Le Nigeria reçoit à lui seul 92,1 milliards de dollars de cryptomonnaies par an — près du triple de l’Afrique du Sud, deuxième marché du continent. Au total, l’Afrique subsaharienne a encaissé 205 milliards $ en douze mois, une hausse de 52 % qui en fait la troisième région crypto à la croissance la plus rapide au monde. Les Afriques a classé les pays africains selon le Global Crypto Adoption Index 2025 de Chainalysis, la référence mondiale de mesure de l’usage réel des cryptomonnaies.
Méthodologie
Le classement repose sur le Global Crypto Adoption Index 2025 de Chainalysis (relevés du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025). L’index classe 151 pays selon quatre sous-indices — valeur reçue sur les services centralisés par les particuliers, valeur reçue sur les services centralisés (tous acteurs), activité en finance décentralisée (DeFi) et activité institutionnelle — chacun pondéré par la population et le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat. Plus le rang est proche de 1, plus l’adoption est forte relativement au pays.

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Ces données mesurent des transactions on-chain réelles, pas des intentions déclarées. Elles comportent une marge d’incertitude : une partie du trafic peut transiter par des VPN, ce qui fausse l’attribution géographique. Les chiffres de détenteurs cités proviennent du Policy Center for the New South (PCNS), qui a recensé 55,3 millions de détenteurs dans 33 pays africains.
Le classement des pays africains
Cinq pays africains figurent dans le top 40 mondial. Voici leur position et leur rang dans chaque sous-indice (rang mondial sur 151 pays) :
| Pays | Rang mondial | Particuliers | Centralisé | DeFi | Institutionnel |
|---|---|---|---|---|---|
| Nigeria | 6 | 7 | 8 | 3 | 8 |
| Éthiopie | 12 | 16 | 19 | 7 | 20 |
| Kenya | 25 | 22 | 21 | 32 | 21 |
| Afrique du Sud | 28 | 23 | 25 | 39 | 26 |
| Ouganda | 37 | 47 | 44 | 17 | 42 |
Source : Chainalysis, Global Crypto Adoption Index 2025 (rangs mondiaux sur 151 pays).
Les cinq pays qui tirent le continent
1. Nigeria — l’économie crypto la plus active d’Afrique
Le Nigeria domine de loin : 92,1 milliards $ reçus en douze mois, près du triple de l’Afrique du Sud. Il concentre 40,5 % des détenteurs de cryptomonnaies du continent, soit environ 22 millions de personnes. Son rang DeFi (3e mondial) est le plus remarquable : les Nigérians n’achètent pas seulement du bitcoin, ils utilisent massivement les protocoles décentralisés. Le moteur est structurel : inflation persistante du naira et difficulté d’accès aux devises étrangères poussent vers les stablecoins adossés au dollar. En mars 2025, une dévaluation soudaine du naira a provoqué un pic à près de 25 milliards $ de volume mensuel dans la région.
2. Éthiopie — la surprise du classement
L’Éthiopie, 12e mondiale, est le deuxième pays africain le mieux classé — devant des marchés plus souvent cités. Son rang DeFi (7e mondial) signale une activité décentralisée intense rapportée à la taille de l’économie. Un contrôle des changes strict et une population jeune et connectée expliquent en partie ce dynamisme, moins médiatisé que celui du Nigeria.
3. Kenya — l’adoption portée par le mobile money
Le Kenya, 25e mondial, compte environ 6 millions de détenteurs. Son écosystème M-Pesa, pionnier du mobile money, a préparé le terrain : une population déjà habituée à gérer de l’argent par téléphone bascule naturellement vers la crypto. L’usage y est surtout tourné vers les transferts et les paiements transfrontaliers.
4. Afrique du Sud — le marché le plus régulé
L’Afrique du Sud, 28e mondiale, se distingue par sa maturité institutionnelle : des centaines de fournisseurs de services d’actifs virtuels y sont déjà licenciés. Le marché sud-africain voit une forte part de transactions de gros montants, souvent portées par l’arbitrage. Les institutions — banques comprises — y développent des offres de conservation et d’émission de stablecoins. C’est le cadre réglementaire le plus avancé du continent.
