $ (3,57 milliards de dinars) | 2025 — FIPA |
| Population | 12,35 millions | 2025 — ONU / Banque mondiale |
| Monnaie | Dinar tunisien (TND) | — |
| Indice boursier (Tunindex) | 13 449 points (+35,1 % sur l’année) | fin 2025 — BVMT |
À titre de repère, l’euro s’échangeait en moyenne autour de 3,36 dinars en 2025. L’inflation a reflué à 5,3 % en moyenne annuelle (contre 7 % en 2024), et le taux de chômage est descendu à 15,2 % fin 2025, contre 16,5 % un an plus tôt. Le PIB par habitant s’établit autour de 4 657 dollars, et la capitalisation de la place de Tunis a progressé de 31 % en 2025.
Les secteurs porteurs
Numérique et offshoring
Le secteur des technologies de l’information représente environ 11 % du PIB, avec plus de 2 200 entreprises actives et 40 000 emplois directs, selon la FIPA. Le marché de la cybersécurité pèse à lui seul 42,5 millions de dollars de revenus en 2025. La Tunisie forme chaque année près de 12 000 ingénieurs, dont une large part en informatique, ce qui alimente un écosystème d’offshoring, de centres de services partagés et de startups (fintech, agritech, edtech). Près de 52 % des entreprises innovantes exportent leurs services.
La Startup Act offre aux jeunes pousses des exonérations fiscales et un accès facilité aux devises. Le plan national « Tunisie Digitale 2025 » vise, lui, à accélérer la transformation numérique du pays et à renforcer son infrastructure.
Industrie manufacturière
L’industrie est le premier récepteur d’IDE : elle a capté 71,4 % des investissements directs étrangers sur les quatre premiers mois de 2026, selon la FIPA. Les industries manufacturières ont attiré 1 780 millions de dinars d’investissements étrangers en 2024, en hausse de plus de 20 %. Sur les seuls quatre premiers mois de 2026, l’industrie a reçu 919,4 millions de dinars d’IDE, en progression de 56,7 % sur un an. Composants automobiles, aéronautique, textile technique et électromécanique concentrent les flux, portés par la proximité géographique avec l’Europe.
Tourisme
Le tourisme a battu un record en 2025 : plus de 11 millions de visiteurs (contre 9,4 millions en 2019) et des recettes de 8 096,9 millions de dinars, en hausse de 6,5 % sur un an selon la BCT. Le pays vise 12 millions de visiteurs en 2026. La stratégie de montée en gamme — hôtellerie, thalassothérapie, tourisme culturel — ouvre des opportunités dans l’hébergement et les services associés, notamment avec le programme « Tunis, capitale du tourisme arabe en 2027 ».
Énergie et renouvelables
Le secteur de l’énergie a attiré 689 millions de dinars d’IDE en 2024, en hausse de 43 %. La part des énergies renouvelables dans la production d’électricité atteint 9 % à la mi-2025, mais le gaz naturel domine encore à environ 91 %. La Tunisie lance des appels d’offres solaires et éoliens — près de 500 MW attribués début 2025 — pour réduire un déficit énergétique structurel : la production nationale de pétrole et de gaz recule, tandis que le renouvelable progresse rapidement.
Comment investir depuis la France
Bourse de Tunis
Le Tunindex n’est pas accessible via les courtiers internationaux classiques : Degiro, Boursorama ou Interactive Brokers ne cotent pas les valeurs tunisiennes. L’investisseur français doit ouvrir un compte titres auprès d’un intermédiaire en bourse agréé tunisien, adossé à un compte étranger en devises ou en dinars convertibles. Les non-résidents financent leurs achats par importation de devises, ce qui garantit le rapatriement ultérieur du produit de cession et des dividendes.
La démarche type se déroule ainsi :
- Ouvrir un compte en devises ou en dinars convertibles auprès d’une banque tunisienne agréée.
- Virer les fonds depuis la France, en déclarant l’importation de devises.
- Passer les ordres via un intermédiaire en bourse tunisien habilité.
- Conserver l’attestation bancaire d’investissement pour les futurs rapatriements.
