C’est une distinction venue de là où on ne l’attend pas toujours : un salon consacré au leadership féminin africain a choisi de mettre à l’honneur un homme. Le 2 octobre, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le Réseau de Leadership des Femmes d’Afrique du Mali (RLFA) a remis un trophée à Kary Bogoba Coulibaly, plus connu sous le nom de scène Madou Wolo, figure de la comédie, du théâtre et de la musique au Mali.
Un « homme-orchestre » récompensé par des femmes engagées
La cérémonie s’inscrivait dans l’ouverture de la 3e édition du Salon international du leadership des femmes africaines, une rencontre dont l’ambition affichée est de connecter et d’accompagner les femmes impliquées dans le développement du continent. Neuf pays étaient représentés — Burkina Faso, Niger, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Bénin, Togo, Ghana et Sénégal — et la République de Guinée occupait le rang de pays d’honneur de cette édition.

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Madou Wolo n’est pas un invité symbolique. Formé à l’Institut national des arts du Mali, l’artiste maîtrise plusieurs instruments — balafon, baara, guitare, kora, piano et batterie — ce qui lui a valu le surnom d’« homme-orchestre ». Sa carrière couvre plus de 40 années, jalonnées notamment d’une distinction reçue en 2009 des mains du président Amadou Toumani Touré. La récompense accordée par le RLFA s’inscrit donc dans une trajectoire déjà reconnue par les institutions maliennes.
Recevant son trophée, l’artiste a dédié la distinction à sa mère et « à toutes les femmes du Mali et du monde », soulignant que cette reconnaissance prenait une valeur particulière au seuil d’une longue carrière. « Je suis un artiste qui parle avec le cœur, pour son pays et pour son art », a-t-il déclaré selon l’AMAP.
Culture et développement : un lien que le salon entend consolider
Le choix de distinguer un artiste masculin dans ce cadre n’est pas anodin. Pour les organisatrices, il illustre la vision d’une culture vivante, transmissible et susceptible de contribuer au développement économique et social — y compris en permettant aux acteurs du secteur, et aux femmes en particulier, de « vivre dignement de leur savoir-faire ». La formule vise à lier l’esthétique et l’économique, deux dimensions que les industries culturelles africaines peinent encore à articuler dans un cadre institutionnel stable.
Le salon se fixe également comme objectif de créer des passerelles entre les femmes et les institutions, signe que la démarche dépasse la simple célébration pour viser un plaidoyer structuré. Reste à mesurer la portée concrète de ces intentions : le communiqué de l’AMAP ne détaille ni le nombre de participantes, ni les engagements pris, ni les mécanismes d’accompagnement envisagés au-delà de la rencontre elle-même.
Ce que la distinction dit — et ne dit pas
La remise d’un trophée à Madou Wolo envoie un message symbolique fort sur la place de la culture dans les agendas de développement portés par des réseaux féminins panafricains. Elle soulève néanmoins des questions que le communiqué laisse en suspens : selon quels critères l’artiste a-t-il été sélectionné ? La distinction est-elle assortie d’un soutien matériel ou institutionnel, ou reste-t-elle purement honorifique ? Et surtout, quels projets concrets en faveur des artistes femmes maliennes ou africaines le RLFA entend-il porter à l’issue de ce salon ?
Ces interrogations ne diminuent pas la portée symbolique du moment, mais elles rappellent que la valorisation de la culture africaine — aussi sincère soit-elle — gagne à s’accompagner de mécanismes durables pour produire des effets au-delà des cérémonies.
Source : AMAP (Agence Malienne de Presse et de Publicité), 2 octobre 2025
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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