Entre le 23 avril et le 30 septembre 2026, 33 sociétés cotées à la BRVM ont versé leur dividende au titre de l’exercice 2025. Le calendrier est public, les taux d’impôt aussi. Mais entre le coupon affiché et ce qui reste dans la poche de l’épargnant, puis dans la zone, quatre chiffres manquent. Les voici.
Une saison de cinq mois, bien documentée
Sur la page officielle « Paiement de dividendes » de la BRVM, j’ai relevé les avis de l’exercice 2025 : 33 sociétés, un premier paiement le 23 avril, un dernier le 30 septembre. Le rythme est celui des assemblées générales : une société en avril, quatre en mai, huit en juin, six en juillet, huit en août, six en septembre.

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Les banques et les télécoms pèsent lourd : treize banques et trois opérateurs de télécommunications, soit près d’une société sur deux. Les dix-sept autres relèvent de l’agro-industrie, de l’industrie, de la distribution et des services.

Le calendrier officiel du 10 juin 2026 fixe la règle du jeu : la date ex-dividende tombe le jour de bourse qui précède le paiement (« T-1 »). Pour toucher le coupon, il faut détenir l’action avant cette date. Les avis sont publiés un par un ; la page n’affiche pas de total pour la saison. C’est le premier des quatre manques que je reprends en conclusion.
Un rendement moyen de 7,57 %, calculé avant la hausse de 2026
Au 31 décembre 2025, les indicateurs publiés par la BRVM donnaient un rendement moyen du dividende de 7,57 %, un PER moyen de 11,90 et une rentabilité moyenne de 9,64 %. Le marché comptait 47 sociétés, pour 13 330,7 milliards de FCFA de capitalisation (+32,27 % sur l’année 2025 ; l’indice BRVM Composite, lui, a progressé de 25,26 %).
Depuis, le marché a continué de monter. Au 5 octobre 2026, la capitalisation des actions atteint 21 143,4 milliards de FCFA et le BRVM Composite 539,17 points, contre 13 330,7 milliards et 345,75 points au 31 décembre 2025 : +58,6 % et +55,9 %. La conséquence est arithmétique : un dividende de l’exercice 2025, rapporté au cours d’aujourd’hui, rapporte moins que les 7,57 % calculés fin 2025. Ce chiffre est un point de départ, pas un taux d’achat.

Face à lui, les titres publics. Aux adjudications d’août 2026 publiées par UMOA-Titres, les bons du Trésor à 12 mois ont été adjugés de 3,75 % (Côte d’Ivoire, 4 août) à 7,57 % (Sénégal, 6 août), et les obligations de 3, 5 et 7 ans de 6,09 % (Burkina Faso, 26 août) à 8,24 % (Sénégal, 28 août). Le taux directeur de la BCEAO est à 3,00 % depuis le 16 mars 2026 et l’inflation du deuxième trimestre s’établit à 0,4 %. Les deux types de rendement ne se comparent pas à l’identique : celui d’une obligation est fixé à l’émission, celui d’une action se calcule sur un dividende passé et un cours qui bouge.

Deuxième manque : le net après impôt
Le dividende supporte l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières (IRVM), retenu à la source par la société qui paie, au taux de son pays. J’ai relu les textes de cinq États. En Côte d’Ivoire, le taux est de 10 % sur les dividendes des sociétés cotées à la BRVM, porté à 12 % pour les personnes physiques (tableau synoptique 2025 de la direction générale des impôts). Au Togo, 7 % pour les personnes morales et 3 % pour les personnes physiques (code général des impôts, version 2025, article 79). Au Mali, 7 % (article 42). Au Niger, 7 % (article 74). Au Sénégal, 10 % sur les produits des actions (code annoté d’octobre 2025, article 173).

Sur 100 000 FCFA de dividende brut, un particulier encaisse 88 000 FCFA après retenue pour une société ivoirienne et 97 000 FCFA pour une société togolaise : 9 000 FCFA d’écart, à coupon égal. La directive n°02/2010/CM/UEMOA avait pour objet d’harmoniser le régime fiscal des valeurs mobilières dans l’Union. Seize ans plus tard, l’épargnant compare encore des taux nets différents.

Troisième manque : qui encaisse
Pour être admise au premier compartiment, une société doit diffuser au moins 20 % de son capital dans le public (Droit Médias Finance). C’est un plancher : le reste peut demeurer dans un bloc stable, et le dividende suit alors le propriétaire du bloc. La BCEAO donne la mesure à l’échelle de l’Union. Dans sa balance des paiements régionale 2024, publiée le 11 septembre 2026, elle relève que le déficit du compte de revenu primaire s’est creusé de 40,0 %, du fait des paiements d’intérêts sur la dette publique (+22,7 %) et des versements de dividendes (+21,8 %).

Le solde global est pourtant redevenu excédentaire (3 012,7 milliards de FCFA, après un déficit de 3 530,4 milliards en 2023) et le déficit courant est tombé de 9,4 % à 5,7 % du PIB. Précision utile : ces dividendes couvrent l’ensemble des investissements, cotés ou non. Ils donnent l’ordre de grandeur ; ils ne mesurent pas la part de la BRVM.

Quatre chiffres à publier chaque saison
Le dividende est public ; sa destination ne l’est pas. Quatre indicateurs, publiés chaque année dans un tableau unique par la BRVM, le DC/BR ou les émetteurs, changeraient la lecture. Ils se calculent à partir des avis, des comptes des sociétés et des registres des teneurs de compte :
- le total des dividendes de la saison, consolidé, avec sa répartition par pays et par secteur ;
- le rendement net d’impôt par pays, pour un particulier et pour une personne morale ;
- la part du dividende versée à des actionnaires résidents de l’Union et à des non-résidents, société par société ;
- le taux de distribution (dividende rapporté au résultat net) de chaque émetteur sur cinq ans.
Ma lecture
Un rendement affiché n’est qu’un bout de l’histoire d’un dividende. Ce que ces dividendes représentent dans l’équilibre monétaire de l’Union se lit dans la balance des paiements. Depuis la réforme annoncée le 21 décembre 2019, les réserves de change de l’Union ne sont plus centralisées au Trésor français, le compte d’opérations a été fermé et les représentants français ont quitté les instances de la BCEAO ; la parité fixe avec l’euro et sa garantie ont été maintenues, sous réserve de constat réel sur le terrain politique et géopolitique. C’est pourquoi ces chiffres méritent un débat public documenté, et pas des slogans.
Cette tribune reprend, en version courte, une analyse plus détaillée avec les sources par pays : sankofafinance.com

Omolola Yakubu
Fondateur de Sankofa Finance, média panafricain d’analyse économique et financière. Analyste financier diplômé et certifié, ancien comptable puis contrôleur de gestion, il décrypte pour Les Afriques les marchés de capitaux, la dette publique et la politique monétaire du continent, avec une exigence constante de rigueur et de transparence des sources.
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