À l’horizon 2035, le Sénégal devra avoir profondément transformé sa manière de penser ses relations économiques avec le Maghreb. L’enjeu ne sera plus seulement de développer les échanges commerciaux avec le Maroc, l’Algérie, la Tunisie ou la Libye, mais de construire des partenariats capables de renforcer l’industrialisation, la transformation locale, les exportations et l’intégration du Sénégal dans les chaînes de valeur africaines et euro-méditerranéennes.
Cette ambition s’inscrit désormais dans l’orientation officielle de la diplomatie sénégalaise. En avril 2026, le Président de la République a demandé au Gouvernement d’ancrer systématiquement une véritable diplomatie économique dans la mise en œuvre de Sénégal 2050, autour de trois axes : renforcer l’attractivité du Sénégal, mobiliser des financements bilatéraux et multilatéraux et développer des partenariats stratégiques.
Le Maroc constitue naturellement le principal point d’appui de cette réflexion. En 2025, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 307 millions de dollars, tandis que les investissements marocains agréés au Sénégal entre 2010 et 2025 représentent 36 projets, pour 180,4 milliards de FCFA et 1 856 emplois. Le Premier ministre Ousmane Sonko a lui-même estimé que ces flux restaient en dessous du potentiel des deux économies et appelé à passer du commerce à la coproduction, à la transformation locale et à l’intégration des chaînes de valeur.

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La question pour 2035 est donc moins celle du volume des échanges que celle de leur qualité économique.
Le Sénégal peut-il utiliser son accès au marché ouest-africain, ses ressources agricoles, halieutiques, minières et énergétiques et sa position géographique pour attirer davantage d’investissements industriels maghrébins ? Peut-il, en retour, accompagner ses entreprises vers les marchés marocain, algérien, tunisien et libyen ?
De la relation bilatérale à une stratégie Maghreb–Afrique de l’Ouest
Le partenariat avec le Maroc offre déjà un modèle possible. Dix-sept accords et mémorandums ont été signés lors de la mission sénégalaise de janvier 2026 dans des domaines aussi variés que l’industrie, les mines, l’agriculture, le numérique, la logistique et la formation. Le Gouvernement sénégalais a ensuite demandé aux ministères concernés de présenter un plan d’action détaillé pour leur mise en œuvre.
L’étape suivante devrait être de mesurer les résultats : investissements effectivement réalisés, emplois créés, contenu local, transferts de compétences, volumes exportés et nombre de joint-ventures.
Cette logique pourrait ensuite être élargie aux autres économies du Maghreb.
Le véritable enjeu de 2035 serait ainsi de construire un espace de complémentarités économiques entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.
Le Sénégal pourrait y jouer un rôle de plateforme. Le Maghreb apporterait notamment des capacités industrielles, financières, technologiques et logistiques ; le Sénégal offrirait un accès aux marchés ouest-africains, des ressources et un positionnement atlantique.
Cinq secteurs pourraient structurer cette stratégie
- L’agro-industrie, d’abord, avec l’objectif de transformer davantage les productions agricoles et halieutiques sénégalaises.
- Les engrais et la chimie, ensuite, en articulant les ressources phosphatées et agricoles du Sénégal avec les compétences industrielles développées au Maroc.
- L’industrie pharmaceutique et la santé, où les compétences maghrébines peuvent rencontrer l’objectif sénégalais de renforcer la production locale.
- L’énergie et les infrastructures, notamment autour du gaz, de l’électricité, de la logistique et des services industriels.
- Le numérique et les services à forte valeur ajoutée, enfin, avec la possibilité de construire des partenariats entre écosystèmes technologiques sénégalais et maghrébins.
2035 : faire du Sénégal un trait d’union économique
L’ambition pourrait être de faire évoluer progressivement Dakar d’un rôle de marché et de destination d’investissements vers celui de plateforme de production, de services et d’exportation vers l’Afrique de l’Ouest.
Le corridor Dakhla-Dakar évoqué lors de la visite de janvier 2026 illustre cette nouvelle géographie économique. Le gouvernement marocain a également associé cette perspective à des infrastructures régionales structurantes.
Cette évolution pose cependant une condition : le Sénégal devra développer ses propres champions industriels et renforcer son secteur privé national. Le Gouvernement reconnaît lui-même la nécessité de disposer d’entreprises capables de s’associer avec l’investissement étranger dans des conditions équilibrées.
L’objectif ne doit donc pas être seulement d’attirer
À l’horizon 2035, la diplomatie économique sénégalaise pourrait être évaluée sur des indicateurs beaucoup plus précis :
- combien d’investissements productifs ?
- combien de joint-ventures ?
- combien d’emplois ?
- quelle part de contenu local ?
- combien d’entreprises sénégalaises exportent vers le Maghreb ?
- combien d’entreprises maghrébines produisent au Sénégal ?
- quelle valeur ajoutée reste dans le pays ?
- quels volumes sont réexportés vers l’Afrique de l’Ouest ?
C’est à partir de ces indicateurs que la relation économique pourra être appréciée.
Le Sénégal n’a donc pas nécessairement à choisir entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Il peut chercher à construire une passerelle économique entre les deux espaces.
À l’horizon 2035, la question centrale pourrait ainsi être formulée autrement :
Comment transformer la position géographique du Sénégal en avantage économique, en faisant de Dakar un point d’articulation entre les capitaux, les technologies et les capacités industrielles du Maghreb et les marchés, ressources et chaînes de valeur de l’Afrique de l’Ouest ?
C’est probablement à ce niveau que se situe la véritable réflexion sur une diplomatie économique sénégalaise tournée vers 2035.











