Le vent souffle sur les plaines du Sahel, le soleil frappe les toits de Nairobi, et les vagues de l’Atlantique battent les côtes du Cap-Vert. Partout en Afrique, les éléments semblent s’accorder pour écrire une nouvelle page de l’histoire énergétique du continent. Depuis quelques années, une révolution silencieuse s’accélère : celle des énergies renouvelables. Et derrière cette transition, des femmes, des hommes, des start-ups et des États se battent pour que le continent devienne un leader mondial de l’énergie verte.
Un potentiel naturel hors du commun
Avec plus de 300 jours de soleil par an dans de nombreuses régions, des vents puissants dans les zones côtières et des ressources hydroélectriques encore largement inexploitées, l’Afrique détient l’un des plus grands potentiels énergétiques renouvelables de la planète.
« L’Afrique pourrait produire jusqu’à 10 térawatts d’énergie solaire, 1 300 gigawatts d’éolien et 350 gigawatts d’hydroélectricité », estime Fatou Ndiaye, ingénieure en énergies renouvelables basée à Dakar. « C’est immense. Et pourtant, nous n’utilisons qu’une infime partie de ce potentiel. »
À titre de comparaison, l’Union européenne a installé environ 200 gigawatts de solaire en 2023. L’Afrique, elle, n’en comptait que 11. Mais la dynamique change, et vite.
Des projets phares qui changent la donne
Dans le désert marocain, la centrale solaire Noor, l’une des plus grandes au monde, s’étend sur plus de 3 000 hectares. Elle alimente près de deux millions de personnes. À Lake Turkana, au Kenya, 365 éoliennes tournent sans relâche, fournissant 17 % de l’électricité du pays.
« Le projet de Lake Turkana a été un tournant », explique James Mwangi, directeur d’un cabinet d’ingénierie énergétique à Nairobi. « Il a prouvé qu’un projet à grande échelle pouvait réussir en Afrique, malgré les défis logistiques et financiers. »
En Afrique du Sud, le programme REIPPPP (Renewable Energy Independent Power Producer Procurement Programme) a permis d’attirer plus de 20 milliards de dollars d’investissements privés en une décennie. Et au Rwanda, le premier champ solaire flottant d’Afrique a vu le jour sur le lac Kivu, réduisant la dépendance du pays au fioul importé.
Une réponse à une urgence énergétique
Près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans certaines zones rurales, la nuit tombe avec le silence, et les enfants étudient à la lueur des lampes à pétrole.
« Sans électricité, il n’y a pas d’école qui fonctionne correctement, pas de centre de santé, pas de développement économique », rappelle Aissatou Diallo, fondatrice d’une ONG d’électrification rurale au Mali. « Les renouvelables permettent d’apporter la lumière là où les réseaux classiques ne vont pas. »
Les mini-réseaux solaires, les kits domestiques à énergie solaire et les batteries portables connaissent un essor fulgurant. En 2022, plus de 30 millions de foyers africains ont été équipés de solutions hors réseau. Des entreprises comme Bboxx, M-KOPA ou Zola Electric sont devenues les nouveaux visages de cette révolution.
Des champions africains en pleine ascension
Ils s’appellent William Ruto, président du Kenya, Masen au Maroc, ou encore Damilola Ogunbiyi, à la tête de Sustainable Energy for All. Ces figures incarnent une volonté politique et entrepreneuriale de faire de l’Afrique un laboratoire d’innovation énergétique.
« Nous voulons que le Kenya soit alimenté à 100 % par des énergies renouvelables d’ici 2030 », a déclaré Ruto lors du Sommet africain sur le climat en 2023. Une ambition partagée par plusieurs pays, comme le Cap-Vert ou le Bénin.
Mais les héros de cette transition ne sont pas que des chefs d’État. Ce sont aussi des jeunes ingénieurs, des femmes entrepreneures, des techniciens formés sur le terrain. À Lagos, la start-up Arnergy installe des systèmes solaires pour les PME. À Ouagadougou, Solafrique forme des jeunes à la maintenance de panneaux solaires. Et à Antananarivo, une coopérative féminine gère un mini-réseau hydroélectrique dans un village isolé.
Des défis encore immenses
Malgré les progrès, les obstacles restent nombreux. Le financement est le premier frein. Selon la Banque africaine de développement, l’Afrique ne reçoit que 2 % des investissements mondiaux en énergies renouvelables. Les projets sont souvent jugés risqués, les infrastructures insuffisantes, et les cadres réglementaires instables.
« Il faut des garanties, des incitations fiscales, et surtout une vision à long terme », insiste Ahmed El Mansouri, expert en financement climatique. « Sinon, les investisseurs iront ailleurs. »
La formation des compétences locales est aussi cruciale. Pour installer, maintenir et développer les systèmes, il faut des milliers de techniciens, d’ingénieurs, de gestionnaires. Plusieurs pays ont lancé des programmes de formation, mais le besoin reste colossal.
Un avenir qui pourrait tout changer
Et si l’Afrique devenait le continent de l’énergie propre ? Si elle sautait l’étape des énergies fossiles pour entrer directement dans l’ère verte ? Certains y croient fermement.
« L’Afrique peut montrer au monde qu’un autre modèle est possible », affirme Damilola Ogunbiyi. « Un modèle décentralisé, inclusif, durable. »
Des alliances régionales se forment, comme l’Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique (AREI), ou l’African Green Hydrogen Alliance. L’idée : mutualiser les ressources, harmoniser les politiques, et parler d’une seule voix.
Car au-delà de l’électricité, c’est toute l’économie qui peut se transformer. La production d’hydrogène vert, l’exportation d’énergie solaire, ou la fabrication locale de panneaux pourraient créer des millions d’emplois. Et offrir à l’Afrique une place centrale dans la transition énergétique mondiale.
Mais le chemin est encore long, semé d’incertitudes et de choix cruciaux. L’Afrique saura-t-elle saisir cette chance unique ? Ou laissera-t-elle passer le vent du changement ?

Ecole de journalisme à Tunis, je traite de beaucoup de sujets liés à l’actualité de mon continent de coeur : Economie, Marché, Politique et Santé … je m’intéresse à tout et à tout le monde.


















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