Dans un contexte où les systèmes de santé africains peinent à couvrir l’ensemble des populations, la médecine traditionnelle reste pour des millions de personnes le premier — parfois l’unique — recours thérapeutique. Le Mali entend capitaliser sur cet héritage tout en le structurant davantage. La Fédération malienne des associations des thérapeutes traditionnels et herboristes (FEMATH) a annoncé, lors d’une conférence de presse tenue le 10 octobre à Bamako, les contours de la 12ᵉ édition de la Semaine internationale de la médecine traditionnelle en Afrique (SIMTA), prévue du 26 octobre au 1er novembre 2026 sur l’esplanade du Stade du 26-Mars.
Former pour professionnaliser
L’ambition affichée est quantifiable : plus de 400 thérapeutes traditionnels bénéficieront de renforcements de capacités durant cet événement. Les modules retenus couvrent l’éthique professionnelle, les droits des patients, la protection des savoirs traditionnels, la santé de la reproduction et les bonnes pratiques d’utilisation des ressources médicinales. Ce spectre thématique témoigne d’une volonté de dépasser la simple valorisation culturelle pour ancrer la pratique dans un cadre déontologique et sécuritaire.

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Le thème retenu — « Contribution de la médecine traditionnelle dans la souveraineté sanitaire au Mali » — est explicitement politique. Il s’inscrit dans un discours plus large, présent dans plusieurs pays africains, qui associe l’autonomie thérapeutique à l’indépendance nationale vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques internationales. Le choix de ce cadrage mérite d’être lu avec nuance : si la valorisation des pharmacopées locales répond à des besoins réels, la notion de « souveraineté sanitaire » peut aussi servir à légitimer des pratiques insuffisamment évaluées scientifiquement.
Un secteur encore en construction institutionnelle
Créée en 2002, la FEMATH travaille depuis plus de deux décennies à la structuration d’un secteur longtemps resté informel. La SIMTA constitue l’un de ses leviers principaux. Le président Ousmane Diarra a insisté sur la nécessité d’un rapprochement entre thérapeutes, chercheurs et pouvoirs publics, citant notamment les ministères chargés de la Santé, du Développement social et de l’Enseignement supérieur, ainsi que l’Institut national de recherche sur la médecine et la pharmacopée traditionnelle (INRMPT).
Cette configuration institutionnelle est prometteuse sur le papier. Elle suppose toutefois que les ministères concernés s’engagent au-delà du soutien protocolaire. Le communiqué ne précise pas si des financements publics sont prévus ni quelle forme prendrait concrètement la collaboration avec l’INRMPT — laboratoire d’analyses, validation de phytomédicaments, essais cliniques ? Ces questions restent en suspens.
Ce que la SIMTA 2026 ne dit pas encore
Au-delà des formations et des expositions, le programme inclut des rencontres professionnelles, des échanges scientifiques et des activités culturelles. Ce mélange des genres est caractéristique de ce type d’événement : il permet une audience large, mais dilue parfois la rigueur scientifique dans la célébration identitaire.
Plusieurs points méritent d’être suivis à mesure que l’événement approche : quel mécanisme de certification sera délivré aux 400 thérapeutes formés ? Existe-t-il un suivi post-formation ? La protection des savoirs traditionnels évoquée dans les modules renvoie à des enjeux de propriété intellectuelle complexes — brevets, accès et partage des avantages issus de la Convention sur la diversité biologique — sur lesquels le communiqué reste muet. Enfin, la dimension « internationale » de la SIMTA soulève la question de la participation effective de délégations étrangères et de leur niveau de représentativité.
L’initiative de la FEMATH s’inscrit dans une dynamique continentale réelle : l’Organisation mondiale de la santé encourage depuis plusieurs années l’intégration des médecines traditionnelles dans les systèmes de santé nationaux, à condition que leur innocuité et leur efficacité soient documentées. C’est précisément là que se situe le défi pour le Mali : transformer un savoir-faire ancestral en pratique médicale reconnue, sans perdre ni son essence ni sa crédibilité scientifique.
Source : AMAP (Agence malienne de presse et de publicité), 10 octobre 2025.
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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