Le vent chaud de la savane s’engouffre dans les wagons silencieux alors que le train glisse sans un bruit sur les rails flambant neufs. À travers les vitres, le paysage défile : collines rouges, acacias solitaires, troupeaux de zèbres. Entre Nairobi et Mombasa, un nouveau souffle anime la ligne ferroviaire historique. Le train électrique kényan, à la fois moderne et respectueux de l’environnement, attire chaque jour davantage de voyageurs. Mais au-delà de la technologie, c’est une transformation sociale et économique qui s’amorce sur les rails de l’avenir.
Un projet audacieux au cœur de l’Afrique de l’Est
Inaugurée en 2017, la Standard Gauge Railway (SGR) reliant Nairobi à Mombasa a marqué un tournant dans l’infrastructure kényane. Longue de 472 kilomètres, cette ligne a d’abord fonctionné avec des locomotives diesel. Mais depuis 2023, une mutation silencieuse s’est opérée : l’électrification progressive du réseau.
« C’est un rêve devenu réalité », confie James Muthoni, ingénieur en chef du projet. « Nous avons conçu un système qui réduit les émissions de carbone de 40 % par rapport aux anciens trains. »
Le gouvernement kényan, avec l’aide de partenaires chinois et européens, a investi près de 2,1 milliards de dollars dans cette transition énergétique. L’objectif : faire de la SGR un modèle de mobilité durable en Afrique.
Un succès populaire inattendu
Depuis le passage à l’électrique, le nombre de passagers a explosé. En 2023, plus de 2,8 millions de personnes ont emprunté la ligne Nairobi-Mombasa, soit une augmentation de 35 % par rapport à l’année précédente.
« Avant, je prenais le bus. C’était long, fatigant, et parfois dangereux », raconte Amina, une commerçante de Mombasa. « Maintenant, je monte dans le train à 8h, j’arrive à Nairobi à midi, reposée et en sécurité. »
Le train séduit par sa ponctualité, sa propreté et ses tarifs abordables : environ 10 euros pour un aller simple en classe économique. Des tarifs subventionnés qui rendent le service accessible à une large frange de la population.
Un moteur pour l’économie locale
Le train électrique n’est pas seulement un moyen de transport. Il est devenu un vecteur de développement économique. Le long de la ligne, de nouvelles zones industrielles voient le jour, attirées par la facilité logistique offerte.
À Voi, petite ville du sud-est, un parc logistique a ouvert ses portes en 2022. « Avant, nos marchandises mettaient trois jours pour atteindre Nairobi. Aujourd’hui, c’est moins de 12 heures », se réjouit Peter Odinga, directeur d’une entreprise agroalimentaire locale.
Selon le ministère kényan des Transports, la SGR a permis la création de plus de 30 000 emplois directs et indirects depuis son lancement. Les exportations de produits frais vers le port de Mombasa ont augmenté de 22 % en un an.
Une révolution écologique en marche
Le choix de l’électrification s’inscrit dans une volonté plus large de verdir les transports en Afrique. Le Kenya, qui tire déjà plus de 75 % de son électricité de sources renouvelables, mise sur le ferroviaire pour réduire sa dépendance au pétrole.
« Chaque trajet en train électrique évite l’émission de 4,3 kilos de CO₂ par passager », explique Grace Njeri, analyste en énergie durable. « C’est une avancée majeure dans la lutte contre le changement climatique. »
Les locomotives utilisées sont alimentées en grande partie par l’énergie géothermique, une spécialité kényane. Le pays est en effet le premier producteur africain de cette énergie propre, issue de la chaleur souterraine.
Des défis encore sur les rails
Malgré son succès, le projet n’est pas exempt de critiques. Certains dénoncent le coût élevé de la dette contractée auprès de la Chine pour financer la SGR. D’autres pointent du doigt les expropriations parfois précipitées lors de la construction de la ligne.
« Le train est une bonne chose, mais il ne doit pas se faire au détriment des communautés locales », alerte Wanjiku Kamau, militante des droits fonciers. « Il faut plus de transparence et de concertation. »
Par ailleurs, l’électrification complète de la ligne n’est pas encore réalisée. Seuls 60 % du tracé sont actuellement couverts par des installations électriques. Le reste fonctionne encore au diesel, en attendant l’achèvement des travaux prévu pour 2025.
Un symbole d’unité et de modernité
Au-delà des chiffres, le train Nairobi-Mombasa est devenu un symbole. Il relie deux mondes : la capitale politique perchée sur les hauteurs et le port historique sur l’océan Indien. Il traverse des réserves naturelles, des villages, des plaines infinies. Il rassemble.
Dans les wagons, toutes les générations se côtoient. Des étudiants en route vers l’université, des familles en vacances, des hommes d’affaires pressés. « C’est un peu comme un fil qui coud le pays ensemble », sourit Josephat, un chef de bord de 38 ans.
Le train électrique incarne une Afrique qui avance, qui innove sans renier son identité. Une Afrique qui trace ses propres voies, au sens propre comme au figuré.
Alors que les rails s’étendent vers l’ouest, vers Naivasha, Kisumu, voire Kampala un jour, une question demeure : ce train est-il le début d’une nouvelle ère pour les transports africains, ou une exception encore fragile ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.













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