À Abidjan, les klaxons bourdonnent sous un soleil de plomb. Dans un petit espace partagé du quartier de Cocody, une jeune femme ajuste son micro-casque, les yeux rivés sur son écran. Elle s’appelle Aïssata, elle a 26 ans, et elle dirige une start-up de livraison express. Comme elle, des milliers de jeunes Ivoiriens font aujourd’hui bouger les lignes de l’économie africaine. La Côte d’Ivoire, longtemps associée à son cacao et à ses crises politiques, est en train de se forger une autre réputation : celle de moteur de l’entrepreneuriat sur le continent.
Un terreau fertile pour les idées nouvelles
La Côte d’Ivoire affiche l’un des taux de croissance les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne, avec une moyenne de 6 % par an depuis 2012. Cette vitalité économique crée un environnement propice à l’innovation et à la prise d’initiatives.
« Ici, on sent que tout est encore possible », confie Jean-Marc Kouadio, fondateur de la plateforme de e-commerce IvoireMarket. « Il y a des besoins partout, et donc des opportunités à chaque coin de rue. »
Avec une population jeune – plus de 60 % des Ivoiriens ont moins de 25 ans – et une urbanisation rapide, la demande pour des services modernes explose. Transport, santé, éducation, finance : tout est à réinventer, et les entrepreneurs locaux s’en emparent.
Des incubateurs en pleine effervescence
Abidjan est désormais parsemée d’espaces de coworking, d’incubateurs et de hubs technologiques. Des lieux comme Seedspace, DoniLab ou encore Incub’Ivoire accompagnent les porteurs de projets à chaque étape de leur développement.
« Il y a cinq ans, je ne savais même pas ce qu’était un incubateur », raconte Mariam Diabaté, créatrice d’une application de gestion agricole. « Aujourd’hui, j’ai levé 150 000 euros grâce à l’accompagnement que j’ai reçu. »
Ces structures offrent des formations, du mentorat, un accès au financement et parfois même des locaux. Elles sont soutenues par des partenariats publics-privés, des ONG, ou des institutions internationales comme la Banque mondiale ou l’Union européenne.
Un gouvernement qui mise sur l’innovation
Contrairement à d’autres pays africains, la Côte d’Ivoire a fait du soutien à l’entrepreneuriat une priorité stratégique. Le Plan National de Développement 2021-2025 consacre plusieurs milliards de francs CFA à l’économie numérique, aux PME et à la formation professionnelle.
« L’État ne peut pas tout faire, mais il peut créer un cadre favorable », explique Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la jeunesse et de l’emploi. « Notre objectif est de transformer les jeunes en créateurs de richesse, pas en demandeurs d’emploi. »
Des dispositifs comme le Fonds d’appui aux jeunes entrepreneurs ou le programme Agir pour les jeunes ont déjà permis à des milliers de projets de voir le jour. En 2023, plus de 18 000 jeunes ont bénéficié d’un accompagnement direct de l’État.
Une diaspora qui revient et investit
Autre facteur clé : le retour progressif de la diaspora ivoirienne. Formés à l’étranger, souvent expérimentés, ces profils injectent des compétences et des capitaux dans l’économie locale.
« Après dix ans à Paris, j’ai décidé de rentrer », témoigne Stéphane Gnahoré, ingénieur devenu entrepreneur dans les énergies renouvelables. « J’ai senti que c’était le moment. Ici, on peut avoir un vrai impact. »
Le gouvernement encourage ce mouvement avec des incitations fiscales et des programmes de réintégration. Résultat : de plus en plus d’Ivoiriens de l’extérieur créent des entreprises ou investissent dans des start-up locales, notamment dans la tech, l’agro-industrie ou la logistique.
Des femmes en première ligne
L’entrepreneuriat féminin connaît une dynamique spectaculaire en Côte d’Ivoire. Selon une étude de la Banque africaine de développement, 30 % des entreprises ivoiriennes sont dirigées par des femmes, un chiffre bien supérieur à la moyenne continentale.
« Les femmes ne veulent plus attendre », affirme Fatou Koné, fondatrice de la marque de cosmétiques naturels Naya. « On crée nos propres chemins, avec ou sans autorisation. »
Des initiatives comme le programme Women Entrepreneurship and Leadership for Africa (WELA) ou le fonds Invest for Women soutiennent spécifiquement les entrepreneures. La microfinance, en plein essor, joue aussi un rôle crucial dans leur autonomisation.
Vers un écosystème panafricain ?
La Côte d’Ivoire ne se contente plus de rayonner localement. Elle attire désormais des start-up d’Afrique de l’Ouest, des investisseurs internationaux et des événements d’envergure comme le Africa CEO Forum ou le Salon des Inventions d’Abidjan.
« Abidjan devient un hub régional, à l’image de Nairobi ou Lagos », analyse Awa Ndiaye, consultante sénégalaise en innovation. « C’est une ville connectée, ambitieuse, et qui inspire confiance. »
Les levées de fonds se multiplient : en 2022, les start-up ivoiriennes ont attiré plus de 50 millions de dollars, un record. Des acteurs comme Orange Digital Ventures, Partech Africa ou Launch Africa y investissent désormais régulièrement.
Mais au-delà des chiffres, c’est une énergie nouvelle qui traverse le pays. Une énergie faite de rêves, de risques et de résilience. Une énergie qui pourrait bien redessiner la carte économique de l’Afrique dans les années à venir.
La Côte d’Ivoire deviendra-t-elle le cœur battant de l’entrepreneuriat africain ? Ou n’est-elle encore qu’au début d’un long voyage ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.

















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