Création d’entreprise
La loi de l’investissement n°2016-71 autorise la détention de 100 % du capital d’une société tunisienne par un étranger dans la majorité des secteurs, sans autorisation préalable. Exception : les activités de services non exportatrices requièrent l’approbation de la Commission supérieure de l’investissement lorsque la participation étrangère dépasse 50 %. Dans l’agriculture, l’exploitation se fait par bail locatif, avec une participation étrangère plafonnée à 66 % pour l’aquaculture et la pêche dans les eaux du nord.
Côté fiscal, la loi 2016-71 prévoit des incitations selon le secteur et la région : exonérations partielles d’impôt sur les sociétés, primes d’investissement et prise en charge partielle des cotisations sociales pour les projets implantés dans les zones de développement régional.
Immobilier
Un non-résident peut acquérir un bien immobilier en Tunisie, à condition de le financer par des devises importées. Le produit de la revente peut ensuite être rapatrié. La demande de la diaspora et des retraités français soutient les segments du littoral et des grandes villes.
Dans tous les cas, l’investissement doit être déclaré à la Banque centrale de Tunisie, via la plateforme des investissements des non-résidents, conformément au Code des changes et à la circulaire BCT n°2018-14.
À noter : l’accord d’association entre l’Union européenne et la Tunisie, en vigueur depuis 1998, supprime les droits de douane sur la plupart des produits industriels, ce qui facilite les échanges pour les entreprises tournées vers l’export. La FIPA et l’Instance tunisienne de l’investissement accompagnent par ailleurs gratuitement les porteurs de projets dans leurs démarches administratives.
Les risques à connaître
Risque de change
Le dinar tunisien n’est pas librement convertible : son cours est administré par la Banque centrale, et toute sortie de capitaux est encadrée par le Code des changes. Un investisseur qui rapatrie ses fonds peut subir une dépréciation du dinar entre l’entrée et la sortie — le dinar a perdu environ 3,8 % face à l’euro en 2025. La liquidité du marché des changes est limitée.
Contraintes réglementaires
Le rapatriement des capitaux est garanti si l’investissement a été financé en devises importées, mais les transferts hors de ce cadre exigent une autorisation de la BCT. Les délais administratifs et l’obligation de passer par des intermédiaires agréés peuvent ralentir les opérations. Les résidents tunisiens sont, eux, soumis à des restrictions plus strictes, avec un plafond de 34 % au capital des sociétés non résidentes.
Conjoncture macroéconomique
La dette publique reste élevée (82,1 % du PIB fin 2025), le déficit budgétaire atteint 5,2 % du PIB et le chômage, bien qu’en recul, demeure à 15,2 %. La croissance de 2,5 % reste en deçà des objectifs affichés, et le déficit commercial se creuse (21,8 milliards de dinars, +15,2 %). L’objectif de 4 milliards de dinars d’IDE en 2026 dépend du maintien du rythme de flux observé début d’année. Ces équilibres fragiles peuvent peser sur le dinar et sur le coût du financement.
Étroitesse du marché
Le marché boursier tunisien reste étroit : capitalisation et volumes sont faibles comparés aux places européennes, ce qui accroît la volatilité et complique les sorties rapides. L’absence d’introductions en bourse majeures en 2024 a par ailleurs réduit les opportunités nouvelles pour les investisseurs de portefeuille.
Questions fréquentes
Un Français peut-il détenir 100 % d’une entreprise tunisienne ?
Oui, dans la plupart des secteurs. Les activités de services non exportatrices font exception : au-delà de 50 % de participation étrangère, une autorisation de la Commission supérieure de l’investissement est requise.
Peut-on rapatrier ses bénéfices et son capital depuis la Tunisie ?
Oui, à condition que l’investissement ait été financé par des devises importées et déclaré à la Banque centrale. Les dividendes et le produit net de cession ou de liquidation sont alors librement transférables, même au-delà du capital initial.
Comment acheter des actions tunisiennes depuis la France ?
Via un intermédiaire en bourse agréé en Tunisie, avec un compte en dinars convertibles financé par des devises. Les courtiers internationaux ne donnent pas d’accès direct au Tunindex.
Pour aller plus loin : découvrez notre guide complet pour investir en Afrique (6 pays comparés).

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.

















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