Dans les collines verdoyantes du plateau de Danyi, au sud-ouest du Togo, une brume légère flotte au-dessus des champs de manioc et de caféiers. Ici, loin des grandes villes et des projecteurs médiatiques, une révolution silencieuse est en marche. Une révolution verte, portée par des communautés rurales, des scientifiques engagés et des jeunes entrepreneurs convaincus que l’avenir de l’environnement africain pourrait bien commencer ici, dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.
Un territoire discret, mais stratégique
Le Togo ne figure pas souvent en tête des classements mondiaux sur l’environnement. Pourtant, ce pays de 8,5 millions d’habitants possède une diversité écologique remarquable : savanes, forêts tropicales, zones côtières, mangroves… un condensé d’écosystèmes en seulement 57 000 km².
« Le Togo est un laboratoire à ciel ouvert », affirme Dr. Kossi Agbényéga, écologue à l’Université de Lomé. « Sa petite taille permet de tester rapidement des politiques environnementales et d’en observer les effets sur le terrain. »
Depuis une décennie, le gouvernement togolais a multiplié les initiatives : interdiction des sachets plastiques en 2011, reboisement massif, création de zones protégées, et plus récemment, des investissements dans les énergies renouvelables.
Résultat : le Togo est aujourd’hui l’un des rares pays africains à produire plus de 50 % de son électricité à partir de sources renouvelables, notamment grâce à la centrale solaire de Blitta, la plus grande d’Afrique de l’Ouest avec ses 136 000 panneaux photovoltaïques.
Une jeunesse qui refuse de rester spectatrice
Dans les rues de Lomé, la capitale, une nouvelle génération fait entendre sa voix. Étudiants, artistes, développeurs… tous veulent participer à la transformation écologique du pays.
« On ne peut plus attendre que les solutions viennent d’ailleurs », lance Aïcha Mensah, 27 ans, fondatrice de GreenTogo, une start-up qui transforme les déchets organiques en compost. « Nous avons les idées, l’énergie, et surtout, l’urgence. »
Chaque mois, des hackathons environnementaux réunissent des dizaines de jeunes autour de problèmes concrets : pollution de l’eau, déforestation, gestion des déchets. En 2023, plus de 300 projets ont été soumis dans le cadre du concours national Éco-Innovation.
Certains projets ont déjà un impact tangible. À Kara, au nord du pays, une coopérative de jeunes femmes a mis en place un système de filtration d’eau à base de charbon actif local. En moins d’un an, 12 villages ont vu leur taux de maladies hydriques chuter de 40 %.
Des forêts qui renaissent de leurs cendres
Entre 1990 et 2010, le Togo a perdu près de 40 % de sa couverture forestière, selon la FAO. Une hémorragie due à l’agriculture sur brûlis, au bois de chauffe et à l’exploitation illégale.
Mais depuis 2015, un ambitieux programme de reboisement a vu le jour. Chaque 1er juin, à l’occasion de la Journée nationale de l’arbre, des millions de Togolais plantent des arbres. En 2023, plus de 10 millions de plants ont été mis en terre.
« Ce n’est pas qu’un geste symbolique », explique Yawo Dossou, ingénieur forestier à Kpalimé. « Nous accompagnons les communautés sur plusieurs années, avec des formations, des semences adaptées, et un suivi technique. »
Dans certaines zones, la forêt revient. À Agou, des parcelles qui ressemblaient à des champs de cendres il y a dix ans sont aujourd’hui couvertes de jeunes tecks et d’acacias. Les oiseaux reviennent, les sols retiennent mieux l’eau, et les agriculteurs voient leurs rendements augmenter.
Les défis de l’urbanisation galopante
Mais tout n’est pas vert. À Lomé, la population a doublé en vingt ans. Les quartiers périphériques s’étendent sans planification, les déchets s’accumulent, les inondations se multiplient.
« L’environnement urbain est notre plus grand défi », reconnaît Françoise Améganvi, urbaniste à la mairie de Lomé. « Il faut concilier croissance démographique, développement économique et durabilité. »
Des projets pilotes émergent : éco-quartiers, jardins urbains, recyclerie communautaire… mais les moyens manquent. En 2022, le budget alloué à l’environnement représentait moins de 1 % du budget national.
Les ONG comblent en partie ce vide. L’association Terre Verte, par exemple, a mis en place un système de tri et de collecte des déchets dans trois quartiers de Lomé, avec la participation des habitants. En un an, plus de 120 tonnes de déchets ont été valorisées.
Une agriculture à la croisée des chemins
Au Togo, plus de 60 % de la population vit de l’agriculture. Mais les sols s’épuisent, les pluies deviennent imprévisibles, et les rendements stagnent.
« Le changement climatique est déjà là », affirme Komlan Kpodo, cultivateur à Sokodé. « On ne peut plus compter sur les saisons comme avant. »
Face à cela, certains agriculteurs expérimentent l’agroécologie : rotation des cultures, compost naturel, haies vives, associations végétales. Les résultats sont encourageants : hausse des rendements, réduction de l’érosion, meilleure résilience face aux sécheresses.
Des centres de formation, comme celui de Tchébébé, forment chaque année des centaines de paysans aux techniques durables. Le bouche-à-oreille fait le reste.
« Quand mon voisin a doublé sa récolte de maïs sans engrais chimique, j’ai voulu comprendre », sourit Aminata, une agricultrice de 38 ans. « Aujourd’hui, je forme à mon tour d’autres femmes. »
Un pays qui attire l’attention internationale
Ces dernières années, le Togo a commencé à attirer des regards venus de loin. En 2021, le pays a été sélectionné pour participer à l’initiative AFR100, un programme panafricain visant à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030.
Des bailleurs internationaux, comme la Banque mondiale ou le Fonds vert pour le climat, soutiennent désormais des projets environnementaux au Togo. En 2023, un financement de 30 millions de dollars a été accordé pour renforcer la résilience côtière face à l’érosion marine.
« Le Togo est devenu un terrain d’expérimentation pour les solutions climatiques en Afrique », estime Marie-Laure Delmas, experte en développement durable à l’AFD. « Ce qui fonctionne ici pourrait être répliqué ailleurs. »
Mais la réussite dépendra aussi de la capacité du pays à maintenir ses engagements, à impliquer ses citoyens, et à résister aux pressions économiques à court terme.
Alors, le Togo peut-il vraiment devenir un modèle environnemental pour l’Afrique ? Ou n’est-ce qu’un mirage dans un paysage encore fragile ? La réponse se joue peut-être, en ce moment même, dans un champ de manioc, un quartier périphérique, ou une salle de classe. Et si l’avenir de l’environnement africain commençait ici, dans le silence fertile des collines togolaises ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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