La diplomatie onusienne sur le Sahara occidental suit un rituel bien rodé. Chaque session de la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies offre aux protagonistes l’occasion de réaffirmer des positions connues. Cette année, le représentant algérien Amar Bendjama a de nouveau défendu le principe d’autodétermination, présentant le dossier sous l’angle de la décolonisation. Mais la lecture du communiqué de Hespress FR invite à mesurer ce discours à l’aune d’un cadre onusien qui a évolué — et qui ne lui est pas entièrement favorable.
Ce que dit réellement la résolution 2797
L’élément central du dossier reste la résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025. Ce texte soutient les efforts du Secrétaire général et de son envoyé personnel pour faciliter les consultations entre le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Il appelle explicitement les parties à participer aux négociations sans conditions préalables, en prenant la proposition marocaine d’autonomie comme base de discussion, et considère qu’une autonomie élargie pourrait représenter « l’issue la plus réalisable ».

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La résolution ne proclame pas un résultat final ni n’efface la référence à l’autodétermination. Mais elle écarte de fait une lecture strictement bipolaire du dossier — indépendance contre intégration — en conférant à l’initiative marocaine un statut de point de départ reconnu par le Conseil de sécurité. Dès lors, présenter le différend uniquement sous l’angle d’une décolonisation à issue prédéterminée revient à occulter une partie du cadre politique multilatéral en vigueur.
L’Algérie, partie au différend qu’elle dit ne pas avoir
Alger soutient depuis des décennies que le conflit du Sahara ne la concerne qu’en qualité d’observateur soucieux du droit international. Pourtant, la résolution 2797 l’inclut nommément, aux côtés du Maroc, du Polisario et de la Mauritanie, dans les consultations politiques destinées à faire avancer le processus de règlement. Cette inclusion ne revient pas à lui attribuer les mêmes responsabilités juridiques qu’au Maroc, mais elle rend difficile la position d’un tiers neutral que le discours d’Alger tend à revendiquer.
La cohérence entre la posture diplomatique algérienne — défenseur du droit international — et sa participation effective aux négociations de bonne foi qu’appelle le Conseil de sécurité est une question que le communiqué soulève sans qu’Alger y réponde publiquement. La résolution 2797 invite l’ensemble des acteurs à s’engager dans un processus ; s’y soustraire tout en invoquant le droit international constitue une tension que les observateurs du dossier notent depuis plusieurs sessions.
Tindouf : obligations de l’État hôte et limites de la documentation
La situation dans les camps de Tindouf, en territoire algérien, ajoute une dimension que le discours onusien d’Alger tend à laisser dans l’ombre. Dans un rapport publié en octobre 2014, Human Rights Watch relevait que le Polisario administrait de facto les camps avec l’assentiment des autorités algériennes, et rappelait qu’Alger conservait ses obligations internationales en matière de droits humains à l’égard des personnes présentes sur son sol, y compris lorsque des fonctions administratives sont déléguées à d’autres acteurs.
Ce même rapport apporte cependant une nuance essentielle : Human Rights Watch ne concluait pas, au moment de son enquête, à l’existence d’un schéma généralisé de violations politiques graves dans les camps. Il signalait des préoccupations relatives à certaines restrictions et des témoignages sur des abus, dont une partie renvoyait à des faits anciens. L’honnêteté journalistique impose de ne pas extrapoler ces constats de 2014 à la situation actuelle, ni de les présenter comme des vérités judiciaires établies.
La question des droits fondamentaux dans les camps ne peut pourtant être congédiée d’un revers de main. Le principe selon lequel l’État hôte demeure responsable des obligations internationales sur son territoire — indépendamment des arrangements administratifs de fait — continue de s’appliquer. C’est sur ce point que le discours algérien, centré sur la situation au Sahara marocain, reste lacunaire.
L’aide humanitaire et le problème de la transparence
Human Rights Watch relevait dès 2014 que le HCR n’avait pas procédé à un enregistrement individuel de l’ensemble des Sahraouis vivant dans les camps, ceux-ci étant reconnus collectivement selon le principe prima facie. Cette donnée historique ne permet pas de conclure que la situation est identique aujourd’hui, mais elle illustre la difficulté persistante à disposer de données fiables sur les populations et leurs besoins réels.
Des accusations de détournement de l’aide humanitaire ont circulé au fil des années. Elles exigent, pour être prises en compte, des références documentaires précises, datées et attribuées. En l’absence de telles preuves établies, les affirmer comme des faits serait inexact. L’enjeu demeure néanmoins réel : garantir que l’assistance internationale atteint ses bénéficiaires suppose des mécanismes de suivi et de vérification que ni le Polisario ni l’Algérie n’ont intérêt à remettre en question s’ils entendent démontrer leur attachement au droit international.
Ce que le débat onusien ne dit pas
Le face-à-face diplomatique devant la Quatrième Commission reproduit chaque année les mêmes lignes de fracture, sans que les populations directement concernées — qu’elles vivent au Sahara sous administration marocaine ou dans les camps de Tindouf — aient voix au chapitre de façon vérifiable. La résolution 2797 ouvre un cadre de négociation ; elle ne résout pas la question des garanties concrètes offertes à ces populations dans l’intervalle.
Plusieurs points restent sans réponse dans le discours d’Amar Bendjama tel que rapporté : comment l’Algérie entend-elle concilier son soutien au Polisario avec sa participation aux négociations onusiennes « sans conditions préalables » ? Quelles garanties de transparence propose-t-elle pour l’aide humanitaire distribuée sur son territoire ? Et dans quelle mesure est-elle prête à laisser des observateurs indépendants évaluer la situation à Tindouf ?
Ces questions ne disqualifient pas le principe d’autodétermination que défend Alger. Elles signalent simplement que l’invocation du droit international, pour être crédible, doit s’appliquer à l’ensemble des volets du dossier — y compris ceux qui concernent directement le territoire et les obligations de l’Algérie.
Source : Hespress FR, 2025.
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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