L’enseignement arabe et religieux entend ne pas rester en marge du grand chantier éducatif que le Sénégal dit vouloir mener. Le 27 septembre, à l’université Cheikhoul Khadim de Touba, l’amicale des inspecteurs en langue arabe a organisé un atelier destiné à formaliser leur contribution au processus de refondation du système éducatif national.
Un atelier pour clarifier les termes du débat
Avant de contribuer, encore faut-il s’accorder sur ce que l’on entend par « refondation ». Les travaux ont précisément porté sur la distinction entre les notions de refondation, d’innovation, de révision et de réforme — des termes souvent employés de manière interchangeable dans les discours officiels, mais dont le contenu conditionne la portée des changements attendus. Un questionnaire élaboré par le comité scientifique de l’atelier a été soumis aux inspecteurs participants afin de recueillir et de synthétiser leurs propositions. Les conclusions de cette journée sont destinées à documenter formellement la participation de ce corps à la réflexion en cours.
Cheikh Mokhtar Lo, inspecteur en langue arabe à l’inspection d’académie de Diourbel, a rappelé les activités déjà menées aux niveaux national et régional par ce corps, soulignant l’importance de leur implication dans cette dynamique.
Un plaidoyer pour un développement « endogène »
Le Professeur Seydou Khouma, enseignant-chercheur à la faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation de l’université Cheikhoul Khadim et inspecteur général chargé de la formation en arabe et de l’éducation religieuse, a donné le ton. Jugeant la rencontre « vraiment opportune », il a appelé à « repenser le système éducatif afin d’atteindre des finalités qui permettent un développement endogène, en se fondant sur les valeurs spirituelles et religieuses locales ». Une formulation qui reflète une tension récurrente dans les débats éducatifs sénégalais : celle entre un héritage curriculaire largement hérité de la période coloniale et une demande de reconnaissance plus large des savoirs issus des traditions locales et islamiques.
Ce que cet atelier dit — et ne dit pas
L’initiative est politiquement significative. Elle intervient dans un contexte où les nouvelles autorités sénégaliennes ont placé la transformation du système éducatif parmi leurs priorités affichées. En se positionnant comme acteurs de cette refondation, les inspecteurs en langue arabe signalent leur volonté de peser sur l’orientation des réformes, notamment sur la place que le futur curriculum accordera à l’enseignement arabe et à l’éducation religieuse.
Mais plusieurs questions restent en suspens. Le communiqué ne précise ni le calendrier du processus de refondation, ni les instances décisionnelles auxquelles les conclusions de l’atelier seront transmises. On ignore également dans quelle mesure les contributions de ce corps seront intégrées au-delà de la consultation formelle. La notion de « valeurs spirituelles et religieuses locales » comme socle d’un développement endogène mérite par ailleurs d’être questionnée : quels arbitrages cela suppose-t-il avec les exigences d’un curriculum ouvert sur les sciences, les technologies et une économie mondialisée ? Ces tensions ne sont pas abordées dans les échanges rapportés.
Enfin, l’atelier se tient à Touba, capitale du mouridisme — un choix de lieu qui n’est pas anodin et qui situe d’emblée la démarche dans un espace symbolique fort, au croisement du religieux et du politique.
Source : APS (Agence de Presse Sénégalaise), 27 septembre 2024.
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