Au lever du soleil, dans les plaines de Masvingo, un groupe d’enfants ramasse des bouteilles en plastique avec enthousiasme. Non pas pour les jeter, mais pour les transformer. Ici, au Zimbabwe, la terre rouge et les vents secs sont désormais le théâtre d’une révolution verte, portée non pas par des multinationales, mais par des communautés locales, des ingénieurs rêveurs et des paysans obstinés. Le changement ne vient pas d’en haut, mais du sol, littéralement.
Des briques écologiques à base de plastique recyclé
Dans les faubourgs de Harare, les murs ne racontent plus seulement l’histoire d’un pays en reconstruction. Ils témoignent d’une innovation inattendue : des briques fabriquées à partir de déchets plastiques et de sable. L’entreprise GreenBuild Zimbabwe, fondée par la jeune ingénieure Tafadzwa Ndlovu, a révolutionné la construction durable dans le pays.
« Chaque brique contient l’équivalent de 25 sacs plastiques usagés », explique Tafadzwa, en montrant un mur flambant neuf. « Nous avons déjà recyclé plus de 2 millions de sacs depuis 2021. »
Plus légères, plus isolantes et deux fois moins chères que les briques traditionnelles, ces briques écologiques ont permis la construction de plus de 300 maisons dans les zones rurales du pays. Dans un pays où près de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, cette innovation change la donne.
Une forêt renaît à partir de graines oubliées
Dans le district de Binga, au nord-ouest du pays, une forêt ancestrale reprend vie. Là où les collines étaient devenues chauves à force de déforestation, des arbres indigènes refont surface grâce au projet « Roots of Hope ».
Ce programme communautaire, lancé en 2018, mobilise des femmes et des anciens pour recollecter et replanter des graines d’espèces endémiques comme le mopane, le baobab ou le musasa. Plus de 1,2 million d’arbres ont été replantés en cinq ans.
« Chaque arbre est une mémoire qu’on restaure », confie Grace Moyo, 62 ans, en caressant le tronc d’un jeune acacia. « Mon père me racontait que les éléphants venaient boire ici. Peut-être qu’ils reviendront. »
Le projet a permis de restaurer plus de 4 000 hectares de terres dégradées, tout en créant 800 emplois saisonniers. Il s’appuie sur des techniques de régénération naturelle assistée, qui favorisent la croissance des espèces locales sans irrigation artificielle.
Des panneaux solaires dans les écoles rurales
À Chiredzi, dans l’extrême sud-est, les nuits sont noires comme l’encre. Mais depuis peu, une lumière douce éclaire les salles de classe de l’école primaire de Nyangambe. Elle vient du toit, où des panneaux solaires scintillent sous le soleil implacable du Zimbabwe.
Le programme « Solar for Schools », lancé par une ONG allemande en partenariat avec le ministère de l’Éducation, a déjà équipé 120 établissements ruraux. Chaque installation fournit de l’électricité pour l’éclairage, la recharge des ordinateurs et même l’alimentation de petits réfrigérateurs pour les vaccins.
« Avant, nos élèves ne pouvaient pas étudier après le coucher du soleil », raconte le directeur, Elias Chikomo. « Maintenant, ils restent jusqu’à 20 heures pour réviser. Les résultats aux examens ont bondi de 30 %. »
Avec plus de 9 heures de soleil par jour en moyenne, le Zimbabwe est un terrain idéal pour l’énergie solaire. Et cette transition énergétique commence là où on l’attendait le moins : dans les villages reculés, loin du réseau national.
Une ferme aquaponique au cœur de Bulawayo
Dans un ancien entrepôt désaffecté de Bulawayo, une ferme sans terre ni tracteur cultive des laitues, des tomates et des tilapias. Bienvenue chez AquaFarm Zim, une start-up fondée par trois étudiants en biologie qui ont parié sur l’aquaponie pour nourrir la ville.
Le principe ? Les poissons produisent des déjections riches en nutriments, qui servent d’engrais pour les plantes. En retour, les plantes filtrent l’eau, qui retourne propre aux poissons. Un cycle fermé, sans pesticide ni gaspillage.
« On utilise 90 % d’eau en moins qu’une ferme classique », assure Tendai Mutsvangwa, cofondateur du projet. « Et on peut produire toute l’année, même pendant la saison sèche. »
Le projet fournit déjà des légumes frais à cinq écoles et deux restaurants de la ville. Chaque mois, plus de 800 kg de produits sont récoltés sur une surface de seulement 200 m².
Des vélos solaires pour les soins de santé
Dans les collines de Mutoko, les distances sont longues et les routes, escarpées. Pour les agents de santé communautaire, se rendre chez les patients relevait autrefois du défi quotidien. Jusqu’à l’arrivée d’un engin étrange : un vélo équipé d’un panneau solaire.
Conçu par l’atelier local ZimTech Mobility, ce vélo solaire permet de parcourir jusqu’à 50 km par jour sans effort, tout en rechargeant un téléphone ou une lampe frontale. Plus de 300 exemplaires ont été distribués à des soignants ruraux depuis 2022.
« Je peux visiter jusqu’à huit patients par jour maintenant », se réjouit Memory Dube, infirmière communautaire. « Avant, c’était trois au maximum. Et je peux garder mes vaccins au frais grâce à la glacière solaire. »
Le projet a été salué par l’OMS comme l’une des innovations les plus prometteuses pour la santé en milieu rural. Il a déjà permis d’améliorer la couverture vaccinale de 15 % dans certaines zones reculées.
Des toilettes écologiques qui produisent du biogaz
À Epworth, une banlieue pauvre de Harare, une odeur de propre flotte autour des nouvelles latrines communautaires. Et pour cause : ces toilettes ne polluent pas, elles produisent de l’énergie.
Le système, développé par la start-up CleanLoop, transforme les excréments humains en biogaz, utilisé pour cuisiner ou chauffer de l’eau. En parallèle, les déchets solides sont compostés pour fertiliser les jardins urbains.
« On a réduit de 40 % les cas de diarrhée dans le quartier », affirme le docteur Farai Mashingaidze, qui suit le projet depuis ses débuts. « Et les femmes n’ont plus peur d’aller aux toilettes la nuit, car elles sont bien éclairées. »
Chaque unité dessert jusqu’à 50 familles et permet d’économiser près de 500 kg de bois de chauffage par an. Un petit miracle technologique dans un contexte de crise énergétique chronique.
Le Zimbabwe, souvent perçu à travers le prisme de ses crises politiques ou économiques, devient peu à peu un laboratoire d’expériences écologiques audacieuses. Ces projets, souvent modestes mais profondément ancrés dans les réalités locales, dessinent une autre vision de l’avenir. Et si le salut du continent venait justement de ces idées nées dans les marges, là où personne ne regarde encore ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.

















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