C’est en marge d’un forum économique, loin des salles de protocole habituelles, que l’aviation a refait surface dans la diplomatie sénégalo-égyptienne. Le 3 octobre, à l’occasion du Forum d’affaires Alamein–Afrique, le président Bassirou Diomaye Faye a reçu Hussein Sherif Fahmi, président-directeur général d’Air Cairo — deuxième compagnie aérienne d’Égypte — pour discuter de la reprise d’une liaison aérienne directe entre Le Caire et Dakar.
Une route en préparation, pas encore confirmée
La présidence sénégalaise, dans une note officielle, précise que la liaison est « actuellement en préparation » par Air Cairo. La nuance est importante : il ne s’agit pas d’une annonce d’ouverture imminente, mais d’un projet en gestation, dont la mise en œuvre reste à confirmer. Aucune date de lancement, aucune fréquence ni type d’appareil n’ont été communiqués. Ce stade préliminaire interroge sur les conditions commerciales qui permettraient à la route d’être viable — trafic suffisant, droits de trafic, tarification — autant d’aspects que l’entretien présidentiel n’a pas, à ce stade, rendus publics.

La newsletter des Afriques
- Gratuit & sans spam
- 1 email par semaine
- Désabonnement en 1 clic
La connectivité aérienne directe entre l’Afrique subsaharienne et l’Égypte reste historiquement fragile. Plusieurs compagnies ont ouvert puis suspendu des liaisons avec Dakar, faute de remplissage suffisant ou de rentabilité. La reprise par Air Cairo devra donc s’appuyer sur une analyse de marché solide, d’autant que la compagnie se positionne sur un segment déjà disputé par les escales via les hubs du Golfe ou d’Europe.
Au-delà des passagers : cargo et formation
L’entretien a débordé la seule question de la ligne passagers. Selon la présidence sénégalaise, Air Cairo s’est dite disposée à accompagner Air Sénégal dans la formation de ses ingénieurs, mécaniciens et personnel navigant. Une offre qui tombe dans un contexte où la compagnie nationale sénégalaise traverse des turbulences structurelles et cherche à consolider ses compétences techniques sans nécessairement mobiliser des ressources extérieures coûteuses.
La compagnie égyptienne a par ailleurs exprimé son intérêt pour l’ouverture d’une ligne cargo entre les deux pays, dans l’optique de soutenir leurs échanges commerciaux. Ce volet fret mérite attention : les flux de marchandises entre l’Égypte et le Sénégal restent modestes, et l’absence de route cargo directe est autant le symptôme que la cause de ce sous-développement des échanges. Une ligne cargo pourrait, à terme, irriguer des filières comme l’agroalimentaire, le textile ou la pharmacie — à condition que la demande soit au rendez-vous.
Le Sénégal comme hub : une ambition récurrente
Hussein Sherif Fahmi a, selon la présidence, souligné la position géographique du Sénégal, la qualifiant de hub naturel ouvert sur l’Afrique, l’Europe et les Amériques. Ce type de discours est devenu un classique des négociations aéronautiques avec Dakar — l’argument géographique est réel, mais la transformation de la position en hub effectif suppose des infrastructures aéroportuaires adaptées, des politiques de ciel ouvert et une masse critique de trafic que le pays n’a pas encore pleinement atteinte.
Il reste à voir si cet échange présidentiel se traduira par des accords opérationnels concrets dans les mois à venir, ou s’il demeure une intention diplomatique parmi d’autres. La balle est désormais dans le camp des directions commerciales des deux compagnies.
Source : APS (Agence de Presse Sénégalaise), 3 octobre 2024.














