Dimanche 27 septembre 2026, une cérémonie d’intronisation a eu lieu à Djorogobité 2, village situé en Côte d’Ivoire. En apparence, un acte de transmission du pouvoir coutumier. Dans les faits, un événement vivement contesté qui expose, une fois de plus, les fragilités du cadre institutionnel entourant la chefferie traditionnelle ivoirienne lorsque les intérêts familiaux et politiques locaux entrent en collision.
Un chef en exercice, une intronisation jugée illégale
Le cœur du litige est simple : la communauté villageoise soutient que Nanan Minkan Assi Joseph est toujours en fonction, investi conformément aux usages et disposant d’un arrêté préfectoral en cours de validité. Selon la déclaration formulée le 1er octobre 2026 par le Doyen d’âge Mambo Yapo, porte-parole de la communauté, le mandat de Nanan Minkan Assi Joseph court du 11 juillet 2024 au 11 juillet 2032, sur la base d’un règlement intérieur adopté à l’unanimité par les six grandes familles du village, prévoyant un mandat de huit ans.

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Dans ce contexte, l’intronisation d’Ally Atsè Achi Fabrice est présentée par la communauté comme juridiquement et coutumièrement nulle. Elle invoque à cet effet plusieurs textes : la loi n°2014-428 du 14 juillet 2014 portant statut des Rois et Chefs traditionnels, le décret n°2015-358 du 20 mai 2015 portant organisation de la chefferie traditionnelle, et la circulaire n°20/INT/DGAT du 3 juin 1976 relative aux conditions de désignation et de reconnaissance des chefs de village. Cette dernière pose trois conditions cumulatives : appartenir à la famille régnante dont c’est le tour selon la rotation coutumière, être désigné conformément aux us et coutumes avec l’aval du Doyen d’âge et des six grandes familles, et que la vacance du poste soit régulièrement constatée. La communauté affirme qu’aucune de ces trois conditions n’est remplie.
La rotation coutumière au cœur du différend
L’argument coutumier est peut-être le plus structurant. Djorogobité 2 fonctionnerait selon un système de rotation entre ses six grandes familles pour la désignation du chef. Or, selon la déclaration, la prochaine famille appelée à exercer la chefferie serait la famille N’Cho. Ally Atsè Achi Fabrice, dont l’intronisation est contestée, est issu de la famille Yapi Kindia — ce qui, selon la communauté, le disqualifie d’emblée dans le cadre de cette rotation.
Ce type de litige successoral, loin d’être rare en Côte d’Ivoire, touche à une tension structurelle : la coexistence de règles coutumières orales et évolutives avec un cadre législatif et réglementaire national qui tente de les formaliser sans toujours parvenir à les unifier. La chefferie traditionnelle reste un enjeu de pouvoir local fort, notamment lorsque des questions foncières sont en jeu.
Un gendarme au cœur de la querelle
La déclaration de la communauté souligne un détail qui ne passe pas inaperçu : Ally Atsè Achi Fabrice est décrit comme un collaborateur direct du chef en exercice et comme gendarme en fonction. La communauté exprime ouvertement son regret que cet agent de l’État — censé incarner le respect de l’ordre public et des textes — soit au centre d’une initiative qu’elle juge contraire aux lois de la République. Ce positionnement soulève des questions que la déclaration n’aborde qu’en filigrane : qui a organisé la cérémonie du 27 septembre, quels acteurs locaux l’ont soutenue, et quels enjeux — fonciers notamment — pourraient expliquer cette initiative avant l’échéance naturelle de 2032 ?
Des propositions concrètes pour désamorcer la crise
Face à la situation, la communauté ne se contente pas de dénoncer. Elle formule trois propositions : la mise en place immédiate d’un comité de gestion représentatif des six grandes familles, la réalisation d’un audit indépendant de la gestion foncière, et la poursuite des démarches judiciaires et administratives pour préserver les intérêts collectifs. Ces propositions, si elles traduisent une volonté d’apaisement, révèlent également que des questions de gestion du patrimoine villageois — foncier en tête — sont probablement sous-jacentes au conflit, même si le communiqué ne les détaille pas.
L’appel au calme et au dialogue lancé par Mambo Yapo reste, pour l’heure, une déclaration d’intention. Son effectivité dépendra de la réponse des autorités administratives locales — notamment de la préfecture compétente pour reconnaître ou invalider toute désignation — et de la volonté des parties à s’inscrire dans le cadre légal existant plutôt que de chercher à l’outrepasser.
Source : AIP (Agence Ivoirienne de Presse), 2 octobre 2026
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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