Quand le soleil se lève sur les plaines du Mashonaland, il éclaire des terres fertiles longtemps négligées, mais désormais au cœur d’une renaissance inattendue. Au Zimbabwe, un pays autrefois surnommé le grenier de l’Afrique australe, l’agriculture revient sur le devant de la scène, portée par une génération d’innovateurs et de paysans déterminés à réécrire leur histoire.
Une terre meurtrie, mais pas vaincue
Le Zimbabwe a connu des décennies de turbulences économiques. Après la réforme agraire controversée du début des années 2000, la production agricole s’est effondrée. Le pays, qui exportait autrefois du maïs, du tabac et du coton en abondance, est devenu dépendant des importations alimentaires et de l’aide humanitaire.
« Je me souviens quand nos silos débordaient », raconte Tendai Moyo, un agriculteur de 62 ans dans la région de Gweru. « Puis tout s’est arrêté. Les tracteurs sont restés immobiles, les champs abandonnés. »
Mais depuis quelques années, un frémissement traverse les campagnes. Porté par une volonté politique nouvelle et une jeunesse connectée, le secteur agricole renaît lentement. En 2023, la production de maïs a atteint 2,3 millions de tonnes, une hausse de 58 % par rapport à l’année précédente, selon le ministère de l’Agriculture.
La technologie entre dans les champs
Dans les vallées du Manicaland, on voit désormais des drones survoler les cultures et des panneaux solaires alimenter des pompes à eau. Le Zimbabwe mise sur les technologies agricoles pour surmonter les défis climatiques et logistiques.
« Nous utilisons des capteurs de sol connectés pour surveiller l’humidité et ajuster l’irrigation en temps réel », explique Rutendo Chikafu, ingénieure agronome et fondatrice de SmartFarm Zim, une start-up basée à Mutare. « Cela permet de réduire les pertes d’eau jusqu’à 40 % et d’augmenter les rendements. »
Des applications mobiles comme e-Mkambo ou Agrishare mettent en relation producteurs et acheteurs, réduisant le rôle des intermédiaires et améliorant les revenus des agriculteurs. En 2022, plus de 120 000 utilisateurs zimbabwéens ont utilisé ces plateformes, selon une étude de l’Université du Zimbabwe.
Le retour du petit exploitant
Contrairement aux grandes exploitations commerciales des années 1980, la relance actuelle s’appuie sur les petits producteurs. Ils représentent aujourd’hui près de 70 % de la production alimentaire nationale.
À Murehwa, dans l’est du pays, Sarah Nhira cultive du sorgho, du niébé et des légumes bio sur une parcelle de deux hectares. « On nous a longtemps dit que seule la monoculture à grande échelle était rentable. Mais aujourd’hui, la diversité, c’est notre force », dit-elle.
Avec l’aide de coopératives communautaires, les petits agriculteurs accèdent à des semences améliorées, à des formations et à des microcrédits. Le programme Pfumvudza, lancé par le gouvernement en 2020, encourage la culture sur de petites surfaces selon des techniques de conservation des sols. En trois ans, il a touché plus de 2 millions de ménages.
Le pari de l’agro-industrie
Relancer l’agriculture ne suffit pas. Pour créer de la valeur, le Zimbabwe mise aussi sur la transformation locale. Des usines de décorticage de riz, de conditionnement de fruits ou de fabrication d’huile de tournesol émergent dans plusieurs provinces.
À Chinhoyi, une ancienne ferme de tabac a été reconvertie en unité de transformation de manioc. « Nous produisons de la farine sans gluten, très demandée à l’export », explique Tapiwa Dube, directeur de Cassava Foods Ltd. « En 2023, nous avons vendu plus de 300 tonnes vers l’Afrique du Sud et le Kenya. »
Le gouvernement a lancé une stratégie agro-industrielle pour 2021-2025, visant à créer 500 000 emplois et à augmenter les exportations agricoles de 60 %. Une ambition qui reste fragile, mais qui attire l’attention d’investisseurs régionaux.
Des freins persistants
Malgré ces signaux positifs, les défis restent nombreux. L’accès au crédit demeure limité, avec des taux d’intérêt dépassant souvent les 30 %. L’infrastructure de transport, en particulier les routes rurales, est souvent délabrée. Et les effets du changement climatique se font sentir chaque année un peu plus fort.
« Une sécheresse peut réduire nos récoltes de moitié », déplore John Bhasera, secrétaire permanent au ministère de l’Agriculture. « Nous devons investir massivement dans l’irrigation et la résilience climatique. »
La question de la propriété foncière reste également sensible. De nombreux agriculteurs ne disposent pas de titres de propriété officiels, ce qui limite leur capacité à emprunter ou à investir.
Une jeunesse prête à semer l’avenir
Dans les écoles agricoles et les incubateurs d’entreprises, une nouvelle génération de Zimbabwéens se prépare à prendre le relais. Ils sont ingénieurs, biologistes, entrepreneurs, et voient dans la terre non pas un fardeau, mais une opportunité.
« L’agriculture, ce n’est plus la houe et la sueur. C’est l’innovation, la science, la stratégie », affirme Takudzwa Mhlanga, 28 ans, diplômé en agroéconomie et fondateur de GreenRoots Africa. « Nous voulons nourrir notre pays, mais aussi le monde. »
Des concours d’innovation agricole attirent chaque année des centaines de jeunes. En 2023, le projet AgriDrone, développé par trois étudiants de l’Université de Harare, a remporté le prix national de la technologie pour son système de surveillance des cultures par intelligence artificielle.
Le Zimbabwe, encore convalescent, semble prêt à se relever par ses champs. La terre, longtemps source de conflits, pourrait-elle redevenir un moteur d’unité et de prospérité ? La réponse se joue peut-être, en silence, dans les sillons fraîchement tracés de ses campagnes.

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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