Les chiffres sont contrastés. Dans la région de Kayes, à l’ouest du Mali, le stock d’essence disponible a plus que doublé en une semaine, progressant de 76,60 % pour atteindre 3 095 450 litres contre 1 752 824 litres lors de la précédente situation. Dans le même temps, le stock de gasoil s’est effondré de 54,23 %, tombant à 496 125 litres — soit une contraction de 587 725 litres. Deux trajectoires opposées qui dessinent un tableau d’approvisionnement fragile, présenté le 1er octobre lors de la réunion hebdomadaire du Comité régional de gestion des crises et catastrophes sur les hydrocarbures, tenue au gouvernorat de Kayes.
Une réunion de crise, pas de routine
Ce comité, qui rassemble chaque semaine les Douanes, les Forces de défense et de sécurité, les importateurs d’hydrocarbures et la société civile, est en lui-même un signal : la gestion des stocks de carburant à Kayes ne relève pas d’un simple suivi administratif. Elle mobilise un dispositif de surveillance active, présidé en l’occurrence par le Colonel Adama Bamba, Conseiller à la Sécurité et à la Protection civile. Ce cadre institutionnel témoigne de l’importance stratégique de cette région frontalière, enclavée et fortement dépendante des corridors d’approvisionnement extérieurs — notamment via le Sénégal.

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Le gasoil, point de tension
Selon le directeur régional du Commerce, Robo Bayo, les prix des hydrocarbures sont restés globalement stables. Mais cette stabilité masque une fragilité structurelle côté gasoil. Le principal importateur de la région, Bani Yatassaye, a pointé la hausse des prix pratiqués à Dakar comme facteur explicatif des difficultés d’approvisionnement. Autrement dit, la pression sur les stocks de gasoil à Kayes n’est pas endogène : elle est importée, au sens propre du terme.
Si le niveau actuel reste, selon les données communiquées, au-dessus du seuil d’alerte, la trajectoire est préoccupante. Le Comité a jugé nécessaire d’agir rapidement pour prévenir une rupture, dans un contexte où le trafic routier et aérien vers Kayes connaît des difficultés — sans que le communiqué en précise la nature ou l’origine exacte. Cette imprécision est elle-même notable : les contraintes logistiques qui pèsent sur la région restent en partie non dites.
Des questions que le communiqué n’aborde pas
Le gasoil est le carburant des camions, des groupes électrogènes, des engins agricoles et des transports en commun. Une pénurie dans une région comme Kayes — déjà éprouvée par son enclavement — aurait des répercussions directes sur les populations rurales, les filières agricoles et la continuité des services essentiels. Or, le communiqué ne donne aucune indication sur la durée de couverture des stocks actuels, ni sur les volumes attendus à court terme.
L’appel de l’importateur Bani Yatassaye aux « autorités compétentes » pour « prendre des dispositions » reste vague. Quelles mesures sont envisagées — subventions, réquisitions, diversification des sources d’approvisionnement ? Le Colonel Bamba a assuré que les autorités « travaillent à trouver des solutions », sans davantage de précisions. Ce flou, compréhensible dans le cadre d’une communication institutionnelle de routine, laisse entière la question des marges de manœuvre réelles dont dispose la région.
Ce qu’il faut surveiller
La dépendance de Kayes aux prix et à la disponibilité des hydrocarbures à Dakar illustre une vulnérabilité plus large des régions sahéliennes enclavées aux chocs extérieurs — qu’ils soient logistiques, climatiques ou géopolitiques. Dans ce contexte, la stabilité des prix évoquée par Robo Bayo est une bonne nouvelle, mais elle ne dit rien de la soutenabilité de l’approvisionnement si la tendance sur le gasoil se poursuit. Les prochaines réunions hebdomadaires du Comité seront déterminantes pour juger si les autorités ont pu inverser la courbe ou si la région bascule vers un état de tension durable.
Source : AMAP (Agence Malienne de Presse et de Publicité), 1er octobre 2024.
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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