À l’aube, une brume légère flotte encore sur les collines verdoyantes de Lusaka. Dans le calme du matin, des silhouettes s’activent déjà dans les rues de la capitale zambienne. Des jeunes en uniforme se pressent vers les écoles, des vendeuses installent leurs étals de légumes, et dans les cafés, on parle bas… de politique, d’électricité, de dettes, et d’avenir. Car ici, en Zambie, quelque chose est en train de changer. Et certains affirment que ce pays discret d’Afrique australe pourrait bien devenir le laboratoire d’un nouveau modèle de société.
Un pays jeune, au cœur d’un tournant
Avec une population dont plus de 60 % a moins de 25 ans, la Zambie est l’un des pays les plus jeunes du continent. Cette jeunesse, longtemps tenue à l’écart des décisions, commence à faire entendre sa voix. Les élections de 2021 en ont été le révélateur : Hakainde Hichilema, un homme d’affaires devenu figure de l’opposition, a été élu président avec une participation record des jeunes électeurs.
« C’était la première fois que je me sentais écoutée », confie Mwansa, 22 ans, étudiante en sciences politiques. « On ne veut plus seulement survivre. On veut construire quelque chose de différent. »
Ce désir de renouveau ne se limite pas à la politique. Il imprègne les sphères de l’éducation, de l’économie et des relations sociales. Dans les universités, les débats sur le rôle des femmes, le climat ou le numérique se multiplient. Dans les quartiers, des collectifs citoyens s’organisent pour améliorer l’accès à l’eau, à l’électricité ou à Internet.
L’économie verte comme moteur d’espoir
La Zambie est riche en cuivre. Elle en est même le huitième producteur mondial. Mais cette dépendance aux matières premières a longtemps freiné la diversification de son économie. Aujourd’hui, le pays tente un virage audacieux : devenir un leader africain de l’économie verte.
Des projets pilotes de fermes solaires ont vu le jour dans les provinces rurales. À Kitwe, un ancien bassin minier, une start-up transforme les déchets plastiques en briques de construction. Et dans le parc national de Kafue, des initiatives de tourisme durable génèrent des revenus tout en préservant la biodiversité.
« La transition écologique est une chance pour nous », estime Chisala Mumba, économiste au Centre de recherche pour le développement inclusif. « Nous pouvons créer des emplois, réduire notre dépendance aux importations, et surtout, construire une économie plus résiliente. »
Le gouvernement affirme vouloir atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030. Un objectif ambitieux, mais qui séduit les investisseurs. En 2023, la Zambie a attiré plus de 1,2 milliard de dollars d’investissements dans les énergies propres, un record national.
Une société civile en pleine ébullition
Longtemps étouffée sous des régimes autoritaires, la société civile zambienne connaît un regain d’énergie. Des ONG locales, des artistes, des journalistes indépendants et des militants écologistes s’unissent pour faire pression sur les autorités et proposer des solutions.
À Lusaka, le collectif « Voices of the Ground » organise des forums publics dans les quartiers populaires. À Livingstone, des jeunes femmes animent des ateliers sur les droits reproductifs. Et sur les réseaux sociaux, des campagnes virales dénoncent la corruption ou les violences policières.
« Ce n’est pas une révolution violente », explique Thabo Zulu, sociologue. « C’est une mutation lente, mais profonde. Les citoyens prennent conscience de leur pouvoir. Ils veulent participer, pas seulement subir. »
La liberté d’expression, bien que toujours fragile, progresse. En 2022, la Zambie a gagné 24 places dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Un signe que les lignes bougent.
Un système éducatif en quête de transformation
Mais pour que cette dynamique s’ancre durablement, l’éducation reste la clé. Or, le système éducatif zambien est à bout de souffle. Classes surchargées, manque de manuels, enseignants mal formés : les défis sont énormes.
Le gouvernement a lancé un vaste plan de réforme en 2021, avec pour objectif de numériser l’enseignement et de mettre l’accent sur les compétences pratiques. Des tablettes ont été distribuées dans certaines écoles rurales, et des modules sur l’entrepreneuriat, l’environnement ou la citoyenneté ont été introduits dans les programmes.
« On veut préparer les jeunes à penser, pas seulement à réciter », affirme Grace Banda, directrice d’une école pilote à Ndola. « Ils doivent être capables d’innover, de débattre, de s’adapter. »
Les résultats sont encore inégaux, mais certains signaux sont encourageants : le taux d’alphabétisation chez les jeunes atteint désormais 91 %, et le nombre de filles scolarisées au secondaire a doublé en dix ans.
Des tensions sociales sous-jacentes
Malgré cet élan, la Zambie reste traversée par des tensions profondes. Les inégalités entre villes et campagnes, riches et pauvres, hommes et femmes, restent marquées. Le taux de pauvreté dépasse encore 54 %, et l’accès aux soins de santé demeure inégal.
La dette extérieure pèse lourd : 14 milliards de dollars, dont une partie due à des prêts chinois. En 2020, le pays a été le premier en Afrique à faire défaut sur sa dette depuis la pandémie de COVID-19. Depuis, les négociations avec le FMI et les créanciers sont tendues.
« Il y a un risque de désillusion si les promesses ne se concrétisent pas rapidement », prévient Joseph Mwila, analyste politique. « Les attentes sont immenses, et la patience des citoyens a des limites. »
Des manifestations sporadiques ont eu lieu ces derniers mois, notamment contre la hausse des prix de l’électricité et des carburants. Le gouvernement appelle au dialogue, mais la rue reste vigilante.
Un miroir pour l’Afrique ?
Ce qui se joue en Zambie dépasse ses frontières. Car les questions qui agitent ce pays – jeunesse en quête de sens, transition écologique, démocratie participative – résonnent dans de nombreuses capitales africaines.
« La Zambie n’est pas un modèle, mais un laboratoire », résume la politologue kenyane Amina Oloo. « Elle teste des idées, prend des risques, explore des chemins encore peu empruntés. »
Dans un continent souvent tiraillé entre traditions et modernité, entre croissance et durabilité, la trajectoire zambienne intrigue. Peut-elle réussir là où d’autres ont échoué ? Peut-elle inspirer une nouvelle manière de penser la société ?
À Lusaka, Ndola ou Chipata, l’avenir ne se murmure plus : il se débat, s’écrit, se construit. Et si, dans le tumulte de ses contradictions, la Zambie esquissait les contours d’un futur africain plus audacieux ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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