5. Ouganda — l’outsider
L’Ouganda, 37e mondial, complète le top 5. Son rang DeFi (17e) contraste avec un rang retail plus modeste (47e) : l’activité y est plus concentrée sur des utilisateurs avancés que sur le grand public.
Pourquoi l’Afrique se tourne vers la crypto
Trois chiffres résument le mouvement. D’abord, 8 % des transferts de la région sont inférieurs à 10 000 $, contre 6 % dans le reste du monde : l’adoption est portée par les particuliers, pas par la spéculation de gros. Ensuite, +52 % de valeur reçue en un an : l’Afrique subsaharienne est la troisième région à la croissance la plus rapide, derrière l’Asie-Pacifique (+69 %) et l’Amérique latine (+63 %). Enfin, les stablecoins adossés au dollar servent de rail de règlement pour les flux commerciaux entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie — des transferts de plusieurs millions de dollars qui contournent une infrastructure bancaire lente et coûteuse.
Concrètement, la crypto répond à trois besoins que le système financier classique couvre mal sur le continent : se protéger de l’inflation et de la dévaluation (stablecoins), transférer de l’argent à moindre coût (diaspora), et accéder à des services financiers quand on n’a pas de compte bancaire — plus de la moitié des adultes d’Afrique subsaharienne restent non bancarisés.
« Le Nigeria a reçu 92,1 milliards de dollars de cryptomonnaies en un an — près du triple de l’Afrique du Sud — et l’Afrique subsaharienne a encaissé 205 milliards $, +52 % sur un an, selon Chainalysis (2025). »
— Les Afriques, données Chainalysis
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Questions fréquentes
Pourquoi le Nigeria est-il si haut dans le classement ?
Parce que l’inflation du naira et les restrictions d’accès aux devises poussent des millions de Nigérians vers les stablecoins adossés au dollar, utilisés comme réserve de valeur et moyen de paiement. La taille de la population jeune et connectée amplifie le phénomène.
Ces chiffres mesurent-ils les achats de bitcoin ou tout l’usage crypto ?
Tout l’usage : l’index de Chainalysis agrège la valeur reçue sur les plateformes centralisées (particuliers et institutions) et l’activité DeFi, pondérée par la richesse du pays. Les stablecoins, utilisés pour les transferts et l’épargne, pèsent plus lourd que le seul bitcoin dans ces volumes.
L’Afrique du Sud est-elle en avance sur le Nigeria ?
Non, sur l’adoption globale le Nigeria devance largement (6e contre 28e mondial). Mais l’Afrique du Sud est en avance sur la régulation : son cadre légal et ses centaines de fournisseurs licenciés en font le marché le plus mature du continent pour les acteurs institutionnels.
Peut-on acheter de la crypto dans tous ces pays ?
L’accès dépend de la réglementation locale et des plateformes disponibles dans chaque pays. Les volumes mesurés par Chainalysis reflètent l’usage effectif des résidents, quelle que soit la plateforme utilisée. Vérifiez toujours la disponibilité légale d’une plateforme dans votre pays de résidence avant de vous inscrire. Pour un guide pratique par pays (plateformes, méthodes de paiement, réglementation), consultez notre article acheter de la crypto en Afrique. Binance, la plus grande plateforme d’échange au monde, est disponible dans la plupart des pays africains.
Source : Chainalysis, The 2025 Geography of Cryptocurrency Report (juillet 2024 – juin 2025) ; Policy Center for the New South. Données indicatives, susceptibles d’être révisées. Ce contenu ne constitue pas un conseil en investissement.

Moussa D.
Rédacteur en chef de lesafriques.com. Journaliste économique formé à Tunis, il définit la ligne éditoriale et relit chaque article avant publication. Il veille à ce que chaque chiffre soit sourcé, vérifié et daté, conformément à la méthodologie du site.
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