Quand le soleil se lève sur le Sahel, il ne chauffe pas seulement les dunes : il alimente désormais des milliers de foyers. Dans des villages autrefois plongés dans l’obscurité à la tombée de la nuit, des enfants font leurs devoirs sous la lumière d’ampoules LED. L’Afrique, longtemps à la traîne en matière d’électrification, est en train de réécrire son destin grâce à une ressource qu’elle possède en abondance : le soleil.
Un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde
Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an dans de nombreuses régions, l’Afrique détient un des potentiels solaires les plus importants de la planète. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le continent pourrait techniquement produire plus de 10 térawatts d’énergie solaire, soit plus que l’Europe et l’Amérique réunies.
« Le soleil est notre pétrole », affirme Aminata Diop, ingénieure en énergie renouvelable basée à Dakar. « Nous avons longtemps vu cette lumière comme une fatalité, mais aujourd’hui, elle devient notre chance. »
Du désert du Sahara aux savanes d’Afrique de l’Est, les conditions sont idéales pour l’implantation de fermes solaires à grande échelle. Et les investisseurs commencent à le comprendre.
Des projets géants qui changent le paysage
Au Maroc, la centrale solaire de Noor, près de Ouarzazate, est déjà l’une des plus grandes du monde. Elle s’étend sur plus de 3 000 hectares, avec une capacité de production de 580 mégawatts. À terme, elle pourrait alimenter plus d’un million de foyers.
En Égypte, le projet Benban, dans le sud du pays, regroupe une quarantaine de centrales solaires pour une capacité totale de 1,8 gigawatt. C’est l’équivalent de deux réacteurs nucléaires.
« En 2015, nous n’avions presque rien. Aujourd’hui, nous exportons de l’électricité vers le Soudan », explique Karim El-Amin, responsable du projet Benban. « C’est une révolution silencieuse. »
Même les pays sans ressources fossiles s’y mettent. Le Rwanda, par exemple, a inauguré en 2022 une centrale solaire flottante sur le lac Kivu, une première sur le continent.
Une solution pour électrifier les zones rurales
Mais au-delà des mégaprojets, ce sont les installations décentralisées qui transforment le quotidien de millions d’Africains. Dans les zones rurales, où le réseau électrique n’a jamais atteint, les mini-réseaux solaires et les kits domestiques apportent une autonomie inédite.
« Avant, on utilisait des lampes à pétrole. Ça sentait mauvais, c’était dangereux. Maintenant, on a la lumière, on peut recharger nos téléphones, écouter la radio », raconte Josephine, une habitante du nord du Ghana. « Ma fille peut étudier le soir. Ça change tout. »
Selon la Banque africaine de développement, plus de 600 millions de personnes vivent encore sans électricité sur le continent. Le solaire représente une solution rapide, propre et adaptée à cette réalité dispersée.
Des start-up locales comme M-KOPA au Kenya ou Bboxx au Togo proposent des systèmes solaires à paiement mobile, accessibles même aux foyers les plus modestes.
Des emplois et une industrie en plein essor
La transition solaire ne crée pas seulement de l’énergie : elle génère aussi de l’emploi. En 2023, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) estimait que plus de 350 000 personnes travaillaient dans le secteur solaire en Afrique, un chiffre en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente.
« On forme des jeunes à installer, entretenir et réparer les panneaux. C’est un nouveau métier, et il est porteur », explique Fatoumata Sissoko, formatrice dans un centre technique à Bamako. « Beaucoup de nos anciens élèves montent leur propre entreprise. »
Des usines de fabrication de panneaux et de batteries commencent à voir le jour, notamment en Afrique du Sud, au Nigeria et au Rwanda. L’objectif : réduire la dépendance aux importations asiatiques et créer une filière locale durable.
Des défis techniques et politiques à relever
Malgré cet élan, les obstacles restent nombreux. Le financement reste un frein majeur. Les projets solaires nécessitent des investissements initiaux importants, et les taux d’intérêt en Afrique sont souvent élevés.
« Il y a un appétit, mais il faut des garanties, des cadres réglementaires stables », souligne Jean-Michel Ngoma, analyste pour une société d’investissement à Abidjan. « Les gouvernements doivent jouer leur rôle. »
La question du stockage de l’énergie est également cruciale. Sans batteries performantes, l’électricité produite le jour ne peut pas être utilisée la nuit. Or, les batteries coûtent cher et leur production reste limitée sur le continent.
Enfin, certaines régions souffrent encore d’un manque de techniciens qualifiés ou d’infrastructures de transport pour acheminer les équipements.
Vers un leadership africain sur la scène énergétique mondiale ?
Malgré ces défis, un basculement est en cours. L’Afrique n’est plus seulement un marché pour les énergies renouvelables : elle devient un acteur. En témoigne la création, en 2023, de l’Alliance solaire africaine, qui regroupe 25 pays du continent autour d’une vision commune.
« Nous voulons que l’Afrique soit un exportateur net d’énergie propre d’ici 2040 », déclarait récemment la présidente de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat. « C’est une ambition réaliste, et nécessaire. »
Des partenariats se nouent avec l’Europe, l’Inde, la Chine. Des fonds verts sont mobilisés. Et surtout, une nouvelle génération d’entrepreneurs, d’ingénieurs et de décideurs africains s’empare du sujet avec détermination.
Le soleil, longtemps témoin silencieux des inégalités énergétiques, pourrait bien devenir le moteur d’une renaissance africaine. Mais cette lumière suffira-t-elle à éclairer durablement l’avenir d’un continent en pleine mutation ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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