Le vent souffle fort sur les plaines arides de la Namibie. Entre dunes rouges et savanes dorées, une nouvelle génération se lève, portée non pas par la force des armes ou des slogans, mais par la conviction que la nature est un héritage à défendre. Ils n’ont pas trente ans, mais déjà, ils changent le visage de la lutte environnementale dans leur pays.
Une jeunesse éveillée face à l’urgence climatique
« On ne peut plus attendre. Le désert avance, les pluies reculent. Si nous ne faisons rien, il ne restera que le sable », affirme Tuhafeni Amukoto, 27 ans, fondateur de Green Roots Namibia, une ONG locale basée à Windhoek.
Comme lui, des dizaines de jeunes Namibiens ont décidé de ne pas rester spectateurs. Dans un pays où plus de 70 % du territoire est semi-aride, les effets du changement climatique sont visibles à l’œil nu : les nappes phréatiques s’assèchent, les récoltes diminuent, et les communautés rurales sont de plus en plus vulnérables.
En 2023, une étude du ministère de l’Environnement a révélé que la température moyenne en Namibie avait augmenté de 1,2 °C en seulement trois décennies. « Ce n’est pas une abstraction pour nous. C’est notre quotidien », insiste Tuhafeni.
Des projets locaux, un impact global
À Swakopmund, au bord de l’Atlantique, une autre voix s’élève : celle de Lize Eises, 24 ans, biologiste marine et militante écologique. Elle a lancé Ocean Echo, une initiative de sensibilisation des jeunes à la pollution plastique sur les côtes namibiennes.
« Chaque marée ramène des centaines de déchets. Ce que nous consommons à Windhoek finit dans l’océan. Il fallait agir », explique-t-elle. Grâce à ses campagnes de nettoyage et ses ateliers dans les écoles, Lize a mobilisé plus de 3 000 jeunes en deux ans.
Son initiative a même été repérée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui l’a invitée à la Conférence des jeunes pour le climat à Nairobi. « J’ai compris que notre combat à Swakopmund rejoignait celui des jeunes du monde entier », confie-t-elle avec fierté.
Réconcilier traditions et écologie
Dans le nord du pays, à proximité de la région d’Omusati, un autre visage de cette jeunesse engagée émerge : celui de Ndapewa Kuutondokwa, 29 ans, issue de la communauté Owambo. Elle travaille à réconcilier les pratiques ancestrales avec les exigences de la conservation moderne.
« Nos grands-parents savaient vivre avec la nature. Mais ces savoirs se perdent. Je veux les transmettre, les adapter », dit-elle. Avec son collectif EcoHeritage, elle organise des cercles intergénérationnels, où anciens et jeunes discutent de la gestion durable des ressources : agriculture sans pesticides, préservation des points d’eau, fabrication de savons naturels à base de plantes locales.
Son approche a séduit plusieurs écoles rurales, qui ont intégré ces pratiques dans leur programme. « Les enfants apprennent à cultiver sans nuire à la terre. C’est plus qu’une leçon de biologie, c’est une leçon de vie », souligne un enseignant de l’école d’Oshikuku.
Technologie verte et innovation locale
À Katutura, quartier populaire de Windhoek, le bruit des imprimantes 3D se mêle aux discussions animées d’un petit groupe de jeunes. Ici, dans un ancien garage transformé en laboratoire, vit le projet EcoTechLab, fondé par Michael Shikongo, 25 ans, ingénieur autodidacte.
« On récupère les déchets électroniques, on les démonte, et on crée des objets utiles : filtres à eau, lampes solaires, systèmes d’irrigation low-cost », explique-t-il, les yeux brillants. L’idée est simple : rendre la technologie accessible et durable.
Depuis son lancement en 2021, EcoTechLab a formé plus de 150 jeunes, dont beaucoup n’avaient pas accès à l’université. « Ils repartent avec des compétences concrètes et une conscience écologique. C’est ça, l’avenir », affirme Michael.
Le projet a récemment obtenu un micro-financement du Fonds pour l’innovation verte en Afrique australe, permettant d’ouvrir deux nouveaux ateliers dans les régions de Kavango et d’Erongo.
Mobiliser par l’art et la culture
À Lüderitz, ville portuaire au charme colonial, une voix s’élève d’une manière différente. Celle de Kesia Uiras, 22 ans, slameuse et poétesse. Elle utilise la scène pour dénoncer la déforestation, la pollution et l’inaction politique.
« Les mots frappent là où les chiffres échouent », dit-elle. Ses textes, poignants, évoquent les arbres qu’on abat, les rivières qui meurent, et les enfants qui grandissent sans connaître la pluie. Lors d’un festival local, elle a ému aux larmes un public de pêcheurs et de touristes.
Avec son collectif Art4Earth, elle organise des performances dans les quartiers défavorisés, mêlant musique, peinture et théâtre. « L’écologie, ce n’est pas que pour les scientifiques. C’est une affaire de cœur, de culture », affirme-t-elle.
Des défis immenses, un espoir tenace
Bien sûr, tout n’est pas simple. Le manque de financements, l’indifférence des autorités, et parfois même l’hostilité de certaines communautés freinent ces élans. Mais les jeunes leaders namibiens ne baissent pas les bras.
« On nous dit souvent qu’on est trop idéalistes. Mais si on n’imagine pas un autre futur, qui le fera ? », lance Tuhafeni, le regard tourné vers l’horizon. Pour lui, comme pour tant d’autres, l’engagement écologique est une urgence, mais aussi une promesse : celle d’un pays qui choisit la vie plutôt que l’épuisement.
En Namibie, la jeunesse ne se contente plus de rêver. Elle plante, elle nettoie, elle crée, elle parle. Et peut-être, dans ce souffle nouveau, se trouve la clé d’un avenir plus juste, plus vert, plus vivant.
Mais la question demeure : le monde écoutera-t-il ces voix venues du désert, avant qu’il ne soit trop tard ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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