Dans les rues poussiéreuses de Ouagadougou, un étrange ballet s’organise chaque matin. Des jeunes en tricycles collectent des déchets plastiques, des femmes transforment des feuilles de moringa en poudre, et des ingénieurs conçoivent des fours solaires dans de petits ateliers de fortune. Ce n’est pas une utopie verte. C’est le nouveau visage du Burkina Faso.
Un pays en alerte, une jeunesse en mouvement
Le Burkina Faso, pays sahélien enclavé, a longtemps été perçu comme vulnérable face aux défis environnementaux : désertification galopante, raréfaction de l’eau, pression démographique. Mais depuis quelques années, un changement discret s’opère. Un écosystème environnemental émerge, porté par une jeunesse inventive et des initiatives locales audacieuses.
« On a compris que personne ne viendrait sauver notre terre à notre place », confie Aïcha Zongo, 27 ans, fondatrice de Faso Green, une coopérative de compostage à Bobo-Dioulasso. « Alors on a décidé d’agir. Avec ce qu’on a. »
Selon le ministère de l’Environnement, plus de 500 micro-initiatives écologiques ont vu le jour entre 2018 et 2023, allant du recyclage artisanal à l’agroforesterie en passant par l’énergie solaire. Un chiffre modeste, mais révélateur d’une dynamique souterraine.
La révolution silencieuse du plastique
Chaque jour, Ouagadougou produit environ 200 tonnes de déchets solides, dont une bonne partie est constituée de plastique non biodégradable. Face à l’inaction des autorités, des collectifs citoyens ont pris les choses en main.
À l’entrée du quartier de Tampouy, un hangar en tôle abrite l’atelier de Recycl’Art, une start-up sociale fondée par deux anciens étudiants en biologie. Ici, les sachets d’eau usagés deviennent des sacs à dos, des nattes ou des objets décoratifs.
« On récupère environ 3 tonnes de plastique par mois », explique Idrissa Ouattara, cofondateur. « Ce n’est pas énorme, mais c’est un début. Et surtout, on sensibilise. Les gens commencent à voir le plastique autrement. »
Dans les écoles, les enfants participent à des concours de collecte. Dans les marchés, certains commerçants refusent désormais les sachets à usage unique. Une lente mutation des mentalités s’amorce.
Les arbres reviennent, un par un
Le Burkina Faso perd en moyenne 105 000 hectares de forêts chaque année. Mais dans certaines régions, la tendance s’inverse. Grâce à des techniques ancestrales remises au goût du jour, des paysans reboisent leurs terres, arbre après arbre.
À Yacouta, dans la province du Yatenga, Moussa Kaboré, agriculteur de 52 ans, montre fièrement ses parcelles verdoyantes. « J’utilise le zaï, une technique traditionnelle. Je creuse des trous, j’y mets du compost, et les arbres repoussent. »
Cette méthode, combinée à l’agroforesterie, a permis de reverdir plus de 3 millions d’hectares au Sahel selon l’ONG Tree Aid. Le Burkina Faso y joue un rôle de pionnier dans le projet de Grande Muraille Verte, une ceinture végétale censée traverser toute l’Afrique sahélienne.
« Ce n’est pas juste planter des arbres », précise Fatimata Diallo, responsable de programme. « C’est restaurer une relation entre l’homme et la terre. »
Le soleil, nouvelle source d’énergie populaire
Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an, le Burkina Faso possède un potentiel solaire immense. Pourtant, près de 60 % de la population n’a toujours pas accès à l’électricité. Face à ce paradoxe, des solutions locales émergent.
À Koupéla, une petite ville de l’est, l’ingénieur autodidacte Souleymane Traoré fabrique des fours solaires à partir de matériaux de récupération. « Je vends mes fours à 15 000 francs CFA. Ils permettent de cuisiner sans bois ni charbon. »
Dans les zones rurales, des coopératives féminines utilisent ces fours pour sécher des fruits, produire des savons ou stériliser de l’eau. « Cela change la vie des femmes », témoigne Mariam Sanou, présidente d’une association locale. « Moins de fumée, moins de corvées, plus de temps pour les enfants. »
Le gouvernement a lancé en 2022 un programme d’électrification solaire de 300 villages, avec l’appui de partenaires internationaux. Mais c’est souvent l’ingéniosité populaire qui comble les manques.
Une économie verte en gestation
Derrière chaque projet écologique, c’est une nouvelle économie qui se dessine. Une économie verte, inclusive, adaptée au contexte local. Des centaines de jeunes burkinabè y voient une opportunité d’emploi et d’impact.
« On ne veut pas seulement planter des arbres. On veut créer des entreprises durables », affirme Issouf Nikiéma, 30 ans, fondateur d’une start-up de briques écologiques à base de terre compressée. « On construit des maisons qui respirent et qui coûtent moins cher. »
Le secteur attire aussi des investissements. En 2023, le fonds panafricain Green Africa a injecté 2,5 millions d’euros dans des projets verts au Burkina Faso. Un signal fort.
Mais les défis restent immenses : manque de financement, absence de cadre légal, instabilité politique. « Il faut que l’État joue son rôle de facilitateur », plaide l’économiste Sylvie Yaméogo. « Sinon, ces initiatives resteront isolées. »
Une conscience nouvelle face à l’urgence
Au-delà des projets et des chiffres, c’est une conscience écologique qui émerge, diffuse, fragile encore, mais bien réelle. Dans les écoles, les radios communautaires, les mosquées, un nouveau discours s’installe : celui de la responsabilité collective.
« Avant, on pensait que la nature était là pour nous servir. Maintenant, on comprend qu’elle peut aussi se venger », murmure le vieux chef coutumier de Kombissiri. « Il faut écouter les signes. »
Le Burkina Faso, pays de résilience, ne se contente plus de subir. Il invente, expérimente, résiste. Dans l’ombre des crises sécuritaires, une autre bataille se joue : celle pour la survie écologique. Et elle se mène à coups de compost, de graines, de soleil et de volonté.
La question est désormais posée : ce frémissement vert peut-il devenir un véritable tournant pour le pays ? Ou restera-t-il une parenthèse fragile dans un monde en surchauffe ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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