Un accident toutes les quelques heures, et un mort tous les quatre jours. Les chiffres publiés par l’Agence nationale de sécurité routière (ANASER) pour la région de Louga donnent la mesure d’un problème structurel qui dépasse largement le cadre d’une simple statistique semestrielle.
Un bilan semestriel alarmant
Entre janvier et juin 2026, la région de Louga, dans le nord du Sénégal, a enregistré 1 068 accidents de la circulation, selon Latyr Mané, directeur du développement et de la coopération à l’ANASER. Le bilan humain s’établit à 41 décès sur cette seule période de six mois. La répartition géographique des sinistres est révélatrice : 687 accidents ont été relevés dans les zones de compétence de la Gendarmerie — essentiellement les axes interurbains et ruraux — contre 381 dans les zones relevant de la Police, correspondant davantage au milieu urbain. Cette prédominance des accidents hors agglomération pointe vers les comportements à grande vitesse sur route ouverte comme facteur aggravant.
Quatre véhicules sur dix en infraction
Pour appuyer son diagnostic, l’ANASER a mené, en partenariat avec la Gendarmerie, une opération de contrôle mixte sur plusieurs axes stratégiques : Louga-Kébémer, Louga-Sakal et Louga-Dahra. Sur les 275 véhicules contrôlés, 115 infractions ont été constatées — soit un taux de non-conformité supérieur à 41 %. Les excès de vitesse et les dépassements dangereux figurent parmi les manquements les plus fréquemment relevés.
Ce taux d’infraction, relevé lors d’une opération ciblée et donc possiblement non représentatif du flux quotidien, illustre néanmoins l’ampleur du défi comportemental. L’ANASER elle-même reconnaît que « la responsabilité humaine » est l’un des principaux facteurs dans la survenue des accidents. Latyr Mané rappelle le triptyque classique : infrastructure, véhicule, comportement — tout en notant que des améliorations ont déjà été apportées sur la RN2, avec le renforcement de la signalisation verticale et horizontale.
Les « Jakarta » dans le viseur
L’opération ne s’est pas limitée aux axes routiers. L’ANASER s’est également rendue à la gare routière de Louga pour échanger avec les transporteurs et, fait notable, avec les conducteurs de motos communément appelées « Jakarta ». Ce deux-roues motorisé, omniprésent dans les villes secondaires sénégalaises, est souvent associé à une sinistralité élevée en raison du non-port du casque et d’un usage intensif en milieu urbain dense. La sensibilisation a porté sur le respect du Code de la route et sur le port des équipements obligatoires : casque, ceinture de sécurité, gilet de visibilité.
La démarche pédagogique est louable, mais plusieurs questions restent ouvertes. Le communiqué ne précise pas si des suites judiciaires ou administratives ont été données aux 115 infractions constatées, ni quel est le taux de récidive sur ces axes. La sensibilisation ponctuelle, sans contrôle régulier et sans sanction effective, peine généralement à modifier durablement les comportements — une limite bien documentée dans les politiques de sécurité routière en Afrique subsaharienne.
Ce que les chiffres ne disent pas
Au-delà du bilan brut, la répartition des victimes — blessés graves, blessés légers, catégories d’usagers impliqués — n’est pas détaillée dans les données publiées. Or cette granularité conditionne l’efficacité des mesures ciblées. De même, la comparaison avec le premier semestre des années précédentes permettrait de déterminer si la tendance est à la hausse, stable ou en recul — information absente du communiqué de l’ANASER.
L’agence annonce vouloir « faire évoluer les comportements des usagers », mais les leviers mobilisés — contrôles ponctuels, sensibilisation en gare — restent classiques. La question de l’état mécanique du parc de véhicules en circulation, second facteur du triptyque cité par l’ANASER elle-même, n’est pas abordée dans cette opération.
Source : APS (Agence de Presse Sénégalaise), 29 septembre 2026.
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