Dans les rues animées de Luanda, les grues s’élèvent plus haut que les palmiers. Les marchés bruissent d’un nouvel espoir. L’Angola, longtemps prisonnière de l’or noir, semble chercher une autre voie. Plus discrètement qu’un baril qui grimpe, une révolution silencieuse est en marche.
Un géant pétrolier à la croisée des chemins
Durant des décennies, le pétrole a fait battre le cœur de l’économie angolaise. Avec plus de 1,1 million de barils extraits chaque jour, il représentait jusqu’à 95 % des exportations nationales et près de 60 % des recettes publiques. Mais cette dépendance s’est révélée dangereuse.
La chute brutale des cours en 2014 a laissé le pays exsangue. La monnaie locale, le kwanza, s’est effondrée. Les investissements étrangers se sont évaporés. Et surtout, l’illusion d’une croissance infinie s’est dissipée.
« Nous avons cru que le pétrole allait tout résoudre. Mais il a aussi creusé les inégalités et freiné notre imagination », confie Rui Matias, économiste à l’Université Agostinho Neto.
Depuis, le gouvernement angolais a compris qu’il ne pouvait plus miser sur un seul levier. La diversification est devenue une nécessité, presque une urgence.
Un virage agricole discret mais stratégique
Paradoxalement, l’Angola, riche de terres arables et de rivières abondantes, importe encore une grande partie de sa nourriture. Mais cela pourrait bientôt changer.
Dans la province de Bié, des coopératives de jeunes agriculteurs réhabilitent d’anciennes plantations abandonnées pendant la guerre civile. Manioc, maïs, haricots : les récoltes reprennent vie. Le gouvernement a lancé un programme de crédits agricoles à taux réduit pour encourager cette résurgence.
« Avant, tout venait de l’extérieur. Aujourd’hui, je nourris ma communauté et je gagne mieux ma vie qu’un chauffeur de camion », affirme avec fierté Teresa João, 29 ans, productrice de patates douces près de Kuito.
En 2023, la production de maïs a augmenté de 12 %, selon le ministère de l’Agriculture. Un chiffre modeste, mais symbolique d’un changement de cap.
L’industrie légère fait ses premiers pas
À Viana, dans la banlieue de Luanda, une zone industrielle prend forme. Usines de transformation alimentaire, ateliers de textile, imprimeries : l’Angola tente de redonner vie à une industrie locale longtemps négligée.
Avec l’aide de capitaux chinois, brésiliens et portugais, plus de 150 PME ont vu le jour entre 2020 et 2023. L’objectif est clair : réduire la dépendance aux importations et créer des emplois durables.
« On ne peut pas tout produire ici, mais on peut au moins transformer ce que nous avons », souligne Manuel Domingos, directeur d’une entreprise de jus de fruits locaux. « Avant, nos mangues pourrissaient sur les arbres. Maintenant, elles remplissent des bouteilles. »
Le secteur manufacturier, qui ne représentait que 5 % du PIB en 2015, frôle désormais les 8 %. Une progression lente mais constante.
Le tourisme, un trésor encore enfoui
Peu de gens savent que l’Angola abrite des plages immaculées, des chutes d’eau spectaculaires et des parcs nationaux peuplés d’éléphants et de léopards. Pourtant, le pays n’accueille que 300 000 visiteurs par an, loin derrière ses voisins comme la Namibie ou l’Afrique du Sud.
Le gouvernement veut inverser cette tendance. Des visas électroniques ont été mis en place. Des routes vers les sites touristiques sont en cours de réhabilitation. Et un plan stratégique vise à attirer un million de touristes d’ici 2030.
« Nous avons tout, sauf la visibilité », regrette Helena Cruz, guide touristique à Lubango. « Mais les choses changent. Les Angolais eux-mêmes redécouvrent leur pays. »
En 2022, le secteur a généré 150 millions de dollars, un chiffre encore modeste mais en hausse de 40 % par rapport à l’année précédente.
Les start-up et le numérique en embuscade
Dans les cafés de Luanda, une nouvelle génération d’entrepreneurs rêve de Silicon Valley à l’angolaise. Fintech, e-commerce, livraison par drone : les idées fusent malgré les défis techniques.
Le programme « Angola Tech Hub », lancé en 2021, a déjà incubé plus de 80 start-up. Certaines, comme Tupuca (livraison de repas) ou Appy Saúde (répertoire de pharmacies), commencent à rayonner au-delà des frontières.
« Nous avons sauté des étapes. Mais c’est aussi une chance : nous pouvons innover sans être enfermés dans des modèles anciens », explique Pedro Miguel, fondateur d’une plateforme de microcrédit mobile.
Le numérique représente à peine 2 % du PIB, mais son potentiel est énorme. Avec plus de 14 millions d’utilisateurs Internet, l’Angola devient un terrain fertile pour les innovations locales.
Une jeunesse prête à réinventer le pays
Plus de 60 % des Angolais ont moins de 25 ans. Cette jeunesse, née après la guerre, n’a pas connu les années de pénurie ni la dépendance totale au pétrole. Elle veut autre chose.
Dans les universités, les facultés d’agronomie et d’ingénierie attirent plus d’étudiants que celles de géologie pétrolière. Dans les quartiers populaires, des collectifs de jeunes transforment des containers en ateliers de couture ou en studios de musique.
« On ne veut plus attendre que l’État nous donne du travail. On veut le créer nous-mêmes », lance avec détermination Ana Luísa, 22 ans, fondatrice d’un atelier de recyclage à Benguela.
Le changement est encore fragile, mais il est là. Visible dans les regards, dans les gestes, dans les rêves partagés sur les réseaux sociaux.
Le pétrole n’a pas disparu. Il finance encore une grande partie du budget national. Mais l’Angola explore d’autres sentiers, plus incertains, mais peut-être plus durables. La question reste entière : ce pari sur la diversité tiendra-t-il face aux vents contraires du marché mondial ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.
















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