Dans les rues poussiéreuses de Hassi Messaoud, les torchères continuent de brûler nuit et jour. Mais dans les cafés, les conversations ont changé. Moins de barils, plus de projets. Car en Algérie, une question brûle toutes les lèvres : que fera le pays lorsque le pétrole cessera de couler à flot ?
Une richesse qui a longtemps tout éclipsé
Depuis des décennies, l’économie algérienne repose presque entièrement sur les hydrocarbures. Pétrole et gaz naturel représentent près de 95 % des exportations du pays et plus de 60 % de son budget. Une manne qui a permis de financer des subventions massives, des infrastructures, et une relative stabilité sociale.
Mais cette dépendance a un prix. À chaque chute du baril, le pays vacille. En 2014, lorsque les cours mondiaux se sont effondrés, l’Algérie a vu ses réserves de change fondre de moitié en seulement trois ans. “C’était un choc. On a compris que notre modèle était vulnérable”, confie Samir K., économiste à l’université de Blida.
Le Fonds de régulation des recettes, censé amortir les crises, a été vidé. L’investissement public a été réduit. Et les jeunes, dont près de 70 % ont moins de 35 ans, ont commencé à perdre patience.
Un potentiel inexploité hors du pétrole
Pourtant, l’Algérie ne manque pas d’atouts. Avec 2 400 kilomètres de côtes, un ensoleillement record de plus de 3 000 heures par an, des terres agricoles fertiles au nord et un désert riche en minéraux au sud, le pays pourrait se réinventer.
“On a longtemps pensé que le pétrole nous suffisait. Mais aujourd’hui, on réalise qu’on a négligé tout le reste”, explique Leïla B., entrepreneure dans l’agroalimentaire à Oran. Elle a lancé une conserverie de tomates biologiques et exporte déjà vers l’Europe.
Le secteur agricole, qui emploie 12 % de la population active, pourrait devenir un pilier. En 2023, la production céréalière a atteint 4 millions de tonnes, un record depuis l’indépendance. Et dans le sud, des projets d’irrigation par énergie solaire transforment le désert en vergers.
Le pari de l’énergie solaire
Au cœur du Sahara, à Adrar, des panneaux solaires s’étendent à perte de vue. Le projet “Tafouk 1” ambitionne de produire 4 000 mégawatts d’électricité solaire d’ici 2030. “C’est notre or du futur”, affirme Mourad H., ingénieur sur le site.
Avec l’un des plus forts potentiels solaires au monde, l’Algérie pourrait devenir un exportateur d’électricité verte vers l’Europe. Le gouvernement vise 27 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2035. Mais les obstacles sont nombreux : retards administratifs, manque de financement, et dépendance persistante aux revenus pétroliers pour investir.
Selon une étude de l’Agence internationale de l’énergie, l’Algérie pourrait générer jusqu’à 170 TWh par an grâce au solaire, soit plus de trois fois sa consommation actuelle. Mais pour cela, il faudra moderniser le réseau, attirer les investisseurs, et surtout, croire en cette transition.
Une jeunesse prête à innover
Dans les quartiers d’Alger, les incubateurs de startups se multiplient. Coders, designers, ingénieurs… Une nouvelle génération se lève, bien décidée à ne pas attendre l’après-pétrole pour agir.
“On ne veut pas dépendre de l’État ni du pétrole. On veut créer nos propres opportunités”, lance Yacine, 26 ans, fondateur d’une application de livraison locale. Soutenu par un programme de microcrédit, il emploie déjà une dizaine de livreurs dans la capitale.
En 2022, plus de 1 200 startups ont été enregistrées dans le pays. Le ministère de l’Économie de la connaissance a même lancé un label “Start-up” pour faciliter l’accès aux financements et aux marchés publics. Une dynamique encore fragile, mais qui témoigne d’un changement de mentalité.
“Il y a dix ans, tout le monde rêvait d’un poste dans la fonction publique. Aujourd’hui, les jeunes veulent créer, innover, voyager”, observe Nadia T., coach en entrepreneuriat à Constantine.
Des réformes lentes mais nécessaires
Pour sortir durablement de la rente pétrolière, l’Algérie devra aussi s’attaquer à des réformes structurelles. Simplifier l’environnement des affaires, réduire la bureaucratie, diversifier les sources fiscales, et surtout, restaurer la confiance.
“Tant qu’on ne crée pas un climat favorable à l’investissement, les capitaux resteront frileux”, avertit l’économiste Samir K. Le classement Doing Business de la Banque mondiale place l’Algérie au 157e rang mondial en matière de facilité à faire des affaires.
Le gouvernement a amorcé quelques réformes : levée partielle des restrictions à l’investissement étranger, assouplissement du contrôle des changes, création de zones économiques spéciales. Mais pour l’instant, les résultats restent modestes.
“On avance, mais à petits pas. Il faut un sursaut politique, une vision claire et partagée”, insiste Leïla B., l’entrepreneure oranaise. “Sinon, on continuera à subir les cycles du pétrole.”
Un futur à écrire au-delà des puits
L’Algérie est à la croisée des chemins. Entre les puits qui s’épuisent et les idées qui germent, le pays doit choisir quelle histoire il veut raconter demain. Celle d’un géant endormi, ou celle d’une nation qui a su se réinventer en regardant plus loin que ses pipelines.
“Le pétrole nous a donné du temps. À nous de ne pas le gaspiller”, résume Mourad, l’ingénieur du désert. Et si le vrai trésor de l’Algérie n’était pas sous terre, mais dans les têtes et les cœurs de ceux qui rêvent d’un autre avenir ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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