Au pied des monts de l’Atlas, dans la chaleur sèche d’une fin d’après-midi, un jeune entrepreneur regarde les lignes d’assemblage de son usine de panneaux solaires flambant neuve. “L’Algérie change, doucement, mais sûrement”, murmure-t-il. Ce changement, c’est celui d’un pays longtemps dépendant de ses hydrocarbures, qui tente aujourd’hui de réécrire son avenir économique. La diversification n’est plus une option. C’est une nécessité vitale.
Un modèle fondé sur le pétrole à bout de souffle
Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie a bâti son économie sur les exportations d’hydrocarbures. Le pétrole et le gaz représentent encore aujourd’hui près de 93 % des recettes d’exportation et plus de 40 % du budget de l’État. Un modèle qui a permis de financer des infrastructures, des subventions massives et des services publics, mais qui montre désormais ses limites.
La chute brutale des prix du pétrole en 2014 a été un électrochoc. Les réserves de change, qui dépassaient 200 milliards de dollars en 2014, sont tombées à moins de 60 milliards en 2023. “On a trop longtemps cru que le pétrole coulerait éternellement”, confie Mourad, ancien cadre du ministère de l’Énergie. “Mais le monde change. Et nous devons changer avec lui.”
Les experts s’accordent : la dépendance au pétrole rend l’économie vulnérable aux chocs extérieurs. Et face à l’épuisement progressif des gisements, le pays doit impérativement trouver d’autres relais de croissance.
Une volonté politique affirmée, mais tardive
Ce n’est qu’à partir de 2020 que l’État algérien a commencé à afficher une volonté claire de diversification. Le Plan d’action du gouvernement pour la relance économique, adopté cette année-là, mise sur l’agriculture, les énergies renouvelables, le numérique, l’industrie manufacturière et le tourisme.
Le président Abdelmadjid Tebboune l’a martelé : “Nous devons sortir de la dépendance aux hydrocarbures. L’Algérie a un potentiel immense dans d’autres secteurs.” Des zones industrielles ont été relancées, des incitations fiscales mises en place, et un nouveau code de l’investissement adopté en 2022 pour attirer les capitaux étrangers.
Mais les défis restent immenses. La bureaucratie, la corruption, le manque d’infrastructures logistiques et la faiblesse du système bancaire freinent encore l’élan. “Le discours est là, mais sur le terrain, tout avance lentement”, regrette Samira, cheffe d’entreprise dans l’agroalimentaire à Oran.
Le réveil de l’agriculture et de l’agro-industrie
Avec plus de 8 millions d’hectares de terres arables et un climat varié, l’Algérie possède un potentiel agricole considérable. Pourtant, elle importe encore plus de 70 % de ses besoins alimentaires. Une aberration que le gouvernement veut corriger.
Depuis 2021, des programmes de soutien ciblent les filières stratégiques : blé dur, lait, dattes, olives. Dans le sud, des projets de mise en valeur de terres sahariennes émergent. “Nous avons transformé 300 hectares de désert en vergers”, se félicite Abdelkader, agriculteur dans la région d’El Oued. “Avec l’irrigation au goutte-à-goutte et les serres, on peut produire toute l’année.”
L’agro-industrie suit le mouvement. Des laiteries, conserveries et unités de transformation de fruits voient le jour. En 2023, les exportations agroalimentaires ont franchi la barre symbolique du milliard de dollars. Une première.
Le pari des énergies renouvelables
Avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an dans certaines régions, l’Algérie est l’un des pays les plus ensoleillés du monde. Pourtant, l’énergie solaire ne représente qu’une fraction infime de son mix énergétique.
Le plan “Solar 1000 MW”, lancé en 2021, prévoit de construire un gigawatt de capacité solaire d’ici 2025. Des appels d’offres ont été lancés, des partenariats signés avec des entreprises chinoises, turques et européennes. À Ouargla, une centrale solaire pilote alimente déjà 20 000 foyers.
“Le solaire est notre avenir”, affirme Nadia, ingénieure dans une start-up d’énergie verte à Alger. “Non seulement pour notre consommation intérieure, mais aussi pour exporter de l’électricité vers l’Europe.”
Le potentiel est colossal : selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Algérie pourrait produire 10 fois sa consommation actuelle rien qu’avec le solaire. Encore faut-il investir massivement dans les réseaux et la formation.
Le numérique, une jeunesse en quête d’opportunités
Avec une population jeune – plus de 60 % ont moins de 30 ans – et un taux de pénétration Internet dépassant 75 %, l’Algérie dispose d’un vivier exceptionnel pour l’économie numérique. Les start-ups se multiplient dans les domaines de la fintech, de l’e-commerce, de la santé connectée.
Le programme “Algeria Startup Challenge”, lancé en 2020, a déjà soutenu plus de 300 projets innovants. Le fonds d’investissement public “Algerian Startup Fund” dispose d’une enveloppe de 1,2 milliard de dinars pour accompagner les jeunes pousses.
“On n’attend plus l’État. On crée nos propres solutions”, affirme Rania, fondatrice d’une application de livraison à Constantine. “Mais on a besoin d’un cadre juridique stable et d’accès au financement.”
Le gouvernement a promis un “code du numérique” pour 2024, mais les lenteurs administratives et le contrôle des changes compliquent encore les levées de fonds et les partenariats internationaux.
Tourisme : une perle encore sous-exploitée
Des dunes du Sahara aux ruines romaines de Timgad, en passant par les plages de Jijel et les kasbahs millénaires, l’Algérie possède un patrimoine naturel et culturel d’une richesse inouïe. Pourtant, le pays attire à peine 3 millions de touristes par an, contre plus de 10 millions pour son voisin tunisien.
Les causes sont connues : manque d’infrastructures hôtelières, procédures de visa complexes, sécurité perçue comme incertaine. Mais les choses évoluent. En 2023, l’Algérie a lancé un visa électronique pour certaines nationalités et investi dans la rénovation de sites historiques.
“Les touristes qui viennent sont émerveillés”, raconte Yacine, guide à Ghardaïa. “Mais il faut qu’ils puissent venir plus facilement, et qu’on leur offre un vrai service.”
Le tourisme saharien, culturel et écologique pourrait devenir un levier majeur de diversification, à condition de lever les blocages logistiques et administratifs. Des investisseurs émiratis, turcs et qatariens s’y intéressent déjà.
La diversification économique de l’Algérie est en marche. Lentement, parfois douloureusement, mais avec une énergie nouvelle portée par une jeunesse ambitieuse et des ressources inexploitées. Reste à savoir si le pays saura transformer l’essai à temps, avant que le pétrole ne cesse définitivement de couler. Et si, dans le désert algérien, c’est bien le soleil qui éclairera l’avenir.

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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