Plus de 1 300 femmes meurent chaque année du cancer du sein au Sénégal. Derrière ce chiffre, un autre : environ 2 220 nouveaux cas diagnostiqués annuellement dans le pays. Des données communiquées le 27 septembre par la présidente de la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA), Dr Fatma Guenoune, lors du lancement officiel d’Octobre Rose — le mois mondial de sensibilisation au dépistage du cancer du sein.
Un fardeau qui ne recule pas
Le cancer du sein reste, selon la LISCA, le premier cancer chez la femme sénégalaise. Cette situation contraste avec l’évolution du cancer du col de l’utérus, dont la prévalence marquerait, selon Dr Guenoune, une certaine régression. Mais cette nuance ne doit pas masquer l’ampleur du problème : un taux de mortalité élevé rapporté au nombre de cas détectés suggère que beaucoup de patientes sont prises en charge à un stade avancé, là où les options thérapeutiques sont à la fois limitées et coûteuses.
Le communiqué de l’APS ne précise pas les données de survie ni la proportion de cas détectés en phase précoce. Ce silence est en lui-même révélateur : l’accès au dépistage reste la variable clé sur laquelle les acteurs de santé tentent d’agir.
Dépistage au cœur du dispositif
Pour cette édition placée sous le thème « Agir pour la vie », la LISCA a annoncé l’ouverture de consultations de dépistage à son siège, accessibles du lundi au samedi à partir du 1er octobre. Dr Guenoune a appelé toutes les femmes à se faire examiner, en précisant que celles chez qui des anomalies seraient détectées bénéficieraient d’un accompagnement de l’organisation.
Cet accompagnement post-dépistage est un point délicat : la présidente de la LISCA a elle-même souligné le coût élevé de la prise en charge du cancer et la nécessité d’un soutien financier accru. La ligue dispose de partenaires pour cette édition — DP World, la Fondation Sénégal Solidaire et Wave Sénégal sont présentés comme les trois principaux sponsors — mais la question de la durabilité du financement et de la capacité réelle à couvrir les frais de traitement des patientes identifiées reste ouverte.
Mobilisation populaire et relais pharmaceutiques
Le lancement s’est tenu dans un contexte de forte participation citoyenne : plus de 3 400 marcheurs ont pris part à la randonnée pédestre inaugurale. Une mobilisation symbolique, mais qui traduit une sensibilisation croissante du grand public à ce sujet longtemps tabou dans de nombreuses communautés.
La LISCA a par ailleurs annoncé l’implication des pharmaciens sénégalais tout au long du mois d’octobre. Le réseau officinal, présent dans les quartiers et souvent premier point de contact pour les femmes hésitant à consulter un médecin, constitue un relais potentiellement efficace — à condition que ces professionnels soient dotés d’outils et de messages clairs pour orienter les patientes.
Ce que le communiqué ne dit pas
Les chiffres avancés — 2 220 cas, 1 300 décès — ne sont pas situés dans le temps : s’agit-il de moyennes récentes, de projections, de données enregistrées sur une année précise ? La source primaire de ces statistiques n’est pas précisée dans le communiqué de l’APS. Par ailleurs, la répartition géographique des cas (Dakar versus régions intérieures), l’âge médian au diagnostic ou encore l’accessibilité du dispositif de dépistage en dehors de la capitale ne sont pas abordés — autant de paramètres qui conditionnent pourtant l’impact réel d’une campagne nationale.
Enfin, si la LISCA invite les femmes à profiter d’Octobre Rose pour se faire dépister, la question du suivi au-delà du mois de mobilisation — structures de prise en charge disponibles, délais d’attente, coût des examens complémentaires — reste la véritable épreuve de vérité pour une politique de santé publique sur ce cancer.
Source : APS (Agence de presse sénégalaise), 27 septembre 2024.
Questions fréquentes
Où peut-on se faire dépister au Sénégal durant Octobre Rose ?
Selon la LISCA, des consultations de dépistage sont organisées à son siège du lundi au samedi à partir du 1er octobre. Les femmes présentant des anomalies seront accompagnées par l’organisation.
Qui finance les activités de la LISCA pour cette édition ?
La LISCA cite trois sponsors principaux pour cette édition d’Octobre Rose : DP World, la Fondation Sénégal Solidaire et Wave Sénégal. La ligue a néanmoins souligné le besoin d’un soutien financier plus important pour couvrir la prise en charge des patientes.
Le dépistage précoce change-t-il vraiment le pronostic ?
Médicalement, oui : un cancer du sein détecté à un stade localisé est associé à des taux de survie nettement supérieurs à ceux d’un cancer diagnostiqué à un stade métastatique. C’est précisément l’argument central des campagnes de dépistage, et la raison pour laquelle la LISCA insiste sur la consultation avant l’apparition de symptômes.
Pourquoi le taux de mortalité reste-t-il si élevé malgré la sensibilisation ?
Plusieurs facteurs sont généralement avancés dans le contexte africain : accès limité au dépistage dans les zones rurales, coût élevé des traitements (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie), recours tardif aux soins, et insuffisance des infrastructures spécialisées en oncologie. La LISCA a elle-même reconnu le coût élevé de la prise en charge comme un obstacle majeur.
Pour aller plus loin
À lire aussi
- Sénégal : les inspecteurs en langue arabe s’invitent dans le chantier de refondation éducative
- Naufrage du Joola : vingt-quatre ans après, le Sénégal entre mémoire et questions sans réponses
- Sénégal : le FDCUIC finance 20 projets culturels dans le Sud pour 40,5 millions FCFA
La newsletter des Afriques
L’essentiel de l’économie africaine — guides, comparatifs et analyses — dans votre boîte mail chaque semaine.













