Le soleil se lève lentement sur le chantier. Dans la poussière rouge, des silhouettes s’activent, des machines grondent, et les plans d’un avenir nouveau prennent forme. En Afrique, des projets d’infrastructures titanesques sont en cours. Routes, ports, chemins de fer, barrages ou mégapoles : ces chantiers redessinent les contours du continent, pierre après pierre, et pourraient bien transformer la vie de centaines de millions de personnes.
Des routes pour relier des nations entières
Sur plus de 4 500 kilomètres, une autoroute est en train de naître. Elle reliera Lagos, au Nigeria, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en traversant cinq pays d’Afrique de l’Ouest. Ce corridor économique, financé en partie par la Banque africaine de développement, est l’un des projets phares du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA).
« Cette route va changer notre vie. Aujourd’hui, un trajet qui devrait prendre 10 heures en prend parfois 30, à cause des routes défoncées », explique Salif Traoré, un chauffeur de poids lourd basé à Bamako.
Ce projet n’est pas isolé. Le continent compte aujourd’hui plus de 60 000 km de routes en projet ou en cours de rénovation. L’objectif : désenclaver les zones rurales, faciliter les échanges commerciaux et réduire les coûts de transport, qui restent parmi les plus élevés au monde.
Des rails pour relancer les échanges régionaux
Depuis quelques années, les trains refont surface en Afrique. Le chemin de fer, longtemps négligé, connaît un regain d’intérêt spectaculaire. Le projet le plus emblématique ? Le chemin de fer Mombasa-Nairobi, au Kenya, inauguré en 2017, et qui doit être prolongé jusqu’à Kampala en Ouganda, puis Kigali au Rwanda.
« Avant, il fallait parfois trois jours pour acheminer un conteneur du port de Mombasa à l’intérieur du pays. Aujourd’hui, le train le fait en huit heures », se félicite James Mwangi, responsable logistique à Nairobi.
D’autres pays suivent le mouvement. Le Nigeria relance ses lignes ferroviaires avec un réseau modernisé reliant Lagos à Kano, tandis que le Maroc développe son TGV entre Tanger et Casablanca, le premier du continent. D’ici 2030, plus de 15 000 km de nouvelles voies ferrées devraient voir le jour.
Des barrages pour électrifier le continent
En Éthiopie, le barrage de la Renaissance est déjà considéré comme l’un des ouvrages les plus ambitieux d’Afrique. Haut de 145 mètres, long de 1 800, il devrait produire plus de 6 000 mégawatts, doublant ainsi la capacité énergétique du pays.
« Avec ce barrage, nous voulons sortir de l’obscurité », confie Meron Tadesse, ingénieure sur le projet. « Nous avons l’ambition de devenir un exportateur d’électricité pour toute la région. »
L’Afrique subsaharienne reste le continent le moins électrifié du monde. Plus de 600 millions de personnes y vivent sans accès fiable à l’électricité. Pourtant, le potentiel hydraulique y est immense. Des projets similaires émergent en Angola, au Mozambique, en Guinée ou encore en République démocratique du Congo, avec le méga-projet Inga III, qui pourrait à lui seul fournir de l’énergie à plusieurs pays voisins.
Des ports pour s’ouvrir au monde
À Lekki, à une quarantaine de kilomètres de Lagos, un port en eau profonde a vu le jour. Inauguré en 2023, il est désormais le plus grand du Nigeria. Capable d’accueillir des porte-conteneurs de dernière génération, il ambitionne de devenir un hub logistique pour toute l’Afrique de l’Ouest.
« Nous étions à la merci de ports saturés et de délais interminables. Lekki change la donne », affirme Chinedu Okafor, directeur d’une entreprise d’import-export.
D’autres ports sont en construction ou en extension : à Lamu au Kenya, à Kribi au Cameroun, ou encore à Nacala au Mozambique. Ces infrastructures sont essentielles pour fluidifier les échanges, réduire les coûts logistiques et attirer les investisseurs étrangers.
Des villes nouvelles pour absorber la croissance urbaine
En Égypte, à 45 kilomètres du Caire, une ville futuriste sort du désert. Baptisée simplement « Nouvelle Capitale », elle est conçue pour accueillir plus de 6 millions d’habitants. Gratte-ciel, ministères, aéroports, quartiers d’affaires : le projet est pharaonique.
« Le Caire est saturé. Nous avons besoin d’un nouveau souffle », explique Mahmoud Abdelrahman, urbaniste impliqué dans le projet. « Cette ville est pensée pour le XXIe siècle, avec des transports intelligents et des bâtiments écologiques. »
Le phénomène ne se limite pas à l’Égypte. Au Sénégal, Diamniadio, à 30 km de Dakar, se développe rapidement. En Angola, Kilamba a été construite pour désengorger Luanda. Le continent, dont la population urbaine devrait doubler d’ici 2050, voit émerger des dizaines de villes nouvelles, souvent en partenariat avec la Chine ou d’autres bailleurs internationaux.
Des câbles et satellites pour connecter les esprits
Si les routes et les ponts sont visibles, une autre révolution se joue sous les océans et dans l’espace. En 2022, le câble 2Africa, long de 45 000 km, a commencé à relier 33 pays, dont 19 africains. Il s’agit de l’un des plus vastes réseaux sous-marins jamais construits, porté par un consortium incluant Meta (Facebook), China Mobile et d’autres géants du numérique.
« Le haut débit est un droit fondamental aujourd’hui. Ce câble va réduire la fracture numérique », affirme Fatou Ndiaye, entrepreneure tech à Dakar.
En parallèle, des satellites africains prennent leur envol. Le Rwanda a lancé Icyerekezo, le Kenya a mis en orbite Taifa-1, et le Nigeria prévoit de renforcer sa constellation de satellites de communication. Ces projets visent à améliorer l’accès à Internet, la télémédecine, l’éducation à distance et la surveillance climatique.
Avec un taux de pénétration d’Internet encore inférieur à 40 % dans de nombreuses régions, les enjeux sont immenses. Mais les signaux sont encourageants : l’Afrique numérique est en marche.
Ces projets d’infrastructures, souvent colossaux, parfois controversés, sont les piliers d’un futur en construction. Ils dessinent un continent en transformation rapide, où les rêves prennent la forme de béton, d’acier et de fibre optique. Mais une question demeure : ces chantiers tiendront-ils toutes leurs promesses, ou ne seront-ils que des mirages dans le désert du développement ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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