À Kampala, le soleil se lève sur les collines verdoyantes, baignant la ville d’une lumière douce. Dans un café du centre-ville, un jeune homme en costume ouvre son ordinateur portable, prêt à présenter sa startup à un investisseur kenyan. Il s’appelle Brian, il a 26 ans, et il n’est pas seul. Chaque matin, des centaines de jeunes Ougandais comme lui se lancent dans l’aventure entrepreneuriale, transformant leur pays en un véritable laboratoire d’innovation. L’Ouganda, longtemps discret sur la scène économique africaine, est en train de se réinventer. Et tout le monde commence à le remarquer.
Un vivier de jeunesse bouillonnante
L’Ouganda détient l’une des populations les plus jeunes au monde : plus de 77 % de ses habitants ont moins de 30 ans. Cette jeunesse, confrontée à un taux de chômage élevé, ne se contente plus d’attendre des opportunités. Elle les crée.
« Nous n’avons pas le luxe d’attendre que le gouvernement nous donne du travail. Nous devons inventer notre propre avenir », lance Fiona Nabisere, fondatrice de SheSells, une plateforme de e-commerce dédiée aux produits artisanaux fabriqués par des femmes rurales.
En 2023, le Global Entrepreneurship Monitor a classé l’Ouganda parmi les pays ayant le taux d’activité entrepreneuriale le plus élevé d’Afrique, avec près de 28 % de la population adulte impliquée dans une entreprise en phase de démarrage ou déjà opérationnelle. Un chiffre impressionnant, qui surpasse même celui de puissances économiques comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud.
Une culture de la débrouillardise devenue moteur
La résilience est un mot qui revient souvent lorsqu’on parle des Ougandais. En l’absence d’un filet social solide, les citoyens ont appris à se débrouiller, à innover avec peu. Cette mentalité a donné naissance à une culture entrepreneuriale unique, fondée sur l’adaptation et la créativité.
Dans les rues de Kampala, des kiosques en tôle vendent des applications mobiles, des services de livraison ou encore des solutions d’énergie solaire. À Gulu, dans le nord du pays, d’anciens enfants-soldats reconvertis en agripreneurs développent des fermes intelligentes connectées.
« L’innovation, ici, c’est une question de survie », explique David Okello, directeur d’un incubateur local. « Les jeunes ne cherchent pas à créer la prochaine licorne. Ils veulent résoudre des problèmes concrets : l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation. Et souvent, ils y parviennent. »
Des hubs technologiques en pleine effervescence
Depuis une décennie, l’Ouganda voit fleurir des hubs technologiques dans ses principales villes. Hive Colab, Outbox, Innovation Village… Ces espaces de coworking et d’incubation accueillent chaque année des centaines de jeunes pousses dans les secteurs de la fintech, de l’agritech ou de la santé numérique.
Le gouvernement, malgré ses lacunes, a commencé à soutenir ces initiatives. En 2020, le ministère des Technologies de l’information et des Communications a lancé le National ICT Innovation Hub, un centre dédié à la promotion des startups locales.
« L’écosystème est encore jeune, mais il est très dynamique », affirme Grace Nakimera, responsable chez Outbox. « Nous voyons de plus en plus d’investisseurs étrangers s’intéresser à ce qui se passe ici. L’Ouganda est en train de devenir un terrain fertile pour l’innovation inclusive. »
En 2022, les startups ougandaises ont levé plus de 30 millions de dollars en capital-risque, un record pour le pays. Et ce n’est qu’un début.
Une diaspora qui investit dans l’avenir
Un autre facteur clé du dynamisme entrepreneurial ougandais réside dans sa diaspora. Installés à Londres, Toronto ou Dubaï, des milliers d’Ougandais de l’étranger investissent dans des projets locaux, apportant capitaux, compétences et réseaux.
« J’ai quitté Kampala il y a dix ans pour étudier à Boston. Aujourd’hui, je reviens pour lancer une entreprise de recyclage de plastique », raconte Moses Kaggwa, qui a investi 150 000 dollars dans son projet de transformation de déchets en matériaux de construction.
Selon la Banque mondiale, la diaspora ougandaise a envoyé plus de 1,2 milliard de dollars de transferts en 2023, une somme qui alimente non seulement la consommation, mais aussi de plus en plus l’investissement productif.
Des plateformes comme RemitFund ou DiasporaConnect facilitent désormais la mise en relation entre investisseurs de la diaspora et entrepreneurs locaux, créant ainsi un pont vital entre l’extérieur et l’intérieur du pays.
Des femmes au cœur de la transformation
Dans ce paysage entrepreneurial en ébullition, les femmes jouent un rôle central. L’Ouganda compte parmi les pays africains avec l’un des taux les plus élevés de femmes entrepreneures : près de 40 % des entreprises y sont dirigées par des femmes, selon le rapport Mastercard Index of Women Entrepreneurs.
« Être femme et entrepreneure en Ouganda, c’est un défi quotidien. Mais c’est aussi une fierté », confie Sarah Mutesi, fondatrice d’une entreprise de biocosmétiques à base de plantes locales. « Nous montrons que le changement peut venir de nous. »
Des programmes comme Women in Tech ou le Uganda Women Entrepreneurship Program offrent mentorat, financement et visibilité à ces entrepreneures, qui transforment les communautés rurales et urbaines à travers des projets à fort impact social.
Un avenir suspendu à des choix cruciaux
Malgré cet élan, l’Ouganda reste confronté à de nombreux défis : infrastructures défaillantes, accès limité au crédit, instabilité politique. La liberté d’expression, essentielle à l’innovation, est parfois mise à mal. Et la corruption freine encore de nombreuses initiatives.
Mais l’énergie qui anime la jeunesse ougandaise semble inépuisable. Elle pousse, elle invente, elle transforme. Derrière chaque application mobile, chaque ferme urbaine, chaque boutique en ligne, il y a une histoire de résilience, de courage et d’espoir.
« Ce pays n’a peut-être pas encore tout, mais il a ce qu’il faut pour réussir : des idées, des rêves, et des gens prêts à se battre pour les réaliser », affirme Brian, en refermant son ordinateur avec un sourire.
Alors que l’Afrique cherche ses futurs géants de l’innovation, l’Ouganda pourrait bien être l’un d’eux. La question est : saura-t-il saisir cette chance avant qu’elle ne lui échappe ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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