Dans les rues animées de Dakar, de Kinshasa ou d’Addis-Abeba, une énergie nouvelle circule. Elle ne vient pas des cortèges officiels ni des vieux partis, mais des jeunes. Ils ne portent pas toujours de cravate, mais brandissent des smartphones, des slogans, des rêves. Quelque chose est en train de changer. Lentement, mais sûrement, la jeunesse africaine redessine les lignes du pouvoir.
Une génération connectée et consciente
Ils ont moins de 35 ans, représentent plus de 60 % de la population du continent, et refusent de rester spectateurs. Grâce aux réseaux sociaux, à l’accès croissant à l’information et à une conscience politique aiguisée, les jeunes Africains s’organisent, dénoncent, proposent.
« Avant, on nous disait que la politique, c’était pour les vieux. Aujourd’hui, on comprend que si on ne décide pas, d’autres le feront pour nous », confie Amina, 27 ans, étudiante en droit à Ouagadougou.
La révolution numérique a agi comme un catalyseur. En quelques clics, une vidéo de corruption devient virale. Un appel à manifester se propage sur WhatsApp et Telegram. En 2020, au Nigeria, le mouvement #EndSARS a mobilisé des millions de jeunes contre les violences policières. Sans leader officiel, sans parti politique, mais avec une efficacité redoutable.
Des urnes aux rues : la politique autrement
La jeunesse africaine ne se contente plus de voter — lorsqu’elle vote. Elle investit la rue, les réseaux, les médias. Elle crée de nouveaux espaces d’expression et de contestation. À Kinshasa, le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) regroupe des jeunes engagés, sans affiliation politique, qui dénoncent les injustices et exigent des comptes aux dirigeants.
« On ne veut plus des promesses creuses. On veut des résultats. Et si on ne les obtient pas, on descend dans la rue », explique Jean-Marc, 30 ans, membre actif de LUCHA.
Partout, des collectifs émergent : Y’en a marre au Sénégal, Balai Citoyen au Burkina Faso, Filimbi en RDC. Ils ne cherchent pas à prendre le pouvoir, mais à le surveiller. Leur force ? Une parole libre, une organisation souple, et une capacité à mobiliser vite et fort.
Des visages neufs dans l’arène politique
Certains jeunes vont plus loin : ils entrent dans l’arène politique. Pas pour faire de la figuration, mais pour changer les règles du jeu. En Ouganda, Bobi Wine, ancien chanteur devenu député, a défié le président Yoweri Museveni lors de l’élection présidentielle de 2021. À 39 ans, il a incarné l’espoir d’une génération fatiguée des régimes éternels.
Au Bénin, Reckya Madougou, ancienne ministre et militante, a tenté de se présenter à la présidentielle de 2021 avant d’être arrêtée. Son cas illustre les obstacles que rencontrent ces jeunes figures : répression, manipulation judiciaire, exclusion des scrutins. Mais leur présence dérange, et c’est déjà un signe.
« Ils ont peur de nous parce qu’on parle vrai, parce qu’on ne leur doit rien », affirme Moussa, 34 ans, candidat indépendant aux élections municipales de Bamako. « On n’a pas grandi dans les réseaux de pouvoir, mais dans les quartiers. »
Un rejet croissant des partis traditionnels
Les partis historiques, souvent dominés par des figures vieillissantes, peinent à séduire cette jeunesse. Beaucoup les accusent de clientélisme, de corruption, d’immobilisme. Résultat : un désintérêt croissant pour les élections, mais pas pour la politique.
Selon une étude de l’Afrobaromètre, moins de 40 % des jeunes Africains font confiance aux partis politiques. En revanche, 65 % affirment s’intéresser aux affaires publiques. Le fossé se creuse entre les institutions et la société civile.
« Je ne vote plus depuis 2016. Mais je participe à toutes les campagnes de sensibilisation, je signe des pétitions, je vais aux débats citoyens », raconte Fatou, 29 ans, à Abidjan. « Pour moi, c’est ça, être engagée. »
Cette désaffection pousse certains partis à tenter une mue. Ils intègrent des jeunes sur leurs listes, créent des branches jeunesse. Mais souvent, ces initiatives restent cosmétiques. La demande est claire : une place réelle, pas symbolique.
L’éducation politique, nouveau terrain de bataille
Dans les écoles, les universités, les quartiers, des programmes d’éducation civique fleurissent. Associations, ONG, initiatives communautaires : tous cherchent à former une citoyenneté active. Car l’engagement ne s’improvise pas. Il se construit.
Au Kenya, le projet Siasa Place organise des ateliers pour expliquer le fonctionnement des institutions, le rôle des élus, les droits des citoyens. À Lagos, l’initiative Enough is Enough Nigeria forme les jeunes aux techniques de plaidoyer et à la surveillance électorale.
« On ne peut pas juste dire aux jeunes : soyez engagés. Il faut leur donner les outils pour comprendre et agir », souligne Grace Mwangi, coordinatrice du programme Civic Lab à Nairobi. « La politique, ce n’est pas un privilège, c’est une responsabilité. »
Cette conscientisation, souvent en dehors des circuits officiels, permet d’éveiller des vocations. Elle crée une génération qui ne se contente plus de subir les décisions, mais veut les influencer.
Un avenir encore incertain, mais plein de promesses
Le chemin est semé d’embûches. Les régimes autoritaires, les manipulations électorales, la répression policière, le chômage massif : autant d’obstacles qui freinent l’élan de la jeunesse. Mais malgré tout, elle avance. Parfois à tâtons, parfois à voix haute.
En 2023, plus de 20 pays africains ont connu des manifestations menées principalement par des jeunes. Pour réclamer des emplois, l’accès à l’éducation, la fin de la corruption. Ce ne sont pas de simples revendications : ce sont des signaux. Des alertes. Des appels au changement.
« On ne veut pas hériter d’un continent en ruine. On veut le reconstruire, à notre façon », résume Samuel, 26 ans, activiste au Cameroun. « Ce n’est pas juste une question de politique. C’est une question de survie. »
Alors que les prochaines décennies verront l’Afrique devenir le continent le plus peuplé et le plus jeune du monde, une question persiste : les institutions sauront-elles entendre cette voix montante, ou continueront-elles de l’ignorer ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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