À l’aube, dans les montagnes de Kabylie, une brume légère caresse les cèdres centenaires. En contrebas, des jeunes s’activent autour d’une structure étrange faite de bouteilles plastiques et de terre battue. Ce n’est pas un chantier ordinaire : ici, on bâtit un avenir différent, un futur où l’Algérie renoue avec sa nature et invente de nouvelles façons de vivre avec elle.
Des forêts renaissantes au cœur des Hauts Plateaux
Il y a quelques années, la région de Sétif était en proie à une désertification galopante. Les vents arides balayaient des terres craquelées, et les cultures dépérissaient. Aujourd’hui, un projet pilote baptisé “Green Belt Algérie” redonne vie à ces paysages meurtris.
“Nous avons planté plus de 1,2 million d’arbres en cinq ans”, explique Leïla Mebarki, ingénieure forestière et coordinatrice du programme. “Mais ce n’est pas qu’une affaire de chiffres. Chaque arbre est planté avec les habitants, dans une logique de réappropriation de leur environnement.”
Grâce à des techniques d’agroforesterie adaptées au climat semi-aride, les sols reprennent vie. Les rendements agricoles augmentent, les sources d’eau se stabilisent, et les jeunes reviennent dans les villages. “On pensait que notre terre était morte”, confie Ahmed, un agriculteur de 56 ans. “Mais elle dormait, c’est tout.”
Des maisons qui respirent avec la terre
À Ghardaïa, au cœur du désert, un autre projet fait parler de lui : des habitations écologiques construites avec des matériaux locaux, recyclés et naturels. L’initiative, portée par l’architecte Nadia Bensalem, s’inspire des techniques ancestrales mozabites, tout en y intégrant des innovations modernes.
“Nous utilisons du torchis, des briques d’argile compressée et des isolants à base de laine de palmier”, détaille-t-elle. “Le tout est pensé pour résister aux fortes chaleurs, sans climatisation.”
Ces maisons bioclimatiques consomment jusqu’à 80 % d’énergie en moins qu’un logement classique. Elles attirent désormais l’attention des autorités locales, qui envisagent de les intégrer dans les futurs plans d’urbanisme des régions sahariennes.
Quand les déchets deviennent des ressources
À Oran, une coopérative de jeunes entrepreneurs a décidé de s’attaquer à un fléau urbain : les déchets plastiques. Chaque jour, la ville produit plus de 1 200 tonnes de déchets, dont une grande partie finit dans la mer Méditerranée.
Le collectif “Recycl’Algérie” a mis en place un réseau de collecte participatif, où les habitants échangent leurs déchets contre des bons d’achat ou des réductions sur leur facture d’eau. “C’est une économie circulaire à l’algérienne”, sourit Amine, l’un des fondateurs.
Les plastiques récupérés sont transformés en pavés pour les trottoirs, en mobilier urbain ou en matériaux de construction. En deux ans, plus de 400 tonnes ont été recyclées. “Ce qui était un problème devient une solution. C’est ça, le vrai changement”, affirme Amine.
Des oasis numériques pour protéger les savoirs anciens
Dans le Sahara, les oasis sont des trésors fragiles. Leur équilibre repose sur des systèmes d’irrigation millénaires, les foggaras, aujourd’hui menacés par la modernisation et l’abandon des traditions.
Un projet mené par l’université de Tamanrasset, en partenariat avec l’UNESCO, vise à cartographier et numériser ces connaissances. À l’aide de drones et de capteurs hydriques, les chercheurs collectent des données sur les nappes phréatiques et les réseaux souterrains.
“C’est une course contre l’oubli”, explique le professeur Mourad Tighilt. “Nous voulons transmettre ces savoirs aux jeunes générations, mais aussi les adapter aux défis d’aujourd’hui.”
Les résultats sont prometteurs : certaines foggaras oubliées ont été réhabilitées, permettant de relancer des cultures de dattiers et de légumes dans des zones abandonnées depuis des décennies.
Des énergies renouvelables qui changent la donne
Avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie détient l’un des plus grands potentiels solaires au monde. Pourtant, ce n’est que récemment que ce gisement a commencé à être exploité à grande échelle.
À Adrar, une centrale solaire de 150 MW alimente désormais plus de 200 000 foyers. Mais au-delà des grands projets étatiques, ce sont les micro-initiatives qui transforment le quotidien.
Dans le village de Timimoun, un groupe de femmes a installé des panneaux solaires sur les toits de l’école et du dispensaire. “Avant, on avait des coupures tous les jours”, raconte Fatima, institutrice. “Aujourd’hui, les enfants peuvent étudier le soir. C’est une petite révolution.”
Le gouvernement prévoit d’atteindre 27 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique d’ici 2030. Mais sur le terrain, ce sont souvent les citoyens qui ouvrent la voie.
Une jeunesse en quête de sens et d’action
Ce renouveau environnemental ne serait pas possible sans l’engagement d’une jeunesse de plus en plus consciente. À Alger, Constantine ou Tizi Ouzou, les initiatives citoyennes se multiplient : nettoyages de plages, potagers urbains, campagnes de sensibilisation dans les écoles.
“On ne veut plus attendre que les choses changent d’en haut”, affirme Yacine, 24 ans, membre du collectif “Respire Algérie”. “On veut être les acteurs de notre avenir.”
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette mobilisation. Des vidéos virales montrant des enfants plantant des arbres ou des quartiers transformés en jardins partagés suscitent des milliers de partages. Un mouvement est en marche, porté par l’espoir et la créativité.
“Ce n’est pas facile, reconnaît Leïla, de Green Belt. Mais on sent que quelque chose bouge. L’Algérie a longtemps tourné le dos à sa nature. Aujourd’hui, elle commence à l’écouter à nouveau.”
Alors que les défis climatiques s’intensifient, ces projets montrent une autre voie. Une voie où l’innovation se nourrit de la tradition, où la jeunesse prend les rênes, et où les paysages se transforment doucement, au rythme des mains qui les soignent. Mais cette transformation sera-t-elle suffisante, et surtout, durable ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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