À l’aube, dans les rues sablonneuses de Nouakchott, un vent chaud soulève la poussière. Les klaxons des taxis chinois se mêlent aux appels du muezzin. Ici, dans cette capitale longtemps en marge des grands circuits économiques africains, quelque chose est en train de changer. Silencieusement, mais sûrement, la Mauritanie redessine sa place sur la carte du continent.
Un sous-sol qui change la donne
Depuis des décennies, la Mauritanie vivait à l’ombre de ses voisins plus médiatisés. Pourtant, le pays regorge de ressources naturelles convoitées. Fer, or, cuivre, quartz, pétrole offshore… Le sous-sol mauritanien est une promesse pour les investisseurs.
En 2023, la production de minerai de fer a dépassé les 13 millions de tonnes, faisant de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) l’un des principaux employeurs du pays. Mais ce n’est que le début. Le gisement de Tasiast, exploité par la société canadienne Kinross, est désormais l’une des plus grandes mines d’or d’Afrique de l’Ouest.
“Quand j’ai commencé ici, on parlait à peine d’or. Aujourd’hui, on exporte des tonnes chaque mois”, confie Ahmed, ingénieur géologue à Tasiast. “C’est une révolution silencieuse.”
Le gaz naturel, nouvel eldorado
En 2015, une découverte inattendue au large des côtes mauritaniennes a bouleversé les équilibres : un immense champ gazier, appelé Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec le Sénégal. Depuis, les regards se tournent vers les eaux profondes de l’Atlantique.
Le projet, mené par BP et Kosmos Energy, représente un investissement de plus de 4,8 milliards de dollars. La première phase de production devrait débuter en 2024, avec une capacité estimée à 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an.
“Ce gaz, c’est notre avenir”, affirme Mariem Mint Sidi, économiste au ministère du Pétrole. “Il peut transformer notre économie, financer nos écoles, nos hôpitaux, nos routes.”
Le FMI prévoit une croissance du PIB mauritanien de 5,3 % en 2024, largement portée par le secteur énergétique. Une dynamique qui attire déjà les grandes puissances, de la Chine aux États-Unis, en passant par l’Union européenne.
Un hub stratégique entre Maghreb et Afrique subsaharienne
La Mauritanie n’est pas seulement riche en ressources. Sa position géographique en fait un carrefour naturel entre le monde arabe et l’Afrique noire. C’est un pont entre deux univers, un trait d’union entre le désert et la savane.
Le port en eau profonde de Nouadhibou, modernisé en 2022, est désormais un point d’entrée majeur pour les marchandises en direction du Sahel. Des projets d’infrastructures ferroviaires et routières visent à relier le pays au Mali, au Sénégal et même à la Méditerranée.
“Nous voulons être la porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest”, explique Mohamed Lemine, directeur de l’Agence pour la Promotion des Investissements. “La stabilité politique que nous avons su maintenir est un atout rare dans la région.”
En effet, malgré les tensions régionales, la Mauritanie est restée relativement épargnée par l’instabilité qui frappe le Sahel. Un facteur clé qui rassure les investisseurs étrangers.
Une transition énergétique discrète mais ambitieuse
Alors que le monde cherche à se libérer des énergies fossiles, la Mauritanie explore une voie hybride. Le pays mise sur le gaz pour sa croissance immédiate, tout en investissant dans les énergies renouvelables.
Avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an et des vents constants sur la côte atlantique, le potentiel est immense. En 2022, le gouvernement a signé un accord avec la société britannique Chariot pour développer un projet d’hydrogène vert à grande échelle : Nour Project.
Ce projet, qui pourrait produire jusqu’à 10 GW d’électricité verte, placerait la Mauritanie parmi les leaders africains de la transition énergétique. “C’est une vision à long terme”, souligne Fatimetou Ba, ingénieure dans le secteur des énergies renouvelables. “Nous voulons produire pour nous, mais aussi pour l’Europe.”
Un tissu entrepreneurial en pleine ébullition
Au-delà des grands projets, une autre révolution se joue à l’échelle locale. Dans les quartiers populaires de Nouakchott, des incubateurs de startups voient le jour. Des jeunes, formés à l’étranger ou sur place, lancent des projets dans la fintech, l’agriculture intelligente ou la logistique.
Oumar, 29 ans, a créé une plateforme de paiement mobile adaptée aux zones rurales. “Il y a cinq ans, personne ne croyait en l’innovation ici. Aujourd’hui, on a des investisseurs qui nous appellent de Dakar, de Paris, même de Dubaï.”
Le gouvernement soutient cette dynamique à travers des incitations fiscales et des partenariats avec des institutions internationales. La Banque Mondiale a récemment alloué 60 millions de dollars pour le développement du numérique dans le pays.
Les défis d’un essor rapide
Mais cette montée en puissance ne va pas sans risques. La dépendance aux matières premières expose le pays à la volatilité des marchés mondiaux. La question de la redistribution des richesses reste sensible dans un pays marqué par de fortes inégalités sociales et ethniques.
Le chômage des jeunes, estimé à plus de 30 %, demeure un défi majeur. “Il ne suffit pas de croître, il faut inclure”, avertit Khadija Ould Brahim, sociologue à l’Université de Nouakchott. “Sinon, la frustration pourrait tout balayer.”
La corruption, bien que moins visible que chez certains voisins, reste un frein à l’investissement. Des réformes judiciaires et administratives sont en cours, mais leur efficacité reste à prouver.
Enfin, l’environnement fragile du pays, entre désertification et montée des eaux sur la côte, pourrait freiner certains projets si la question climatique n’est pas intégrée dès maintenant.
La Mauritanie est-elle prête à devenir un acteur majeur de l’économie africaine sans perdre son âme ? Le pari est lancé. Reste à savoir si le vent du désert soufflera dans la bonne direction.

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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