Le continent africain ne relèvera le pari de la transition écologique qu’en mobilisant activement financements publics et financements privés. De nombreux secteurs sont demandeurs, comme les infrastructures, l’énergie, le transport ou l’agriculture. Si les enjeux sont de taille, les solutions sont là pour y répondre.
L’Afrique n’est pas un continent comme les autres. Elle est la plus touchée par les impacts du réchauffement climatique – les grands inondations actuelles au Mozambique sont là pour le rappeler –, elle est aussi celui qui a le plus besoin de financements structurels massifs. Face à l’urgence à agir pour mettre en place efficacement une transition écologique efficace, les solutions sont là. À condition de mobiliser à la fois les acteurs publics et les institutions financières privées.
Les fonds publics mobilisés, mais insuffisants
En matière de transition écologique, le « la » a été donné par l’Union africaine (UA) avec sa Stratégie et Plan d’action sur le changement climatique et le développement résilient (2022–2032) dont l’objectif initial était de servir de feuille de route à toutes les autres institutions du continent. Le cadre et les axes d’intervention stratégiques sont clairs, et pointent évidemment la nécessité d’améliorer les flux financiers et la mobilisation des ressources en faveur de la transition écologique.
À l’échelle continentale, plusieurs grands plans sont déjà à l’œuvre. La Stratégie décennale 2024-2033 de la Banque africaine de développement (AfDB) se veut être un instrument essentiel et complet pour la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité. Selon Caroline Kende-Robb, directrice principale du Département de la stratégie et des politiques opérationnelles à l’AfDB, cette stratégie « vise à mobiliser le financement climatique à une échelle et à une vitesse suffisantes grâce aux ressources, aux partenariats et aux engagements pris pour faire progresser les chaînes de valeur de l’économie verte. Elle se fera en tirant parti du potentiel de l’Afrique dans les domaines des énergies renouvelables, de l’agriculture intelligente, du transport durable, de la gestion des déchets, de la gestion de l’eau, de l’échange de crédits de carbone et d’autres secteurs intelligents sur le plan du climat ». Cette stratégie publique souligne notamment l’urgence de mobiliser les investissements du secteur privé, en renforçant les partenariats entre acteurs de la finance privée et les banques multilatérales de développement.
Les financements publics africains sont en effet mobilisés. Dès 2024, l’AfDB a engagé 5,5 milliards de dollars dans des projets liés au changement climatique et à la transition écologique, dont 56% pour des projets d’adaptation et 44% pour des projets d’atténuation. La Banque africaine de développement a ainsi pioché dans ses ressources internes et compte également sur la mobilisation d’autres institutions publiques comme le Fonds africain de développement (FAD), le Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA), le Fonds spécial ClimDev-Afrique, le Fonds pour l’énergie durable en Afrique (FEDA), le Fonds vert pour le climat (FVC) ou encore les Fonds d’investissement climatiques (FIC).
Le temps presse, car les fonds annoncés ne sont pas encore à la hauteur des enjeux. « L’un des principaux obstacles est l’énorme déficit de financement auquel est confronté le programme de transition écologique de l’Afrique, estime Damilola S. Olawuyi, professeur et titulaire chaire de UNESCO en droit de l’environnement et développement durable à l’Université Hamad Bin Khalifa au Qatar. Le Groupe africain de négociateurs (AGN) sur le changement climatique réclamant 1300 milliards de dollars par an pour financer le développement lié au climat sur tout le continent, il est évident que le programme de transition écologique de l’Afrique nécessitera de mobiliser à la fois des capitaux publics et privés. »
Des financements privés à mobiliser urgemment
Le monde de la finance privée est quant à lui très attentif aux différents enjeux auxquels font face les pays africains, pays qui sont d’ailleurs très demandeurs à la fois de financements externes mais aussi d’accompagnement et de gestion de projets sur le long terme. Dans le domaine des infrastructures durables, les défis sont nombreux. Le développement des énergies renouvelables, l’agriculture climato-intelligente, la mobilité urbaine décarbonée, les grandes infrastructures de transport et la gestion des ressources sont autant de secteurs où les grandes agglomérations africaines sont en train de faire leur mue. Au centre de la stratégie des décideurs politiques locaux : le recours aux partenariats publics-privés (PPP).
Plusieurs fonds et entreprises étrangères ont déjà répondu à l’appel des pouvoirs publics africains. C’est le cas notamment de l’une des références du marché en termes de PPP, l’entreprise française Meridiam. Avec un milliard de dollars d’actifs sous gestion en 2025 sur le continent africain, elle a réussi là où d’autres ont échoué : s’inscrire sur le temps long. Sa stratégie est résolument tournée vers le développement d’infrastructures résilientes, vers la réduction des émissions de gaz à effet de serre et vers l’amélioration de la biodiversité et du cadre de vie des habitants. Aujourd’hui, Meridiam gère des projets dans dix pays d’Afrique (Égypte, Togo, Tanzanie, Sénégal, Kenya, Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar, Éthiopie et Mauritanie). « Compte tenu de notre présence conséquente sur tout le continent, explique Mete Saraçoğlu, directeur Afrique chez Meridiam, nous avons une vision très claire des besoins locaux, que ce soit à travers les appels d’offres auxquels nous répondons ou via nos échanges avec les autorités locales. Le concept de partenariat public-privé, c’est comme un mariage de 25 ou 30 ans, puisque c’est généralement la durée sur laquelle nous allons investir sur un projet. La clé de la réussite réside précisément dans le fait d’associer les gouvernements au développement des projets, y compris en termes de participation au capital. »
Cette réussite ne se mesure pas qu’à l’aune de leur performance financière. Tous les critères extra financiers sont essentiels, notamment en termes de services rendus pour les usagers. L’un des projets-phare de Meridiam – le nouveau système de bus électriques à Dakar, le BRT – est là pour prouver que finance durable et développement des infrastructures peuvent faire bon ménage. Mais voir aboutir un projet n’est pas chose aisée. Selon Meridiam, 80% des projets potentiels n’atteignent pas l’étude de faisabilité, et 50% des études de faisabilité réalisées n’atteignent pas l’étape de bouclage du financement. À cause d’un manque de coordination des écosystèmes politico-économiques et de conditions macro-économiques comme l’inflation ou les taux directeurs. « La mise en œuvre des projets en Afrique est parfois complexe, longue et fastidieuse, souligne Mete Saraçoğlu. Certains projets n’aboutissent pas, mais nous nous positionnons sur le long terme avec de réelles capacités d’accompagnement des États sur ces projets. Nous nous appuyons pour cela sur toutes les banques de développement intéressées, et sur tous les investisseurs potentiels pour contribuer à nos côtés. » Malgré les obstacles structurels de l’investissement en Afrique, Meridiam compte doubler ses investissements sur le continent.
Le continent africain concentre aujourd’hui à la fois l’urgence climatique et une partie des solutions. Si les cadres stratégiques existent et si les capitaux publics sont mobilisés, la réussite de la transition écologique dépendra largement de la capacité des investisseurs privés à s’engager sur le long terme, aux côtés des États. Un pari complexe, mais incontournable pour bâtir les infrastructures durables dont le continent a besoin.

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.















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