La commune de Koul, dans la région de Tivaouane, compte une trentaine de fermes réparties entre une quinzaine de groupements d’intérêt économique (GIE). Derrière ces chiffres se cachent souvent des structures fragiles, dont les membres maîtrisent l’acte de produire, mais peinent parfois à formaliser leur fonctionnement interne. C’est pour combler cet écart que le Programme d’appui au programme national d’investissement dans l’agriculture du Sénégal (PAPSEN) a organisé, fin septembre et début octobre, une session de cinq jours destinée aux acteurs de ces GIE.
Quarante bénéficiaires, cinq jours, quatre modules
Une quarantaine de participants, dont vingt femmes, ont suivi la formation avant de recevoir leurs attestations le 3 octobre lors d’une cérémonie de clôture à Koul. Le programme était structuré en deux blocs distincts : les trois premières journées ont été consacrées au genre, au leadership et à la gouvernance coopérative ; les deux dernières à l’éducation financière et à la gestion administrative.

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Sur le volet gouvernance, les participants ont travaillé sur les rôles des dirigeants, le fonctionnement des conseils d’administration, la tenue des réunions et la rédaction de procès-verbaux — des outils de base qui conditionnent pourtant la crédibilité d’une organisation vis-à-vis des partenaires et des bailleurs. Sur le volet financier, la formation a introduit la tenue d’un journal de caisse et d’un livret de banque, le suivi des achats et des recettes, ainsi que l’organisation des documents comptables.
La dimension genre a occupé une place notable dans le programme : accès des femmes aux ressources productives, participation aux chaînes de valeur, implication dans les instances de décision. Avec la moitié des participants issus du monde féminin, l’intention affichée est cohérente avec la composition réelle du tissu agricole local.
Des retours nuancés du terrain
Les témoignages des bénéficiaires révèlent des attentes qui dépassent le cadre de cette seule formation. Awa Fall Diop a salué une meilleure compréhension du fonctionnement organisationnel, mais a appelé à des sessions complémentaires, « davantage axées sur la comptabilité, la gestion et les exercices pratiques ». Autrement dit, cinq jours suffisent à ouvrir des portes, pas à former des gestionnaires aguerris.
Babacar Diop, autre participant, a posé une question plus structurelle : renforcer les capacités de gestion est utile, mais encore faut-il disposer de quelque chose à gérer. Selon lui, les initiateurs de la formation devraient parallèlement « aider à lever les obstacles à la production ». Ce rappel souligne une tension classique dans les programmes d’appui agricole : le renforcement institutionnel ne peut pas compenser des contraintes d’accès au financement, aux intrants ou aux marchés.
Le maire de Koul, Modou Fall, a, pour sa part, demandé aux quarante participants de diffuser les acquis auprès des responsables des quelque 30 à 35 GIE de la commune — soit un effet multiplicateur attendu, mais dont l’efficacité réelle dépendra de la qualité du relais sur le terrain. « La fin de la formation marque surtout le début du travail de terrain », a-t-il déclaré, formula qui résume bien l’incertitude de l’après-formation.
Ce que le PAPSEN promet ensuite
Kalidou Kane, représentant du coordonnateur national du PAPSEN à la cérémonie, a rappelé que le programme a déjà mis en place deux coopératives agricoles communautaires de 100 hectares chacune à Koul et à Mérina Dakhar. Il a annoncé la poursuite du soutien via le déploiement de Coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA), la réalisation d’infrastructures et la finalisation des six fermes agricoles prévues dans le cadre de la coopérative de Koul.
Ces engagements s’inscrivent dans une logique d’accompagnement progressif, mais ils restent conditionnés à des calendriers et des financements que le communiqué ne détaille pas. La question de la pérennité du PAPSEN lui-même — sa durée, ses ressources disponibles, son ancrage institutionnel à long terme — n’est pas abordée, alors qu’elle conditionne directement la continuité des appuis promis.
L’initiative de Koul illustre une réalité plus large : en Afrique de l’Ouest, les GIE et coopératives agricoles constituent souvent le premier échelon d’organisation économique des producteurs, mais leur viabilité dépend autant de la qualité de leur gestion interne que de l’environnement macro-agricole dans lequel ils évoluent. Outiller les membres est nécessaire ; ce n’est pas suffisant. La prochaine étape sera de mesurer si ces quarante porteurs d’attestations transforment effectivement leurs apprentissages en pratiques durables au sein de leurs organisations.
Source : APS (Agence de presse sénégalaise), 3 octobre
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Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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