Quatrième économie d’Afrique et troisième exportateur de gaz naturel vers l’Europe, l’Algérie a engagé depuis 2020 une réorientation volontariste de sa politique d’investissement. Suppression de la règle 51/49 hors secteurs stratégiques, nouvelle loi sur l’investissement, guichet unique et refonte du cadre des hydrocarbures : le message adressé aux investisseurs étrangers, et en particulier à la diaspora française, est un appel à produire localement plutôt qu’à importer. Voici ce que disent les chiffres de 2025 et 2026, et ce qu’un investisseur depuis la France doit savoir avant de s’engager.
Pourquoi l’Algérie attire les investisseurs
L’Algérie est le plus vaste pays d’Afrique, avec 2,38 millions de km², et l’une des quatre grandes économies du continent aux côtés du Nigeria, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud. Selon le Fonds monétaire international (FMI), son PIB mesuré en parité de pouvoir d’achat devrait atteindre 915 milliards de dollars en 2026, la plaçant au 39e rang mondial.
L’économie demeure tirée par les hydrocarbures, qui représentent environ 95 % des exportations et la majorité des recettes budgétaires. Les exportations de pétrole et de gaz ont totalisé 45,2 milliards de dollars en 2024. Cette rente finance des réserves de change estimées autour de 70 milliards de dollars fin 2024 et une dette extérieure très faible, de l’ordre de 1,5 % du PIB.
Le marché intérieur constitue un deuxième atout. Avec près de 48 millions d’habitants, une population jeune — l’âge médian est de 28,8 ans — et une urbanisation de 74,8 %, la demande intérieure progresse. La diaspora algérienne en France, l’une des plus importantes d’Europe, joue un rôle moteur : transferts de fonds, création d’entreprises et partenariats commerciaux avec le pays d’origine.
L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a enregistré 21 157 projets depuis novembre 2022, pour un montant déclaré de 629 milliards de dinars, soit près de 70 milliards de dollars. Seule une partie se matérialise toutefois en transferts effectifs. La diversification avance, mais lentement. La croissance hors hydrocarbures a atteint 5,3 % au deuxième trimestre 2025, portée par l’industrie (+6,4 %), le commerce (+6,7 %) et l’agriculture (+4,5 %), selon l’Office national des statistiques (ONS).
Chiffres clés 2026
| Indicateur | Valeur | Année / source |
|---|---|---|
| PIB nominal | Environ 270 à 300 milliards de dollars | 2025-2026 (FMI, loi de finances) |
| Croissance du PIB | 3,0 à 3,7 % en 2025 ; 2,5 à 3 % attendus en 2026 | FMI, Banque mondiale |
| Flux d’IDE | 1,43 milliard de dollars (2024) ; environ 1,5 milliard en 2025 | CNUCED, Banque d’Algérie |
| Population | 47,4 millions (2025) ; 48 millions (2026) | ONU, Worldometer |
| Monnaie | Dinar algérien (DZD), environ 130 DZD pour 1 dollar au taux officiel | Banque d’Algérie |
| Règle 51/49 | Supprimée hors secteurs stratégiques ; maintenue pour les secteurs stratégiques et l’importation en revente | Loi 22-18, décret 21-145 |
Le PIB nominal varie selon les sources : le FMI l’estime autour de 269 milliards de dollars en 2025 et au-delà de 285 milliards en 2026, tandis que la loi de finances algérienne table sur 279 milliards en 2025 puis 301 milliards en 2026. La croissance réelle, révisée à 3,7 % par le FMI pour 2025, resterait solide mais en léger ralentissement en 2026. L’inflation, revenue sous 4 %, et le chômage, autour de 9,7 %, complètent un tableau macroéconomique honorable mais dépendant du baril.
Les secteurs porteurs
Énergie et hydrocarbures
Les hydrocarbures restent le cœur de l’économie. Sonatrach prévoit d’investir 40 milliards de dollars entre 2022 et 2026 dans l’exploration, la production et le raffinage. La loi hydrocarbures de 2019 a assoupli les conditions fiscales et contractuelles pour attirer les compagnies internationales : des mémorandums d’entente ont été signés avec Eni, TotalEnergies et Equinor. L’Algérie a exporté 9,4 millions de tonnes de GNL en 2024, dont 87 % vers l’Europe.
Énergies renouvelables
L’Algérie vise 15 GW de capacités solaires et éoliennes d’ici 2035. Une première tranche de 3,2 GW est en cours de déploiement dans le Sud et les Hauts-Plateaux, et la deuxième phase (11,8 GW) représente un besoin d’investissement estimé à près de 9,8 milliards de dollars d’ici 2035. Le pays produit encore plus de 99 % de son électricité à partir du gaz : le marché s’ouvre aux développeurs solaires, souvent via des consortiums associant des groupes chinois, européens et Sonelgaz.
Agriculture et agroalimentaire
L’agriculture a progressé de 4,5 % au deuxième trimestre 2025. L’État veut réduire une facture alimentaire encore lourde et encourage la transformation locale — céréales, lait, viandes, fruits et légumes. Les investissements dans l’irrigation, le machinisme et l’agro-industrie bénéficient des incitations de la loi 22-18, notamment des exonérations fiscales et des concessions foncières.
