Le vent chaud de l’Atlantique caresse les quais du port de Cotonou. Là, entre les conteneurs empilés et les grues mécaniques, une effervescence nouvelle s’installe. Des camions défilent, des voix s’élèvent en plusieurs langues, et dans l’air flotte une promesse : celle d’un avenir commercial qui se joue ici, au Bénin, dans cette ville longtemps en marge des grandes routes du commerce mondial.
Un port stratégique en pleine transformation
Depuis quelques années, Cotonou ne cesse de changer de visage. Le port autonome, longtemps considéré comme vétuste, a fait l’objet d’une modernisation ambitieuse. Grâce à un partenariat public-privé avec le groupe Bolloré, puis sous la gestion de la société béninoise SOBEMAP, les infrastructures portuaires ont été repensées pour répondre aux standards internationaux.
« Aujourd’hui, le port de Cotonou peut accueillir des navires de plus de 300 mètres de long. Il y a dix ans, cela aurait été impensable », confie Alain Gbaguidi, ingénieur maritime et consultant en logistique. « Le dragage du chenal, l’agrandissement des quais et l’automatisation de certaines opérations ont tout changé. »
En 2023, le port a traité plus de 11 millions de tonnes de marchandises, soit une hausse de 25 % par rapport à 2020. Des chiffres qui traduisent une montée en puissance rapide, portée par la volonté du gouvernement béninois de faire de Cotonou un hub régional incontournable.
Une alternative crédible aux ports saturés de la région
Dans le golfe de Guinée, les ports d’Abidjan, de Lagos ou de Tema sont souvent engorgés. Les temps d’attente y dépassent parfois les 72 heures, ce qui entraîne des surcoûts pour les importateurs. Cotonou, avec sa nouvelle fluidité, attire donc naturellement les opérateurs en quête d’efficacité.
« Nous avons commencé à rediriger une partie de nos cargaisons vers Cotonou depuis l’année dernière », explique Marie-Andrée Kouassi, directrice logistique d’une entreprise ivoirienne spécialisée dans les produits électroniques. « Le déchargement y est plus rapide, les frais portuaires sont compétitifs, et les procédures douanières ont été simplifiées. »
Le Bénin a en effet mis en place une plateforme numérique unique pour les formalités douanières, réduisant drastiquement les délais de dédouanement. En moyenne, une cargaison peut être libérée en moins de 48 heures, contre plus de 5 jours auparavant.
Une ambition régionale assumée
Le positionnement géographique de Cotonou est un atout majeur. Située à la croisée des routes commerciales d’Afrique de l’Ouest, la ville est connectée à des marchés-clés comme le Nigeria, le Niger, le Burkina Faso ou encore le Mali.
« Cotonou est en train de devenir la porte d’entrée du Sahel », affirme Idriss Maïga, transporteur nigérien. « Pour nous, c’est plus simple de passer par ici que par Lagos ou Lomé. Les routes sont meilleures, et les contrôles moins chaotiques. »
Le corridor Cotonou-Niamey a d’ailleurs été renforcé par la réhabilitation de plusieurs tronçons routiers et la mise en place de postes de contrôle automatisés. À terme, le gouvernement béninois souhaite même relancer le projet de chemin de fer reliant Cotonou à Parakou, puis au Niger.
Des investissements massifs et ciblés
La transformation de Cotonou ne repose pas uniquement sur son port. Toute la ville est en train de se réinventer pour accompagner cette dynamique commerciale. Des zones économiques spéciales ont été créées en périphérie, notamment à Sèmè-Podji, avec des avantages fiscaux pour les entreprises étrangères.
En parallèle, l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin a été rénové pour accueillir plus de fret aérien, et une liaison rapide entre le port et l’aéroport est en cours de construction. L’objectif : faire de Cotonou un nœud logistique multimodal.
« Le Bénin a compris que l’avenir se joue sur l’intégration des modes de transport », analyse Jean-Paul Dossou, urbaniste et spécialiste des infrastructures. « Ce qu’ils construisent ici, c’est une plateforme complète, capable de rivaliser avec les plus grands. »
Un pari sur la stabilité et la transparence
Dans une région marquée par l’instabilité politique et l’insécurité, le Bénin mise aussi sur sa stabilité institutionnelle pour attirer les investisseurs. Le pays est régulièrement cité comme l’un des plus sûrs d’Afrique de l’Ouest, avec une gouvernance jugée relativement efficace.
Le gouvernement a renforcé les dispositifs anti-corruption dans les services portuaires et douaniers, et plusieurs agents ont été sanctionnés ces dernières années. Une transparence qui séduit les opérateurs internationaux.
« On sent une vraie volonté politique », souligne Pierre Leclerc, représentant d’une société française d’import-export. « Tout n’est pas parfait, mais il y a une dynamique rare en Afrique de l’Ouest. On sent que Cotonou veut jouer dans la cour des grands. »
Des défis persistants mais un cap clair
Malgré cette montée en puissance, Cotonou n’est pas encore à l’abri des défis. Les infrastructures routières restent fragiles à certains endroits, les coupures d’électricité peuvent perturber les opérations, et la concurrence régionale reste féroce.
Mais le cap est clair. Le Bénin veut faire de sa capitale économique un centre névralgique du commerce ouest-africain. Et les premiers résultats sont déjà visibles : les recettes douanières ont bondi de 40 % en trois ans, et le nombre d’entreprises étrangères installées à Cotonou a doublé depuis 2020.
« Ce n’est que le début », assure fièrement Rodrigue Hounwanou, directeur adjoint du port. « Nous avons encore beaucoup à faire, mais nous savons où nous allons. Cotonou est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire. »
Alors que les projecteurs étaient autrefois braqués sur Lagos ou Abidjan, une autre lumière s’allume doucement sur les rives du Bénin. Cotonou, discrète mais déterminée, pourrait bien devenir l’un des nouveaux visages du commerce africain. Mais le monde est-il prêt à la voir ainsi ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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