À l’aube, une brume épaisse enveloppe les cimes des arbres, comme un voile protecteur sur l’un des plus grands trésors naturels de la planète. Ici, au cœur du Gabon, la forêt semble respirer. Elle murmure des secrets anciens et offre, à qui sait l’écouter, les clés d’un avenir à la fois prospère et durable.
Un sanctuaire vert au cœur de l’Afrique
Avec près de 88 % de son territoire couvert de forêts, le Gabon est l’un des pays les plus boisés au monde. Cette couverture végétale exceptionnelle abrite une biodiversité foisonnante : gorilles, éléphants de forêt, panthères, plus de 700 espèces d’oiseaux et des milliers de plantes encore inconnues de la science.
Mais au-delà de sa richesse écologique, cette forêt représente un potentiel économique colossal. « C’est notre or vert », affirme Jean-Marc Mba, responsable de la direction des ressources forestières au ministère des Eaux et Forêts. « Pendant longtemps, nous avons exporté des grumes brutes. Aujourd’hui, nous voulons transformer le bois localement, créer de la valeur et des emplois. »
Depuis 2010, une interdiction d’exporter du bois non transformé a été instaurée. Résultat : la filière bois représente désormais plus de 10 % du PIB gabonais et emploie près de 30 000 personnes. Des zones économiques spéciales, comme celle de Nkok près de Libreville, ont vu le jour pour accueillir des dizaines d’entreprises de transformation.
Le pari de la durabilité
Mais exploiter la forêt sans la détruire reste un défi immense. Le Gabon a choisi une voie ambitieuse : celle de la gestion forestière durable. Plus de 60 % des concessions forestières sont aujourd’hui certifiées selon les standards internationaux du FSC (Forest Stewardship Council), un record sur le continent africain.
« Chaque arbre abattu est identifié, répertorié, et remplacé. On ne coupe que ce que la forêt peut régénérer », explique Fatou Ndong, ingénieure forestière dans la province de l’Ogooué-Ivindo. « C’est un travail de précision qui demande du temps, mais c’est le prix à payer pour préserver notre capital naturel. »
Le pays a également mis en place un système de surveillance par satellite pour détecter en temps réel toute activité illégale. Grâce à cet outil, le Gabon a réussi à maintenir un taux de déforestation inférieur à 0,1 % par an, l’un des plus bas au monde.
Un puits de carbone stratégique
Au-delà de ses frontières, la forêt gabonaise joue un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique. En absorbant plus de carbone qu’elle n’en émet, elle constitue un véritable puits de carbone. Selon une étude publiée par Nature en 2021, les forêts du bassin du Congo, dont fait partie le Gabon, capturent chaque année 1,1 milliard de tonnes de CO₂ — soit l’équivalent des émissions annuelles du Japon.
En 2022, le Gabon est devenu le premier pays africain à recevoir un paiement de 17 millions de dollars du Fonds pour la forêt du Bassin du Congo, récompensant ses efforts de réduction des émissions. Un modèle que d’autres pays de la région commencent à suivre.
« Le monde commence à comprendre que préserver la forêt, c’est rendre un service à toute l’humanité », souligne Lee White, ancien ministre gabonais de l’Environnement. « Mais pour que cela fonctionne, il faut que ce service soit rémunéré. »
La forêt, une source d’innovation
Au-delà du bois et du carbone, la forêt gabonaise recèle d’autres ressources insoupçonnées. L’industrie pharmaceutique s’intéresse de près aux plantes médicinales utilisées depuis des siècles par les communautés locales. Le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) a identifié plus de 1 500 espèces aux propriétés thérapeutiques potentielles.
« Nous avons découvert une liane qui présente des effets similaires à ceux de la morphine, mais sans accoutumance », révèle le Dr Sylvain Obiang, chercheur en ethnobotanique. « C’est une révolution en puissance. »
L’écotourisme, encore balbutiant, est également perçu comme un levier de développement. Des parcs nationaux comme celui de Loango, où l’on peut observer des éléphants sur la plage, attirent déjà des voyageurs en quête d’expériences uniques. Le gouvernement ambitionne d’accueillir 200 000 touristes par an d’ici 2030.
Les communautés au cœur du modèle
Mais la réussite de ce modèle repose aussi sur l’implication des populations locales. Dans de nombreux villages, les habitants participent à la gestion des forêts communautaires. Ils sont formés à l’agroforesterie, à la récolte durable du miel, des fruits ou des plantes médicinales.
« Avant, on voyait la forêt comme un obstacle. Aujourd’hui, c’est une alliée », confie Clarisse Mouélé, cheffe du village de Mbanié. « Nos enfants apprennent à la respecter, à en vivre sans la détruire. »
Des ONG locales, comme Brainforest ou Muyissi Environnement, accompagnent ces communautés dans la mise en place de projets économiques viables. L’objectif : faire de la forêt un levier d’émancipation et non un fardeau.
Un modèle fragile mais porteur d’espoir
Le chemin reste semé d’embûches. La pression foncière, les ambitions minières, les besoins en infrastructures menacent cet équilibre fragile. Mais le Gabon persiste, convaincu que l’avenir passe par une alliance entre nature et développement.
« Ce que nous faisons ici est unique », affirme Stéphane Nguema, conseiller au ministère de l’Économie. « Nous voulons prouver qu’un pays africain peut bâtir sa prospérité en protégeant ses forêts, pas en les détruisant. »
Alors que le monde cherche des solutions face à la crise climatique, le Gabon trace une voie singulière, entre racines profondes et ambitions nouvelles. Et si la forêt n’était pas seulement un patrimoine à préserver, mais la clé d’un nouveau modèle économique pour l’Afrique ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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