Un atelier de trois jours s’est ouvert à Saly, dans la région de Mbour, autour d’un constat partagé par cinq pays africains francophones : le suivi des financements climatiques ne peut plus rester cantonné aux seuls services de l’environnement. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Cameroun et les Comores y plaident pour une intégration directe des ministères des Finances dans la traçabilité des dépenses consacrées à l’action climatique.
Un angle mort dans la gouvernance climatique africaine
Depuis des années, les négociations climatiques internationales buttent sur la même question : qui reçoit quoi, comment, et avec quels résultats ? En Afrique, cette opacité tient en partie à une architecture institutionnelle qui confie la gestion des financements verts aux ministères sectoriels de l’environnement, souvent dépourvus des outils budgétaires pour en assurer un suivi rigoureux. Or ces ressources s’ajoutent, par nature, aux enveloppes classiques du développement, ce qui complique encore leur traçabilité.

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Mame Fatou Sagna Sow, représentante du ministère sénégalais de l’Environnement et de la Transition écologique, a posé le problème sans détour : « La transparence de la finance climat ne peut plus rester l’apanage exclusif des seuls ministères de l’Environnement. » Son diagnostic pointe vers les ministères des Finances, qu’elle décrit comme jouant « un rôle central dans les arbitrages budgétaires et la traçabilité des dépenses publiques ».
L’ICAT comme cadre commun
L’atelier est organisé dans le cadre de l’Initiative pour la transparence de l’action climatique (ICAT), dont le directeur, Henning Wuester, était présent à l’ouverture. Il a salué la collaboration entre les deux types de ministères comme « un acquis important » des travaux de l’initiative, tout en recadrant l’enjeu : « La transparence n’est pas une fin en soi. Elle doit produire des informations utiles à la décision. »
L’objectif affiché est d’harmoniser les mécanismes de suivi des financements environnementaux entre les cinq pays participants, selon la directrice du changement climatique et des financements verts, Madeleine Diouf Sarr. Une ambition d’harmonisation régionale qui suppose, au préalable, que chaque pays dispose déjà d’un système national fonctionnel — ce qui n’est pas acquis partout.
Rendez-vous en marge de la COP31
Les recommandations issues de cet atelier sont attendues pour le 13 novembre, en marge de la 31e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), prévue à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre. Cette présentation conjointe des cinq pays vise manifestement à peser dans les discussions internationales sur les mécanismes de reporting et de vérification des financements climatiques.
La démarche s’inscrit dans un contexte où la crédibilité des engagements financiers des pays développés envers les pays en développement est régulièrement contestée. Les pays africains ont un intérêt direct à disposer d’outils robustes pour mesurer ce qu’ils reçoivent réellement, distinguer les financements additionnels des flux déjà comptabilisés dans l’aide au développement, et justifier leurs propres contributions auprès des bailleurs.
Ce que l’annonce ne dit pas
Le communiqué reste muet sur plusieurs points essentiels : quels mécanismes concrets d’implication des ministères des Finances sont envisagés ? S’agit-il de co-signatures, de rapports budgétaires intégrés, ou d’unités dédiées au sein des directions du Trésor ? Par ailleurs, la sélection des cinq pays — tous francophones — soulève la question du périmètre de cette initiative : vise-t-elle à terme un cadre élargi à l’ensemble du continent, ou restera-t-elle circonscrite à un sous-groupe linguistique ?
Enfin, l’harmonisation régionale annoncée bute sur une réalité structurelle : les capacités administratives, les systèmes d’information financière et les niveaux d’exposition aux risques climatiques varient considérablement entre le Sénégal, les Comores ou le Niger. Un cadre commun, pour être opérationnel, devra composer avec ces asymétries.
Source : APS (Agence de Presse Sénégalaise), 14 octobre 2025
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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