Industrie, pharmacie et technologie
Le secteur industriel a crû de 6,4 % au deuxième trimestre 2025. La production pharmaceutique locale est une priorité affichée, avec une obligation croissante de fabriquer sur place. Dans la tech, les startups et services numériques se développent à Alger et Oran, portés par une diaspora qualifiée et des investissements dans les centres de données.
Comment investir depuis la France
Le texte de référence est la loi n° 22-18 du 24 juillet 2022 relative à l’investissement. Hors secteurs stratégiques, un investisseur étranger peut détenir jusqu’à 100 % d’une société de droit algérien, sans obligation de partenaire local.
La règle 51/49 en 2026
La règle des 51 %/49 % n’est plus la règle générale de l’investissement étranger. Elle ne subsiste que dans deux cas : les secteurs stratégiques — énergie, mines, défense, transport, infrastructures, pharmacie et engrais — et l’importation de biens destinés à la revente en l’état. Instaurée par la loi de finances complémentaire 2009, la règle a été supprimée en 2020 pour l’ensemble des nouveaux projets non stratégiques. Dans les cas où elle demeure, un actionnaire national résident doit détenir 51 % du capital. Une cession de parts au profit d’un étranger dans un secteur stratégique est en outre soumise à autorisation préalable, encadrée par le décret exécutif 25-304 du 16 novembre 2025.
Création d’entreprise et apports en devises
L’investisseur français peut créer une SARL, une société par actions (SPA) ou une succursale. Les apports en devises doivent être déclarés et enregistrés auprès de la Banque d’Algérie : c’est la condition pour bénéficier de la garantie de transfert des capitaux et des revenus (article 8 de la loi 22-18). Le financement d’origine étrangère doit représenter au moins 25 % du coût total du projet pour ouvrir droit à cette garantie.
Rapatriement des capitaux et fiscalité
Le transfert des dividendes vers la France est légal mais encadré par le règlement 05-03 de la Banque d’Algérie. Les dividendes versés à un non-résident supportent une retenue à la source libératoire de 15 %, après paiement de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS), dont le taux varie de 19 % à 26 % selon l’activité. Les bénéfices réinvestis et déclarés transférables sont admis comme apports extérieurs.
Import-export et immobilier
L’importation pour revente en l’état impose la règle 51/49 et est exclue de la garantie de transfert, sauf effort d’investissement significatif validé par la Banque d’Algérie. L’investissement immobilier résidentiel reste largement réservé, mais l’acquisition d’actifs productifs — usines, entrepôts, foncier industriel — est possible via les concessions de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et les zones industrielles.
Les risques à connaître
Réglementation changeante et bureaucratie
Les opérateurs signalent des lois et règlements qui évoluent fréquemment, des procédures douanières complexes et une bureaucratie lourde. Le département d’État américain souligne que l’opacité de la décision publique et la lenteur des dossiers élèvent le risque commercial, et que les litiges peuvent durer des années.
Contrôle des changes et change parallèle
Le dinar n’est pas librement convertible. La Banque d’Algérie contrôle strictement les flux de devises et applique des seuils stricts (participation minimale, apports en equity, réinvestissements). Un marché parallèle important coexiste avec le taux officiel, et toute sortie de fonds doit être dûment justifiée, sous peine de blocage.
Règle 51/49 dans les secteurs stratégiques
Dans l’énergie, les mines ou les infrastructures, l’obligation de ne détenir que 49 % au maximum dissuade certains groupes, pour des raisons de contrôle financier et de protection de la propriété intellectuelle. Le projet de loi minière portant la participation étrangère de 49 % à 80 % n’était pas encore en vigueur à la mi-2025.
Dépendance aux hydrocarbures et accès au commerce mondial
L’économie reste exposée aux prix du pétrole et du gaz : une baisse du baril réduit directement les recettes budgétaires. L’Algérie n’est pas membre de l’Organisation mondiale du commerce et applique des restrictions aux importations, ce qui complique l’intégration aux chaînes d’approvisionnement internationales.
Questions fréquentes
Un investisseur français peut-il détenir 100 % d’une société en Algérie ?
Oui, dans les secteurs non stratégiques, depuis la suppression de la règle 51/49 en 2020 et la loi 22-18 de 2022. Dans les secteurs stratégiques et l’importation en revente, un partenaire algérien doit détenir 51 % du capital.
Peut-on rapatrier ses bénéfices d’Algérie vers la France ?
Oui, si l’investissement a été financé par des apports en devises déclarés à la Banque d’Algérie et si la part étrangère représente au moins 25 % du coût du projet. Les dividendes subissent une retenue à la source de 15 %.
Quel est le taux de change du dinar algérien ?
Environ 130 dinars pour 1 dollar au taux officiel en 2026, mais un marché parallèle applique une parité sensiblement moins favorable. Toutes les opérations légales de rapatriement se font au taux officiel.
Pour aller plus loin : découvrez notre guide complet pour investir en Afrique (6 pays comparés).

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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