À Bocanda, dans le centre-est de la Côte d’Ivoire, les chiffres de la maternité progressent : 866 accouchements enregistrés à l’Établissement public hospitalier départemental (EPHD) à fin septembre 2026, contre 657 à la même période en 2025, soit une hausse de plus de 30 %. Parmi eux, 110 césariennes ont été réalisées, sans aucun décès maternel enregistré. Un bilan que le directeur de l’établissement, Dr Déh Urbain, qualifie de satisfaisant — mais qui cache une réalité préoccupante : une partie des accouchements continuent de se dérouler hors des murs de l’hôpital, sous la main de matrones, avec des risques graves pour les mères et les nouveau-nés.
Des complications qui arrivent trop tard
C’est lors de la 3e session annuelle du comité départemental de lutte contre la mortalité maternelle, néonatale et infantile, tenue le 8 octobre 2026 à la préfecture de Bocanda, que Dr Déh a mis des mots précis sur un problème récurrent. Selon lui, les matrones — praticiennes traditionnelles qui accompagnent les accouchements — tendent à gérer le travail jusqu’à un stade critique avant d’orienter la parturiente vers l’hôpital. « Ces matrones pensant pouvoir faire l’accouchement poussent le travail jusqu’à son niveau extrême et quand ces dames nous arrivent à l’hôpital, très souvent, on perd le bébé, et les mamans sont en grand danger », a-t-il déclaré.

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Le tableau clinique décrit est celui de complications obstétricales sévères : hémorragies, dystocies, détresses néonatales. Autant de situations qui, prises en charge trop tardivement, peuvent être fatales. Si aucun décès maternel n’est à déplorer à ce jour dans le département selon les données de l’EPHD, le médecin-directeur souligne que cela tient davantage à la mobilisation des équipes hospitalières qu’à l’absence de situations d’urgence.
Pas d’opposition, mais une collaboration à construire
Le ton choisi par Dr Déh est celui du dialogue, non de la sanction. Plutôt que de stigmatiser les matrones ou de les écarter, il plaide pour des séances d’échange structurées, visant à leur faire identifier leurs propres limites techniques. « Il faut les amener à connaître le moment auquel elles doivent passer la main afin d’éviter les accouchements à domicile. Nous avons tous un seul objectif, c’est la vie de la mère et de l’enfant », a-t-il conclu.
Cette approche n’est pas anodine. Dans de nombreuses zones rurales d’Afrique subsaharienne, les matrones jouent un rôle de proximité que le système de santé formel ne parvient pas toujours à assurer, faute de personnel ou d’accessibilité géographique. Les exclure du dispositif sans les intégrer reviendrait à creuser un vide que d’autres pratiques, potentiellement encore moins encadrées, viendraient combler. La cohabitation encadrée entre savoirs traditionnels et médecine moderne est donc un enjeu de politique sanitaire, pas seulement une question de bonne volonté individuelle.
Une mobilisation qui dépasse le seul corps médical
La secrétaire générale de la préfecture, Zéréhoué Wincedi épouse Seri Bi, qui présidait la session, a élargi l’appel bien au-delà des professionnels de santé. Chefs coutumiers, guides religieux, élus locaux, leaders communautaires : tous sont sollicités pour relayer les messages de sensibilisation et encourager les femmes à accoucher dans les structures agréées. Cette dimension sociale est déterminante : dans certains milieux, l’accouchement à domicile reste une norme culturelle ancrée, voire une question de pudeur ou de confiance envers l’institution hospitalière.
Le communiqué ne détaille pas les ressources humaines ou matérielles de l’EPHD, ni les délais d’accès à l’hôpital depuis les villages les plus reculés du département — des facteurs pourtant décisifs pour comprendre pourquoi des femmes choisissent, ou sont contraintes de choisir, l’accouchement à domicile. La question de l’offre de soins elle-même — disponibilité des sages-femmes, horaires, coût des actes — reste en suspens dans cet appel au changement de comportement.
Ce que les chiffres de Bocanda illustrent néanmoins, c’est une dynamique réelle : la progression du nombre d’accouchements en milieu hospitalier est tangible. Il reste à voir si la concertation annoncée avec les matrones se traduira par des mécanismes formels — formation, référencement, protocoles partagés — ou si elle demeurera un vœu exprimé en session de comité.
Source : Agence Ivoirienne de Presse (AIP), 12 octobre 2026
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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