Le vent souffle fort sur les hauts plateaux du Tell, soulevant des tourbillons de poussière rouge. Au loin, des panneaux solaires scintillent sous le soleil implacable. Ici, dans le silence du désert algérien, une transformation silencieuse est en cours. L’Algérie, longtemps associée à ses ressources fossiles, s’impose désormais comme un acteur incontournable de la transition écologique en Afrique.
Un géant énergétique en mutation
Depuis des décennies, l’Algérie s’est construite sur l’exploitation de ses vastes réserves de gaz naturel et de pétrole. Le pays est le premier exportateur de gaz en Afrique et le troisième producteur de pétrole du continent. Mais aujourd’hui, une autre ambition émerge : celle de devenir un moteur de la transition énergétique.
“Nous avons compris que notre avenir ne peut plus dépendre uniquement des hydrocarbures,” affirme Leïla Benmoussa, ingénieure en énergie renouvelable à Oran. “L’Algérie a un potentiel solaire immense, et il est temps de l’exploiter.”
Avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, le pays figure parmi les régions les plus ensoleillées du monde. Une étude de la Commission africaine de l’énergie estime que l’Algérie pourrait produire plus de 13 000 TWh d’énergie solaire par an, soit plus de 40 fois sa consommation actuelle d’électricité.
Le Sahara, une mer de lumière
Dans le sud algérien, à Adrar, des milliers de panneaux solaires tapissent le sol aride. Le projet solaire de Hassi R’Mel, l’un des plus vastes du continent, alimente désormais des dizaines de milliers de foyers. Et ce n’est qu’un début.
Le gouvernement a lancé un plan ambitieux : installer 15 000 MW de capacité solaire d’ici 2035. Ce programme, baptisé “Solar 1000”, prévoit la construction de plusieurs centrales solaires réparties sur tout le territoire.
“Le désert est notre avenir,” déclare Mourad Ziani, coordinateur du projet à Hassi R’Mel. “Nous transformons une contrainte géographique en opportunité stratégique.”
Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Algérie pourrait devenir un fournisseur majeur d’électricité verte pour l’Europe via des câbles sous-marins reliant le Maghreb à l’Espagne et à l’Italie.
Une diplomatie verte qui s’affirme
Sur la scène internationale, l’Algérie adopte un ton nouveau. Lors du sommet africain sur le climat à Nairobi en 2023, le ministre de l’Environnement algérien a surpris en annonçant un fonds de 100 millions de dollars pour soutenir des projets écologiques dans le Sahel.
“L’Algérie veut jouer un rôle de leader, pas seulement en Afrique du Nord, mais sur tout le continent,” analyse Fatoumata Diallo, chercheuse sénégalaise en géopolitique environnementale. “Elle comprend que l’environnement est devenu un levier d’influence et de coopération.”
Le pays a également renforcé sa coopération avec le Nigeria, le Niger et le Mali dans le cadre de l’Initiative de la Grande Muraille Verte, un projet panafricain de reboisement visant à lutter contre la désertification.
Des villes qui respirent à nouveau
À Alger, les embouteillages sont toujours là, mais l’air est un peu plus respirable. Depuis 2021, la capitale teste des bus électriques et des zones à faibles émissions. Des toits végétalisés apparaissent sur les immeubles du centre-ville, tandis que les parcs urbains sont réhabilités.
“On sent que quelque chose change,” confie Nassim, un jeune architecte. “Il y a une prise de conscience, surtout chez les jeunes. On veut des villes plus propres, plus vertes.”
Le gouvernement a lancé un programme de reforestation urbaine, avec l’objectif de planter 10 millions d’arbres d’ici 2027. Un projet soutenu par des ONG locales et des écoles, dans une dynamique participative inédite.
Une jeunesse mobilisée
Dans les universités, les amphis débordent lors des conférences sur le climat. Des start-up vertes émergent à Constantine, Tlemcen ou Béjaïa. L’une d’elles, “Green Sahara”, fabrique des briques écologiques à partir de sable et de déchets plastiques recyclés.
“On ne veut plus attendre que les solutions viennent d’en haut,” explique Samira, 24 ans, fondatrice de la start-up. “On veut créer un modèle algérien de développement durable.”
Les mouvements écologistes gagnent en visibilité. En 2022, plus de 200 manifestations et actions citoyennes ont été recensées à travers le pays, selon une étude de l’Observatoire maghrébin de l’environnement. Un chiffre en forte hausse par rapport aux années précédentes.
Entre défis et promesses
Mais tout n’est pas simple. La dépendance économique aux hydrocarbures reste forte : ils représentent encore 93 % des exportations du pays. Les infrastructures sont vieillissantes, et la bureaucratie freine de nombreux projets verts.
“Le potentiel est là, mais il faut une volonté politique constante,” avertit Ahmed Tebbani, économiste à l’université d’Alger. “La transition écologique ne se décrète pas, elle se construit sur le long terme.”
Le changement climatique, lui, n’attend pas. Le nord du pays subit des sécheresses de plus en plus sévères, tandis que les incendies de forêt ont ravagé plus de 100 000 hectares en 2021 et 2022.
Pourtant, quelque chose semble avoir basculé. L’Algérie, forte de ses ressources, de son ensoleillement et de ses compétences, pourrait bien devenir l’un des pivots de la renaissance écologique africaine.
Mais la question demeure : le pays saura-t-il transformer cette promesse en réalité durable, pour lui-même et pour tout un continent en quête d’équilibre ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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