Ce n’est pas un réseau ordinaire de faux monnayeurs que la Gendarmerie nationale sénégalaise dit avoir démantelé. L’ampleur des saisies — plus d’un milliard cent quatre millions de francs CFA en faux billets — et la nature du matériel retrouvé révèlent une organisation structurée, armée, et visiblement rodée aux techniques de dissimulation.
Des opérations coordonnées sur quatre villes
C’est à la suite d’un renseignement recueilli le 5 octobre 2026 que la Brigade de recherches de Dakar a lancé une série d’opérations simultanées dans plusieurs localités : Dakar, Mbour, Thiès et Louga. Six individus ont été interpellés à l’issue de ces descentes, selon un communiqué rendu public le 10 octobre par la Gendarmerie nationale.

La newsletter des Afriques
- Gratuit & sans spam
- 1 email par jour
- Désabonnement en 1 clic
Les saisies sont considérables. Une mallette renfermait à elle seule 6 600 billets de 100 dollars, évalués à 376 200 000 francs CFA. À cela s’ajoutent 10 000 billets de 100 euros, représentant 650 000 000 FCFA, ainsi que 1 200 billets dits « noirs » en coupures de 100 euros — d’une contrevaleur de 78 714 840 FCFA — vraisemblablement destinés à un traitement chimique avant mise en circulation.
| Type de billets | Quantité | Contrevaleur FCFA |
|---|---|---|
| Billets de 100 dollars | 6 600 | 376 200 000 |
| Billets de 100 euros | 10 000 | 650 000 000 |
| Billets noirs de 100 euros | 1 200 | 78 714 840 |
| Total | — | 1 104 914 840 |
Le « lavage chimique » : une fraude sophistiquée
La mention de « billets noirs » et de « bouteilles supposées contenir du mercure » pointe vers une escroquerie bien documentée dans la région : le procédé dit de « lavage » ou « washing » de billets. Dans ce schéma, des billets authentiques auraient été teints chimiquement pour être dissimulés lors de leur transport, avant d’être « blanchis » à l’aide de solvants pour retrouver leur apparence originale. Ce type de fraude est aussi parfois utilisé dans des arnaques ciblant des victimes crédules, à qui l’on fait croire qu’une fortune en devises cachées peut être récupérée moyennant une avance de frais.
La présence de deux cachets faussaires dans le matériel saisi suggère en outre une capacité à fabriquer ou authentifier de faux documents, élargissant potentiellement le spectre des activités du réseau au-delà du seul trafic de devises.
Un arsenal qui pose question
Au-delà des billets, l’inventaire du matériel saisi interpelle : un pistolet automatique de calibre 9 mm, quinze cartouches de 12 mm, vingt cartouches à blanc, un gilet pare-balles et un poignard. Un tel équipement indique que le réseau présumé était prêt à se défendre, voire à intimider. Cela soulève des interrogations que le communiqué de la Gendarmerie n’aborde pas : le groupe avait-il des connections avec d’autres réseaux criminels ? Les six interpellés représentent-ils l’ensemble de la chaîne — fournisseurs, intermédiaires, revendeurs — ou seulement un maillon ?
La dispersion géographique des opérations — quatre villes distantes les unes des autres — laisse penser que le réseau disposait de relais régionaux, ce qui complique l’évaluation de son véritable périmètre. La Gendarmerie nationale précise que l’enquête se poursuit, sans donner d’indication sur d’éventuelles ramifications internationales, pourtant plausibles dès lors que des devises étrangères (dollars, euros) sont en jeu à cette échelle.
Ce qu’il faut suivre
Plusieurs points resteront à surveiller dans les prochaines semaines : la mise en examen ou non des six personnes interpellées, l’identification d’une source d’approvisionnement en faux billets (locale ou extérieure), et l’existence éventuelle de complices non encore arrêtés. La sophistication du procédé — lavage chimique, armement, dispersion sur plusieurs wilayas — suggère qu’un démantèlement complet supposera une coopération au-delà des frontières sénégalaises.
Source : APS (Agence de presse sénégalaise) / Gendarmerie nationale du Sénégal, 10 octobre 2026.
Pour aller plus loin
À lire aussi
- Médias sénégalais : le numérique, d’abord une affaire de mentalité avant d’être une affaire d’équipement
- Sénégal : Cheikh Issa Sall prend les rênes de l’ACBEP sur fond de bilan budgétaire en hausse
- Mali : Adama Daou prend la tête de l’Office du Périmètre Irrigué de Baguinéda

Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
Voir tous ses articles →













